Marine le Pen et Louis Marette sont dans un bateau

 

louis_marette_assassin

 

Traitée, injustement ou à bon droit, de « fasciste » par Mélanchon et de « nazi » par Madonna, Marine Le Pen, digne fille de son père, demande à la Justice de faire cesser ce qu’elle considère comme une atteinte à sa dignité.

C’est son droit. Et ladite justice risque fort de lui donner raison, ce qui soulèvera le cœur, mais n’autorisera pas à critiquer le jugement qui lui rendra ce qu’elle estime constituer sa dignité… humaine.

Tel est le système français, ou plus exactement : la mentalité française, curieux mélange de pétainisme et de gaullisme selon certains.

La plupart d’entre nous pensent que le Front National est un parti fasciste. Et nous avons tort. Non pas de le penser car, fort heureusement, la Justice ne peut en aucun cas s’en prendre à nos pensées. Bien que cette Justice soit inspirée par le dogme catholique, les pensées inavouables ne peuvent faire l’objet de ses analyses et de ses conclusions, quand ce n’est pas de sa bêtise profonde.

On ne peut pas assimiler la mauvaise pensée à une intention.

Ainsi, le fait de penser que Marine Le Pen est une fasciste n’implique pas que nous avons l’intention de le dire tout haut. Et nous nous en tenons à cette attitude : à propos du fascisme de Marine Le Pen, nous choisissons de nous taire.

Nous autres Français sommes d’ailleurs passés maître dans l’art de décorer la merde avec des roses pour que ça sente la rose, sans toutefois perdre de vue que c’est bien de la merde. On est tenu dans le monde entier pour de véritables artistes en la… matière.

Et il en est ainsi de tous les salauds : fascistes, pétainistes, nazis, franquistes, stalinistes, etc. La liste est longue, à droite comme à gauche d’ailleurs.

De cet état de fait, il convient de tirer la conclusion : nous ne disons pas ce que nous pensons, non pas parce nous avons des doutes sur ce que nous pensons, mais parce que le dire revient à être condamné.

Autrement dit, chaque fois qu’un système viole la liberté d’expression, nous sommes amenés à commettre envers nous-mêmes la plus grave des fautes intellectuelles, voire éthiques : nous nous trahissons. L ‘Histoire en est témoin.

Il faut alors être conscient que le système qui réussit à faire en sorte que nous soyons, en certaines circonstances, les prévaricateurs de notre conscience, ce système accepte une des règles fondamentales du fascisme. Elles ne sont pas si nombreuses que ça d’ailleurs, ce qui nous en approche dès la première concession.

Certes, nous ne pouvons en déduire que ledit système est un système fasciste. Tout au plus pouvons-nous affirmer qu’il est fascisant.

C’est là la limite accordée à l’expression de notre pensée, ce qui revient, philosophiquement, à procéder par analogie et non pas par similitude (voir Alain Badiou). La French theory contre le rasoir d’Ockham (maxime méthodologique suprême en philosophie selon Russel).

« Si un signe n'a pas d'usage, il n'a pas de signification. Tel est le sens de la devise d'Occam. (Si tout se passe comme si un signe avait une signification, c'est qu'alors il en a une.) » — Tractatus logico-philosophicus, 3.328

Entre notre pensée et son expression, le système s’interpose pour nous interdire un procédé rhétorique aussi éprouvé que la comparaison, qui appartient au langage de tous les jours, pour nous forcer, manu militari, ou pognonus militari, à user d’un système d’expression qui n’est en rien rhétorique et ne présente donc pas les qualités indispensables d’une expression entièrement honnête et fiable sur le plan scientifique.

Ayant « fait » mon service militaire, je me souviens avoir été confronté à cette dissension particulière de l’expression.

C’était la question des cheveux. La règle était qu’ils devaient être courts, à une époque, je le souligne, où la longueur du cheveu et sa foison faisaient la différence entre un honnête homme et un fasciste.

Un adjudant, peu porté sur ce genre de considération philosophique et qui se sentait facilement dépassé par elle, nous conseillait régulièrement de « passer chez le coiffeur » pour nous conformer à la discipline fascisante, mais républicaine, à laquelle nous étions soumis faute de nous être insoumis (Passons sur nos… raisons valables).

« J’y vois pas d’inconvénient, disait-il (il écoutait Castelot à la radio, mais ne le lisait pas, sinon il eût su lire entre les lignes), Bonaparte avait le cheveu long et Napoléon n’en avait pas ou peu. Imaginez — son doigt grattait l’objet de sa réflexion — imaginez de Gaulle avec les tifs de Lennon ! Vous croyez pas, les mecs, qu’il aurait une gueule de fasciste ? »

À la réflexion, il fallait admettre qu’il avait raison : le cheveu n’était pas un critère de jugement en matière de fascisme ou de son ou ses contraires, d’autant que notre doctrine du cheveu long condamnait le partisan du cheveu court à l’exil, ce qui pouvait constituer un début de fascisation de nos propres théories.

Nous l’admîmes.

Sur ce, l’adjudant avalait une gorgée de son breuvage chouchou et pensait à autre chose, un peu comme Louis Marette qui prend des airs rêveurs quand il revient du buffet.

