De la dictature gaulliste considérée comme un signe de trouille

 

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La Gauche, si tant est que ce concept ait encore un sens, c’est-à-dire s’il est capable d’inspirer des sentiments, a commis trois erreurs qui l’éloignent du peuple :

— Le choix de Mélenchon : discours qui associe le nationalisme, comme promesse de bien-être social, et l’internationalisme, comme morale humaniste ;

— La cible « fasciste » réduite au seul Front National ;

— Et, en ce qui concerne le Parti Socialiste, le choix de de Gaulle.

Il faut se mettre à notre place pour comprendre notre embarras, voire notre commencement de révolte.

 

C’est chez nous une disposition naturelle : nous considérons que la Droite est une adaptation adroite des dogmes de l’Ancien Régime. En effet, il n’est pas difficile de constater que la Constitution de la Ve République ne constitue pas une république, en tout cas pas une république comme les autres. Son appellation exacte et sans ambiguïté est : monarchie élective avec possibilité d’un recours justifié à une dictature « momentanée » ou, mieux dit, provisoire.

Nous n’acceptons pas d’être colonisés par un tel régime.

Nous nous tournons alors vers la Gauche. Il n’y a pas d’autre alternative : le Centre est de Droite et les quelques prétentions à l’indépendance d’esprit, voire à l’apolitique, relèvent aussi d’un comportement de Droite.

Nous ne prétendons pas autre chose que de lutter contre les maux qui affligent l’humanité dans son ensemble :

— Injustice ;

— Maladie ;

— Misère ;

— Guerre.

Nous sommes alors, qui que nous soyons, les bienvenus à Gauche. Il faut dire qu’on en a besoin. Il ne faut pas longtemps à l’analyste pour mettre en évidence l’influence des dettes et autres calamités sur notre mental et tout ce qui en dépend. Nous ne sommes pas des patrons ni même des larbins : pas des esclaves non plus, mais on veut vivre le mieux possible ; on est même prêt à défendre cette part de territoire si c’est rendu nécessaire par une invasion ou un renversement de la démocratie.

Bon. Voilà.

Il faut donc vaincre la Droite. Ceci suppose non pas une élimination, mais une réduction. Le secret de cette lutte, c’est la conviction. Il faut convaincre à Droite.

Bon, bon. On a compris.

Et comme on est des hommes modernes, on bâtit notre discours selon la meilleure des méthodes : partant d’un rêve, qu’on peut appeler hypothèse si on veut, on en démontre la pertinence face à la réalité du phénomène Droite.

Nous sommes à la fois constructeurs d’une idée de la vie sociale et critiques des doctrines qui visent à sa destruction.

Nous avons parfaitement conscience que les interprétations de l’Histoire sur lesquelles se fondent nos visions et nos espoirs sont sujettes à caution, d’un côté comme de l’autre.

Nous avons donc acquis un sens certain de la remise en cause systématique.

Notre choix est limité, ou mieux dit borné, par la négociation et la prise de pouvoir.

Dans certaines autres limites, la société nous garantit l’usage des moyens de négocier et éventuellement d’enlever des postes du pouvoir.

Il est vrai que l’angoisse des lendemains trouble fortement ces saines dispositions. Autant nous sommes prêts à nous mesurer aux causes naturelles du malheur, qui peut arriver à tout le monde sans distinction de classe sociale, autant il est difficile d’accepter de frapper à la porte du malheur parce que des injustices nous y acculent, le plus souvent sans aucun sentiment de compassion de la part des autorités qui les prononcent.

Cette dépression constante nous affaiblit. Il arrive qu’elle nous tue. Dans tous les cas, elle affecte notre dignité et nous contraint à la honte, une honte qui n’est pas celle du déshonneur ou de l’honneur des médailles : une véritable honte qui appelle la révolte ou le suicide.

Telle est notre liberté. Elle est évidemment différente de ce qu’on entend par ce mot dans les textes qui prétendent la définir et la garantir à tous les hommes.

 

C’est dans cet esprit que nous entrons à Gauche.

