Réflexions morales sur l’insulte politique et sur les procès qui s’ensuivent

 

Sacha Guitry : « Redouter l’ironie, c’est craindre la raison… »

Mathieu Kassovitz : « Si Nicolas Sarkozy passe un deuxième tour la France est un pays de collabos néo-fascistes. Il faut se débarrasser de ces fils de putes de l’UMP avec fracas. » – « À droite comme à gauche ils n’ont aucune solution et nous amènent dans le mur. Voter c’est faire preuve de lâcheté. Traiter ces gens d’enculés n’est pas une insulte. C’est un réflexe naturel. »

Hâ Than Tô : « La Justice ne commet pas de fautes, elle ne commet que des erreurs ; l’erreur se répare, la faute se paye… »

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Le Cave Louis Marette viole la vérité en toute impunité

 

De quoi s’agit-il ?

De se forger un vocabulaire.

À quoi servent ces mots ?

À exprimer une pensée.

Tout le monde sait que la violence verbale est rarement exprimée avec des gros mots. Tous les magistrats, avocats, travailleurs sociaux et surtout toutes les victimes savent que la violence verbale préfère le miel des mots et que c’est dans ce qu’il contient que réside la violence.

Dire à quelqu’un qu’il est un salaud ne constitue en rien, pour ceux qui savent par expérience, une violence portant atteinte à sa dignité humaine et à son droit de vivre paisiblement.

Au contraire, le ressassement incessant de paroles qui blessent au plus profond de soi est peut-être la pire des violences : la femme en sait quelque chose, mais la Justice ne l’entend pas. La Justice ne s’intéresse pas aux blessures intérieures. Il est vrai qu’elle s’en fout, la plupart du temps, ou qu’elle est simplement incompétente en la matière. La Justice est sommaire par définition, comme la guitare de Boby Lapointe.

Ainsi, le discours politique ne s’embarrasse pas de circonvolutions. Seuls les hypocrites se retranchent derrière les usages de la courtoisie « élémentaire ». Il n’y a pas de courtoisie en politique. Il n’y a que des armes et c’est sur la nature de celles-ci qu’il convient de s’interroger. Mais les hypocrites ont d’autres desseins.

Il s’agit toujours, comme le souligne judicieusement Mathieu Kassovitz, de « se débarrasser des fils de putes ». On ne prend des gants que si on est un fils de pute. Autrement, on n’y va pas de main morte. Et particulièrement quand on vient de subir les violences d’un régime qui, comparé au pétainisme par les meilleurs esprits de la nation, n’a jamais construit de réponse à cette attaque.

« Réflexe naturel », dit Mathieu Kassovitz. Nicolas Sarkozy n’a pas coupé à cette loi naturelle en envoyant au diable les « fils de pute » qui l’insultaient.

Il est moral de considérer dès lors que l’insulte qui ne contient pas de violence n’en est pas une. Ce qu’elle contient ne peut faire l’objet que d’une critique, et non pas d’un jugement, lequel passera alors pour une douteuse exagération à propos de laquelle il est légitime de s’interroger, quitte à offenser gravement du point de vue de l’autorité qui prétend s’exercer de droit.

L’attaque judiciaire est d’autant plus ignoble qu’elle ne tient pas compte de la construction pédagogique que présente immédiatement la disposition de l’ensemble des soi-disant insultes qu’elle reproche à son auteur.

En effet, il suffit d’exposer l’ensemble de ces mots sur un plan pour voir ce qu’ils représentent, ce qu’ils sont capables de dire avant même le discours qu’il s’agit de porter à la connaissance des hommes.

Ayant disposé des mots « injurieux » sans ordre précis, des relations se font jour sous la forme mentalisée de petites flèches qui rejoignent des idées et aussitôt des idées qu’on peut avoir de telle ou telle idée. Une structure plus ou moins complexe, selon l’idiosyncrasie de chacun, selon ses propres ressources et ses intentions d’emploi, s’impose alors à l’esprit avec la force du texte à venir.

Il faudrait ici illustrer notre propos, mais le lecteur s’en chargera lui-même pour s’exercer à la communication d’idées. Quelques mots bien choisis, avec tout ce qu’ils impliquent de mémoire historique et philosophique, serviront à comprendre le phénomène. Le discours prononcé ici peut servir d’exemple avec son ensemble de mots choisis : larbin, inculte, cave, salaud, pétainiste.