Maintenant, devant la prolifération des procès en diffamation et autres vandalismes de la libre expression, force est de constater que les magistrats sont nos adjudants — ce qui, reconnaissons-le, ne fait pas d’eux des bourreaux, mais de bons sujets… d’études.

Ils agissent exactement de la même manière et là, excusez-moi du peu, il y a similitude. Et l’analogie retrouve son caractère d’approximation destinée à aplanir la difficulté d’autoriser les hommes libres à l’être quand il s’agit pour eux d’exprimer leurs mauvaises pensées.

C’est que la Justice, en s’opposant à l’expression de la pensée, laisse toute la place… à l’aveu.

En effet, alors qu’on est relativement libre de s’exprimer, on est totalement et sans limite autorisé, et peut-être même encouragé, à avouer ces pensées pourtant, par définition, inavouables.

Mais la Justice n’en est pas, c’est sa nature d’humanité, à une contradiction près — en ces temps où tout ce qui ne s’étudie pas et ne se pratique pas comme science est taxé de superstition et par conséquent de détritus du passé. La conservation opiniâtre du principe d’intime conviction, malgré les critiques, est suffisamment significative sur ce sujet pour déterminer une critique sans concessions de la domesticité intéressée des magistrats qui n’agissent jamais pour la contredire. Moyen d’ailleurs de repérer les brebis galeuses ou au contraire de relever l’intelligence prometteuse de tel ou tel jugement, laquelle est déterminante au moment de la distribution des médailles.

 

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Heureusement que les usages n’ont pas prévu un déguisement pour le président de la République… ce qui rend la thèse du fascisme moins pertinente, avouons-le…

Nous avons reçu un curieux courrier dans lequel son auteur commente cette « photo sur laquelle Sarkozy est entouré de trois magistrats de la cour de cassation, traités comme des fantoches tour à tour : fanatique religieux, dépendant alcoolique et obsédé sexuel. » Curieuse interprétation ! Souhaitons qu’elle n’émane pas d’un des magistrats dissimulés, bien contre leur gré, derrières les masques ! L’objet de cette image n’est évidemment pas la magistrature, mais le sarkozysme considéré comme un pétainisme à l’assaut notamment, car c’est une vaste entreprise, d’une magistrature difficilement indépendante depuis qu’elle n’est plus un pouvoir à part entière. Cette image « représente » un Sarkozy « chanoine » qui jette la confusion dans une administration de la Justice à laquelle il vient rappeler qu’elle n’est pas un pouvoir et qu’il en est le… saint patron. Offense présidentielle (supposée pour les besoins de la hargne satirique) devenue obsolète depuis l’élection de François Hollande et la nomination de Christine Taubira qui est loin d’être une imbécile comme s’efforcent de nous le faire croire les nostalgiques de la barbarie sarkozyste. Du coup, nos magistrats ne sont plus bâillonnés, s’ils l’ont jamais été, et le Viagra… servira à autre chose… allez ! On amènera du saucisson pour le pain et le vin. Et ceux qui voudront se recueillir le pourront ! Ce que c’est que l’idiosyncrasie du lecteur, tout de même ! Nous avions pensé à une autre bulle : « J’apporte le pain parce que je suis le chef ! » attribuée au seul Sarkozy.

 

Si, d’aventure, l’envie vous prend de traiter Marine Le Pen ou Louis Marette de fascistes ou d’autres qualifications « portant atteinte à la dignité humaine », ne le dites pas, avouez-le.

Jetez-vous aux pieds du juge et dites : « J’avoue que je pense que Marine Le Pen est une fasciste, mais j’ai conscience qu’il ne faut pas le dire. »

Les juges adorent ça, les uns parce qu’ils ont le sens de l’humour et les autres parce qu’ils se prennent au sérieux. En réalité, leur jugement sur le terrain de la liberté d’expression dépend entièrement non pas de la sagesse, mais de leur conformation disons spirituelle pour rester neutre

Voilà où en est la Presse dans ce pays presque liberticide qu’est devenu la République Française. Et voilà où en sont ses juges soit disant indépendants qui signent des contrats avec l’État au lieu d’honnêtement les signer avec nous.

Dans ce sens, Mélanchon a raison : il faut changer la Constitution et j’espère que, dans son esprit, il s’agit bien de la changer dans l’esprit des lois.

Nous avons, nous Français de France et Français de cet ailleurs qui est notre terre, la conscience en piteux état. Certes, les larbins y sont pour quelque chose, mais ne leur jetons pas toutes les pierres. Gardons-en aussi pour nous, pour briser le miroir dans lequel on se regarde encore avec trop d’indulgence.

Quand nous aurons mesuré ce qui éloigne le silence de l’aveu et l’aveu de l’expression nous aurons gagné le droit d’épurer, en tout bien tout honneur, cette terre de ses défauts majeurs. Et même mineurs comme ce minus habens de Louis Marette qui, ne manquons pas cette occasion de l’avouer, est un larbin inculte de la pire espèce… On me signale d’ailleurs qu’on peut le dire. En effet, un jugement nous y autorise formellement. Comme quoi ! Où va se loger la liberté d’expression quand c’est un juge qui paye le loyer…

 

louis_marette_collabo

 

Patrick Cintas

 

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