Forts d’un esprit républicain et démocrate et mentalement constitués pour réduire la Droite à ce qu’elle devrait être : une marginalité d’opposition.

Mais, comme on le voit, c’est plutôt le contraire qui se passe, d’autant que la nature politique du régime qui nous gouverne n’a pas d’influence sur la conduite générale d’une humanité encline à mettre en œuvre les principes de Droite : acheter et vendre.

Nous avons une utopie : construire et donner. Mais c’est une utopie. Même si nous réussissons à réduire la Droite à une curiosité touristique, nous ne construirons jamais dans la joie et nous donnerons toujours à bon escient. Nous ne sommes, de ce point de vue, guère différents de nos semblables. Mais nous sommes meilleurs, du moins le croyons-nous.

 

Alors on écoute le discours de Mélenchon : il nous explique que nous avons une vocation internationaliste, ce qui est franchement généreux, même si les textes universels qui fondent cet esprit nouveau ne sont plus sur notre table de chevet. L’internationalisme s’oppose fermement à la mondialisation. C’est clair. Nous sommes convaincus, même si, à Droite, on ne l’est pas, mais alors pas du tout !

Et puis, comme le travail s’en va, qu’il fout le camp dans des pays où la main d’œuvre est moins exigeante que la nôtre, pays de malheur ! Mélenchon plante le drapeau de la France à côté du drapeau rouge qui est le symbole de cet humanisme qu’est l’internationalisme.

C’est-à-dire que Mélenchon pique le drapeau à la Droite, ce drapeau symbolique qui n’appartient qu’à elle, et il en fait une… solution !

C’est ainsi, nous dit-il, que nous allons revenir de la Droite où on s’était réfugié parce qu’on n’avait pas d’autre endroit où aller.

Et que croyez-vous qu’il arriva ?

Nous ne vînmes pas. Nous demeurâmes à Droite, car si le drapeau est, selon nous, le meilleur moyen de protéger non seulement notre travail, mais aussi notre way of life, le drapeau rouge est à nos yeux exactement son contraire.

Alors n’allez pas croire que nous allons vous asséner du stalinisme et autres chinoiseries. Nous sommes des hommes de notre époque. Et puis ces références incessantes à l’Histoire n’ont plus de sens.

En réalité, le choix consiste à secouer le drapeau de la France ou à agiter non moins férocement celui d’une gauche traditionnellement fondée sur un humanisme, ce qui n’est pas le cas de la Droite qui a plutôt tendance à déshumaniser quand elle agit.

Du coup, Mélenchon est sommé de s’expliquer : il ne s’explique pas. Il agit.

Et il s’en prend au Front national, qui représente sans doute la plus grosse part de la droite, pour lui piquer le drapeau de la France !

Il ignore, parce qu’il n’est pas homme d’expérience, mais de laboratoire, qu’il n’y a rien comme un drapeau pour s’accrocher, surtout si c’est un drapeau capable de protéger notre travail quand on l’impose à ce monde internationalisé ou mondialisé selon les humeurs.

Résultat : Mélenchon ne réussit pas à piquer le drapeau à Le Pen.

Drôle de discours, celui de Mélenchon : non seulement il veut faire rêver en associant deux drapeaux aussi incompatibles que le tricolore et le rouge, mais en prime, il n’arrive pas à revenir de la campagne avec le tricolore — et le rouge reste tout seul, dérisoire et sans flammes, au beau milieu de notre angoisse qui a empiré, prometteuse d’une crise de nerfs que les fermetures d’usine n’enfermeront pas comme on enferme la folie. On s’angoissera dehors !

Mais ce n’est pas fini !

 

Contre toute attente, et nous attendons beaucoup de la Gauche, on se l’imagine, Mélenchon, peut-être pour raviver de vieux sentiments qui ont fait leurs preuves, accuse Le Pen d’être une fasciste.

