Mazères de Marette : un modèle dans le genre… péquenot

 

louis_marette_al_pais

 

À Mazères, la « foire al païs » agit comme les verres de Ricard de tournée en tournée : chaque année, son maire, Louis Marette, remet la main sur le comptoir et c’est reparti pour un tour. Vieilles charrettes, battage du blé ou du foin selon l’idiosyncrasie du spectateur, touristes médusés qui s’entretiennent en aparté, comme au théâtre, subventions associativement gaspillées en conneries, discours mi figue mi raisin, surtout raisin, de l’édile qui ne se sent plus pisser, on n’arrête pas le progrès !

Une poignée de retraités sans véritable expérience de l’existence est aux manettes. Ça ne schlingue même pas la couche-culotte et le pipi d’chat. Il ne manque pourtant pas la crotte des oiseaux du Domaine et les ânes qui y paressent à longueur d’année. Les commerces ouvrent leurs portes sans conviction. Un peu de blé circule, mais sans l’intérêt pourtant nécessaire du visiteur étranger qui se demande où il a foutu ses pieds aux semelles de vent.

Il faut dire que Louis Marette, comme retraité constitué, a traîné la savate toute sa vie le long de la voie unique et sans grands travaux qui passe au Vernet pour aller agoniser en pleine montagne. Jamais perdu sur le ballast, il ne se contentait pas, dit-on, de vérifier le calibre des cailloux et le serrage des tire-fonds.  Il accumulait déjà l’expérience des recommencements. Et il en tire même une fierté de dindon aux glouglous tellement répétitifs qu’on est en droit de se demander s’il a de l’imagination, autrement dit si ses visions du futur ne relèvent pas plutôt de l’hallucination.

Car quand on arrive à Mazères en plein été, on a l’impression de tomber dans une fiction mal fagotée et d’un autre âge, voire sans âge du tout, comme ces pages étonnamment désécrites par GP Gleize qui est aussi, comme ça tombe bien ! un historien…

C’est ainsi al païs : ils s’y connaissent, ces trophées locaux de la politique, de la littérature et même du droit. Ils te prennent la plume ou la charrue et les voilà lancés sur la voix publique pour montrer d’une part ce qu’ils savent faire aux autres et d’autre part ce qu’il convient selon eux d’imposer aux mœurs locales pour les élever à la hauteur du rêve constitutionnel. Ils ont passé toute leur vie à servir de paillassons aux activités douteuses de l’État et les voilà maintenant gallés en donneurs de leçon sur des sujets qu’ils ne maîtrisent évidemment pas : la mémoire collective blessée par les guerres, l’accueil de l’étranger, celui qui passe comme celui qui veut rester, la conservation des précieuses et savantes données de l’Histoire, la réalité du travail au champ, à l’usine et en cuisine. Et j’en passe des vertes et des pas mûres sur ces « activités traditionnelles » que ces feignasses n’ont jamais pratiquées à la place de leurs tournées en rond dans la domesticité et l’oubli à la biture quotidienne. Ah ! on les comprend, leurs polynévritiques randonnées dans les rangs de la fonction publique !

« Tu déconnes ! » me dit mon ami le poète toulonnais Robert Vitton qui est depuis longtemps un marin de Paris. Il n’y voit goutte, comme Homère, mais il me prend pour un farceur quand j’évoque à sa table les tribulations d’un troubadour en son propre païs. « Que veux-tu que je chante ! L’Église est partout ! À la mairie, au café, au stade et tout l’été dans la rue. On n’est plus chez soi, foi d’Occitan et d’Andalou ! »

Et ça bat du foin, ça bénit des chiens, ça lève des verres et des drapeaux, ça camoufle des crimes de guerre et des gravières, ça se donne en exemple à une jeunesse qui est en droit de se demander si le lard est plus cher que la côtelette et s’il faut payer avant d’entrer dans le club, qu’on soit mâle ou femelle d’ailleurs !

Mais l’été commence à Mazères par cette fausse nostalgie de foin et de « produits régionaux ». L’étranger est toutefois averti qu’il est filmé. Louis Marette se veut metteur en scène de la vie municipale. Il dispose d’un système de prise de vue à faire pâlir Coppola. Et attention que même les gendarmes n’on pas droit de regarder dans le viseur. Aux pieds, les gendarmes !

Un Anglais à qui je raconte ça me rit au nez : « Tuez-le ! Nous autres Anglais… » Mais chez nous, au pays du trobar, on ne tue pas les marionnettes : on les agite. On les agite avec du texte. On leur donne la parole et on les donne à voir. Dans le verre, on met du thé ou du sirop de grenadine, pour l’illusion. Et le Guignol n’est pas sympa, mais alors pas sympa du tout. On ne l’a même pas traité de pétainiste. « Un pétainiste, monsieur, ça a des couilles ! »

Mais qu’est-ce que c’est que cette France qui vient jusqu’ici — que c’est loin ! — pour battre du foin et répandre les gouttes de ses superstitions avec des bras aussi peu faits pour le travail que ceux de Louis Marette qui s’en sert comme il s’en est toujours servi : pour rien ?

Que veut cette France quand elle naît illégitimement sur nos terres et quand elle propulse ses larbins dans nos rues et nos chemins ?

Si c’est qu’on finisse par se foutre de nous en rigolant à perdre haleine, c’est gagné. Louis Marette y gagnera une rosette qui lui ira comme un gant. Nous, on rentrera à la maison avec le sentiment d’être passés pour des cons et pour rien. Le touriste y pensera en grignotant de la saucisse de foie faite à Mazères. Et le jeune Mazérien, quand il y songera avec nostalgie, écrira des pétitions pour qu’on efface des rues de Mazères les noms de Trigano et de Marette, règne et sur-règne que la mémoire retiendra comme un temps passablement perdu pour l’intelligence et la dignité. Ou dit à l’américaine : pour les sciences et les humanités.

Ah ! mon salaud !

 

Publicités


Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s