On voit tout de suite les relations qui s’établissent clairement entre le mot salaud et les mots larbin et inculte. On saisit que pétainiste sert à différencier Collaboration de collaborationnisme. Ce dernier entre en relation avec les débuts de la IIIe République, on peut surcharger en écrivant Banque de Paris et des Pays-.Bas, colonisation, Merkozy, etc.

On dira qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser des gros mots pour en arriver là. Et on constatera qu’on n’utilise d’ailleurs pas que des gros mots. Mais sont-ce des gros mots, ces prétendues insultes « constituées » ? Non. Ce sont des mots forts, forts d’appartenir à la pensée, comme le mot salaud dont le sens est universellement augmenté d’une acception sartrienne qui n’est pas, loin s’en faut, hors sujet.

Alors, en quoi consisterait la violence nécessaire pour justifier l’accusation d’injure portant atteinte à la dignité humaine ?

Qui dit violence dit blessure, trace identifiable et nécessairement invalidante, au moins pour un temps.

La question consiste alors à se demander d’où vient la trace. Est-elle la conséquence de la violence ou bien n’existe-t-elle que parce que l’idée de violence la précède ? En d’autres termes, cette trace est-elle une blessure ou une empreinte ? Est-ce bien l’honneur qui est en jeu ici ou bien plutôt l’orgueil qui jette les bases de la considération officielle ?

La réponse est : l’orgueil. Et c’est sur cette faute capitale que le discours politique établit son emprise. N’est-il pas alors normal que son objet (humain digne de l’être, certes, mais comme peut l’être un fils de pute) brandisse toutes les médailles de la reconnaissance et les signes de sa gloire reconnaissable aux yeux de ceux qu’on a élus pour jouer le rôle de Dieu selon l’adage bien connu : « Chacun pour soi et Dieu pour tous » ? Devise évidemment plus conforme à l’esprit des lois que la traditionnelle et spécieuse trilogie (hors d’usage) des frontons nationaux réduits à la dimension du curriculum vitæ et des poitrines gonflées au mérite du mouchardage et autres principes de l’avancement.

Doit-on s’étonner d’ailleurs que les insultés * qui se propagent comme une maladie honteuse dans les tribunaux bénéficient d’un honneur reconnu de haute lignée ? En principe, l’insulte, ou ce qui est perçu comme tel, n’inspire que des répliques construites sur ce qu’elle propose de structure, conformément aux canons de l’intelligence. On en vient aux mains quelquefois et on a tort tant le vocabulaire est propice à toutes les réfutations possibles.

C’est sur ce trait d’esprit que le législateur ou à défaut le magistrat de cassation devraient se pencher pour examiner la question du recours forcé au dit droit de réponse et à l’abrogation de tout autre disposition contradictoire, ce qui protègerait le citoyen notamment de l’indigence intellectuelle du juge, qui est statistiquement possible, quoique rarissime, et de la recherche d’appuis étrangers à l’esprit de justice par celui qui se sent, à tort ou à raison, en droit d’être insulté.

 

* Dira-t-on un jour les « marettes » comme on dit les frérons ?

Pris de délire et de tourette (bis)
Un scorpion piqua Louis Marette (bis)
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Ce fut le scorpion qui creva.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment,
Louis Marette est un mort vivant ! **

 

** Allusion à l’article [Sarkozy est un pétainiste]

 

N. B.

On trouve ceci sur le Net (prescription) :

© cut.the.crap.free.fr
© cut.the.crap.free.fr

Notez que l’expression Union pour le Mouvement Pétainiste a été soigneusement évitée. Voir l’article [Sarkozy est un pétainiste] pour mesurer notre propre pensée. Nous aborderons bientôt la question du sarkozysme comme héritage du collaborationnisme et du colonialisme (analyse autrement pertinente qu’une simple autopsie du spectre pétainiste de circonstance) avec Louis Marette peut-être comme rat quittant le navire… suivi de Philippe Calléja qui a tenté de le quitter et d’André Trigano qui n’a pas le pied… marin. Tous trois pipeaux de la promotion « André Mornet »… [voir] « Le qualificatif de pétainiste qui fut très généralisé (sic) pendant la seconde guerre mondiale mais (sic) est devenu (sic) un terme grave et injurieux après la condamnation du maréchal Pétain pour collaboration avec l’ennemi dépasse l’outrance admissible pour tomber dans l’atteinte à la dignité humaine. » Gageons que cette définition ne figurera jamais dans aucun dictionnaire, fût-il le Petit Robert dans une édition spécialement expurgée pour un usage judiciaire (dans le sens philosophique du terme : pouvoir de discerner le vrai du faux !). Quoique les mégariques…

 

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