Il ne fait pas de doute que cette oiselle de mauvais augure emprunte au fascisme quelques-uns de ces paramètres fondateurs. En cela, elle ne se distingue pas des autres vautours de la Droite tout entière. En effet, la Droite est un aménagement à la fois de l’Ancien Régime et du fascisme. Mais, comme les temps ont changé, à défaut d’avoir évolué, il n’est pas judicieux de tenter d’enfermer le gaullisme dans le monarchisme et le lepenisme dans le fascisme.

Une lecture de cet article paru dans la Presse il y a 20 ans et disponible aujourd’hui sur l’Internet renseignera efficacement sur ce sujet :

 

[Télécharger l’ebook ci-contre : Le Front National – fascisme et réaction ?
s’y trouve en annexe.]

 

Certes, le discours de Mélenchon est un fiasco qui a coûté la moitié de ses députés à un Parti Communiste qui n’en demandait pas tant.

Mais, contrairement à ce qu’on pourrait en déduire, ces sièges ne sont pas allés à Droite. Celle-ci, dans son ensemble, s’est rapetissée. Elle s’est aussi radicalisée, ce qui est un effet du rapetissement. Et moins elle occupera le terrain, plus elle se durcira : elle est déjà le terreau du terrorisme qui affectera les temps à venir. Mais n’anticipons pas.

Ces sièges encore brûlants de discours équivoques et sibyllins se refroidissent doucement sous les fesses d’élus socialistes.

 

Le discours de Mélenchon n’a pas convaincu, c’est le moins qu’on puisse dire, et on en est peiné, car, au fond, l’association de ces deux drapeaux traditionnellement antagonistes ne présentent que des avantages : une bonne conscience et un bon travail. Que demande le peuple ? Et bien ce n’est pas ça qu’il demande ! Un bon boulot suffira.

Pour la bonne conscience, c’est aux socialistes qu’il faut faire confiance.

Souvenons-nous (sans sombrer dans l’historisme cher aux contestataires aigris) : la Constitution de la Ve République fut longtemps considérée par les socialistes comme un « coup d’État permanent ». Appréciation abandonnée, avec tentative de la jeter aux oubliettes, par leurs auteurs dès qu’ils accédèrent au pouvoir voilà plus de 30 ans. Et depuis, ça continue : cette constitution, selon leur nouvelle conviction, n’est plus un coup d’État permanent ; elle convient, toujours selon eux, à cette France qui, par voie de conséquence, ne peut qu’en féliciter son représentant symbolique : le général de Gaulle.

Un hommage constant et appuyé lui est rendu par les éléphants du Parti Socialiste, relayés avec constance par tous les militants sans qu’aucune remarque désobligeante ne fuse hors de leurs rassemblements publics.

Il n’est plus question, dans leur esprit, qui est aussi l’esprit de la Droite (mais qui n’est pas celui de Mélenchon et de ses amis), de mettre fin au gaullisme national et nationalement accepté et même défendu.

Au contraire, les institutions qui découlent de cette doctrine sont dites représentatives de la volonté de la nation. Il n’y a donc aucune raison de s’en séparer. L’esprit de progrès n’exige qu’une évolution et toujours dans le même sens, cela va de soi. De mauvais esprit prophétisent que ça n’ira pas en s’améliorant puisque selon eux les fondements du gaullisme sont des fondations et non pas des projets de construction.

Le débat est technique comme on dit aujourd’hui quand on craint d’en éclaircir les zones fâcheusement sombres. En réalité, il est philosophique et par conséquent chacun peut y participer, à moins d’être pédants ou salauds comme le sont les larbins exécuteurs et les autorités qui leur assurent impunité et sécurité. On a même l’impression, mais encore faudrait-il en justifier les occurrences, que le pouvoir législatif est plus un spectacle de rue qu’une institution douée de vrais pouvoirs. Il faut dire que les médias et les universités sont tellement avares d’informations sur ce thème qu’il est devenu difficile de se forger une opinion pertinente en tous points. Il y a toujours quelque chose qui cloche dans nos pensées « et c’est tant mieux, disent les producteurs de spectacles, sinon il n’y aurait pas de spectacle, mais une œuvre commune, » ce qui, selon leurs maîtres, n’est pas souhaitable.

 

Le gaullisme fait donc florès au parti Socialiste.

Cette espèce d’ignominie cérébrale ne choque personne. Et personne n’a songé a déboulonner la ridicule statue de Jean Cardot dont nous avons donné notre interprétation :

 

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Des milliers de pages ont été écrites sur ce personnage historique. Et dans tous les sens. Il doit être aujourd’hui impossible d’en lire la totalité, ou alors il faut plaindre Bouvard et Pécuchet.

De Gaulle criminel, de Gaulle pantin, de Gaulle salaud, de Gaulle traître, rien ne manque au personnage à part les balles qu’il a évitées et la prison qu’il a craint toute sa vie. En dehors de toute considération sérieusement historique, tout est permis : le spectacle continue. Il ne prendra peut-être pas les dimensions du divertissement napoléonien, mais il n’est pas bête de se demander par quelle idée saugrenue le fou au bicorne sera remplacé dans la mémoire collective et dans les asiles psychiatriques, côtoyant d’autres interprétations imaginatives et historiques de la figure humaine.

Alexandre dans un lupanar, Napoléon et de Gaulle dans une maison de fous et Hitler dans son enfer. En trois mots, toute l’Histoire.

Sans aller jusque-là, jusqu’à approfondir en spécialistes les labyrinthes du Temps et de ses meilleurs acteurs , qu’il nous suffise de réfléchir le plus simplement du monde à la nature du gaullisme ou plus exactement de l’état d’esprit qui a pris ce nom.

 

Qu’est-ce qu’un gaulliste ?

Et bien c’est d’abord un démocrate, c’est-à-dire un partisan sincère de l’idée de pouvoir, et donc de gouvernement, par une majorité qui ne cherche en aucun cas à éliminer l’opposition, laquelle peut au moins s’exprimer et être entendue.

Ceci, en opposition avec l’acrate qui est considéré par le démocrate comme un organisateur du désordre et par conséquent de l’injustice et de tout ce qui s’ensuit.

Cependant, le gaullisme nuance sa prévision de bonheur collectif, car celui-ci est conditionné par l’ordre public.

Un défaut d’ordre public est l’effet d’une anomalie. Le rôle du pouvoir est de corriger ces anomalies, c’est-à-dire de les éliminer ou au moins les réduire à l’impuissance. Aucune anomalie ne peut exercer un pouvoir.

Du temps de de Gaulle, le communisme était considéré comme une anomalie monstrueuse qui appelait la démocratie à un combat sans retenue. À un moindre degré, l’esprit américain constituait lui aussi une anomalie qu’il convenait de corriger par une dose proportionnée d’antiaméricanisme. C’est de cette activité démocratique, dans le sens gaulliste, que découle l’idée de l’indépendance de la France. C’était d’autant mal parti qu’il s’agissait de se dresser entre les deux plus grandes puissances du Monde pour leur donner une leçon de démocratie. Heureusement pour les gaullistes, qui sinon
auraient été ridicules, l’Amérique a fait plier le communisme et celui-ci s’est désagrégé comme un ciment de mauvaise fabrication.

On peut en raconter d’autres vertes et des pas mûres, mais ce n’est pas le sujet de ce petit exposé.

Comme nous le disons plus haut, le gaullisme est une doctrine démocratique. Les gaullistes sont attachés aux valeurs démocratiques basiques. Mais ce n’est pas ce qui les caractérise, car en effet, certains musulmans ont eux aussi des principes démocratiques à défendre et pourtant, il n’est pas facile de vivre dans leurs États où on est, presque à tous les coups, un musulman.

L’esprit gaulliste est en fait une adaptation de l’esprit monarchique aux temps modernes qui sont ceux de la société de consommation.

Autrement dit, le gaullisme ne présente aucun danger pour la race humaine tant que celle-ci s’en tient à l’ordre établi.

Dès qu’un phénomène social met en danger cet ordre, la démocratie devient une dictature dans le but de le réduire en poussière.

Mais il ne s’agit pas là d’une dictature définitive ou qui prétend l’être et le demeurer.

C’est, au contraire, une dictature provisoire qui ne peut s’établir que sur des raisons valables et qui ne peut en aucun cas s’exercer au-delà de sa mission.

Cette dictature est donc une arme au service de la démocratie.

Comme on le voit, le gaullisme apporte une solution à la question de la monarchie. Il n’est pas autre chose que cette correction.

En Espagne, les franquistes, qui avaient l’amitié de de Gaulle, l’ont bien compris et ont été bien inspirés de passer de l’état de dictature fasciste à celui de démocratie conditionnelle à l’exemple de la France. Ces nouveaux afrancesados ont gagné la partie jouée de longue date contre leur propre histoire.

En résumé, le gaullisme peut se définir ainsi : « Tant que vous vous comportez bien, que vous ne provoquez aucune anomalie communiste, anarchiste ou américaine, on vous fiche la paix. Mais si vous nous faites chier, on vous casse la gueule. »

En 1968, de Gaulle recommença à mettre en application cette doctrine étrange. Mais une fois de plus, et sous la menace, il s’enfuit pour se mettre à l’abri et ce fut son premier ministre qui géra cette révolte populaire. Un an plus tard, ce général d’opérette s’enfuit une dernière fois, non sans rendre une visite d’amitié à Franco et un hommage appuyé à Pétain, deux dictateurs qui, selon certains, n’ont été que des dictateurs provisoires, chargés de maintenir l’ordre en exerçant un pouvoir autoritaire, ce qui est tout à fait dans l’esprit gaulliste, dans l’attente de jours meilleurs. Ils furent, avec Mussolini, deux des inspirateurs de de Gaulle, ou plutôt des Man In Black qui ont fabriqué ce personnage historique considérable à partir d’un ridicule aristocrate qui devint militaire et qui fut même soldat dans la première guerre.

 

Aujourd’hui, le communisme n’est plus un danger pour le capitalisme ambiant, qui est un empire de la consommation caractérisé par son emprise sur l’esprit et la chair de chacun par le moyen du divertissement. Les gaullistes se foutent bien de la présence du Parti Communiste dans la société française. Sa mission, aidée par un contexte historique complexe, est remplie. Le danger, s’il doit venir de quelque part, ne viendra plus de là, comme en témoigne la performance tragique de Mélenchon.

Il faut d’autres dangers au gaullisme pour continuer d’exister. Ils ne manquent pas, quitte à les inventer. Des petits personnages comme Claude Guéant, Brice Hortefeux, Nadine Morano et jusqu’à notre Louis Marette sont chargés de ces pratiques méprisables de l’imagination au service de l’invention, à proprement parler, d’un gaullisme lavé de tout soupçon de pétainisme.

Bien sûr, ces dangers supposés n’ont pas la force de remettre en cause l’ordre en général. Rien, aucune force physique, aucune idée marginale ne sont en mesure de déséquilibrer l’ordre établi au point de nécessiter l’application de la menace gaulliste : une dictature.

Alors, il faut créer ces peurs. Et le gaullisme s’y connaît en peur, comme ses sœurettes le pétainisme et le franquisme. Alain Badiou a cerné la question. Il semble actuellement impossible de le contredire. La barbarie qu’il décrit existe bel et bien. Mais elle ne s’applique plus à des forces anarchistes ou communistes ou par trop fascisantes. Et ce n’est évidemment pas du côté de Le Pen que les gaullistes se tournent pour se chercher des ennemis et justifier du même coup leurs idées dépassées et ridicules.

Il ne font pas face aux communistes, qui viennent d’ailleurs de perdre encore la face, ni aux socialistes, qui sont de vieux compagnons de route. Il ne s’agit plus de se dresser contre des groupes et des groupuscules comme ce fut le cas à la belle époque de la répression organisée par l’État.

Les nouvelles cibles sont sociales. Il n’est plus question d’appliquer la politique gaulliste contre d’autres applications politiques, mais de l’infliger à des dangers d’origine sociale.

Et c’est là que le Parti Socialiste se distingue de la Droite. Mais c’est là aussi qu’il est en passe de se contredire et par conséquent de se tromper.

 

La Droite veut punir la « racaille ». Elle ne fera plus appel à la possibilité de dictature, promis ! Mais il y d’autres moyens de punir et de réduire. Le régime sarkozyste, servi par des gaullistes mis en appétit par cette nouvelle perspective d’existence au-dessus de la Nation, ne s’est pas privé d’inventer ou d’emprunter des techniques d’épuration : voisins vigilants, délation, flics véreux, magistrats opportunistes, etc.

La Gauche socialiste veut se distinguer de ces signes apparents de fascisme.

Le problème, c’est la Constitution. La question de la séparation des pouvoirs, qui nous vient de Montesquieu et maintenant de cette Amérique triomphante, réduit en cendres le principe de dictature provisoire. Or, les socialistes tiennent à ce principe. Il est bon. Il est même catholique. On nous assure qu’il ne fera plus de mal à personne et qu’il faut considérer, maintenant, que le mal qui a été fait n’était qu’un péché de jeunesse. Rien n’est dit sur le mal que cela pourrait encore faire si l’occasion se présentait.

Pourtant, on a envie d’élire nos juges, nos fonctionnaires et d’augmenter l’aura de nos députés. On ne voit même plus la nécessité pour le roi de la république de décréter à notre place et de fausser l’esprit de nos lois en exerçant un pouvoir inadmissible sur nos juges qui n’y voient d’ailleurs pas d’inconvénients tellement la place est bonne.

 

On a envie de devenir un pays moderne. Un pays avec un drapeau rouge ou bleu ou caca d’oie, mais un drapeau qui ne soit qu’un message d’humanité, même si la réalité est dure pour nos enfants manipulés par ces bêtes qui organisent des fêtes pour noyer le poisson révolutionnaire dans une « débauche de musique », comme le promet à Mazères Louis Marette, mauvais gaulliste et larbin patenté.

Ce produit caricatural de la pensée gaulliste est actuellement en déroute : et pas seulement parce que son avenir politique est compromis et qu’il a passé l’âge de s’envoyer en l’air. Des rumeurs prennent la place du silence en attendant des analyses plus poussées. Mais aux potins, il convient, en attendant qu’ils s’avèrent, de substituer des faits capables de mettre à jour les anomalies véritables de la société française. Il en est une.

La bonne question est de savoir comment neutraliser cette engeance et l’empêcher d’exercer sur les esprits, et notamment sur la jeunesse, son influence de bâtard de la démocratie. Issu en effet de cette franche bâtardise qu’est le gaullisme, il symbolise cette déliquescence de la jalousie associée à l’hypocrisie qui fonde l’anomalie de Droite.

Regrettons que le socialisme, tel qu’il est conçu en France, continue de cultiver l’idée blanquiste d’une révolution entreprise uniquement par les déclassés, c’est-à-dire par les rejetons de la bourgeoisie auxquels il convient aujourd’hui d’associer les intellectuels et autres bibliothécaires en vadrouille. Réduire le peuple à sa fonction démographique et productrice revient à mettre en branle les principes gaullistes ou, mieux dit, les axiomes du néomonarchisme. L’idée de dictature salvatrice à la de Gaulle, Pétain et autres Franco est dans l’air. C’est une injustice faite à l’honnêteté et à la dignité humaine.

Il n’y a pas de solution dans le gaullisme. Il ne peut y avoir de solution dans un système policier à proprement parler :

— un système qui autorise, bafouant ainsi toute prétention à la liberté.

— un système qui distribue des privilèges au détriment du droit ;

— un système essentiellement fondé sur la récompense organisée alors que l’esprit moderne privilégie toujours l’invention.

Il va sans dire qu’ainsi les Louis Marette ne peuvent être que cloués au pilori.

 

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