Mazette et Cantgetno – ACTE XVIII – Avec Marcela Iacub

 

Cliquez sur l’image pour lire l’ACTE XVIII de Mazette et Cantgetno…

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L’  « affaire » Marcela Iacub est assez significative de ce qui pourrit la culture française.

Patrick CINTAS

Patrick CINTAS
©jcc-communication

Peu importe après tout que DSK ait perdu son honneur et sa dignité. Il a reconnu sa responsabilité dans le viol de sa victime. Certes, il y a une nuance juridique entre responsabilité et culpabilité, du moins aux USA.

La Censure n’a pas osé interdire le livre. En effet, elle a déjà été condamnée pour atteinte aux droits de l’homme. Le hic, c’est que cette Censure est exercée par la Justice, ou plus exactement par les autorités judiciaires.

Cette Censure héritée du pétainisme ambiant (qui sévit depuis, paraît-il, la chute du premier Empire) est régulièrement visée par des décisions de justice européennes et par les organisations veillant au respect des droits de l’homme. Comment donner des leçons à Poutine dans ces conditions… ?

Cette Censure n’a pas la capacité de se juger elle-même. C’est un principe très français. Elle est soumise, dépendante et la confusion entre « indépendance » et « protection » est soigneusement entretenue y compris par ses magistrats. Ce sont les vieux principes mérovingiens qui s’appliquent plus ou moins consciemment : privilège et recommandation… (fils à papa et pistonnés)

Pourtant, cette Censure, elle s’exerce. Elle triche. Elle donne le spectacle de sa domesticité et surtout de son idéologie fascisante. Voire, au son du Petit Robert, de son inculture.

Étant donné que le « pétainisme » est parfaitement défendable en Europe suite à une décision de sa Cour de Justice (le procès Pétain ayant été « bâclé » et celui des André Mornet n’ayant jamais eu lieu), il n’est pas interdit de penser et d’écrire que la Justice française, malgré ses qualités liées à la profondeur du Droit qu’elle défend, et malgré le fait qu’elle se retranche hypocritement derrière son statut de corporation constituée, — pas interdit de défendre cette autre idée non moins profonde que la Justice en France est pétainiste.

En effet, comme cette Censure ne peut plus, sous peine d’être sanctionnée, interdire la publication, elle inspire la peur à ceux, auteurs et éditeurs, qui prétendent s’exprimer librement et… sans contrainte.

On peut alors évoquer d’autres principes, dont la protection de la vie privée.

Certes, de cette manière, on interdit le témoignage, ce qui est un comble pour la Justice.

Et si, comme dans le cas de Marcela Iacub, on persiste et on signe, et bien on est condamné à l’étouffement économique, ce qui est une manière efficace de réduire au silence ceux qui n’ont pas les moyens de faire face à ces dépenses exorbitantes.

Autrement dit, seuls les riches peuvent s’exprimer librement. Les autres ont plutôt intérêt, s’ils ont choisis de mêler un peu de vie privée à leur pensée, de s’écraser sciemment, au détriment du témoignage qui est le leur et que personne n’a en principe le droit de juger, le témoignage n’étant pas fait pour ça.

On en conclut du coup que de tels écrits, condamnés mais pas interdits, ne sont qu’une affaire de rupins et que ça ne concerne guère que des happy few qui n’ont qu’à aller se faire voir ailleurs.

Après tout…

D’autant que l’écrivain, s’il a un peu de plomb dans la tête, et il en a car il est rarement assez jeune pour s’en passer, n’est pas un ennemi convaincu des contraintes que l’ « extérieur » peut exercer sur son travail. Des contraintes, il s’en impose même. N’en rajoute-t-il pas toujours… ?

On en vient donc, dans cette république qui se fait encore appeler France, alors qu’elle est française, à pratiquer les bons vieux genres nés de la contrainte. Quelle manière inouïe de renouer avec la Tradition !

Bien sûr, l’autofiction, genre né de la plume et de l’œuvre de Serge Dubrovsky, et passablement malmené par d’autres qui abusent plutôt de la faction (terme en usage aux USA), a du mal à filer la contrainte, car ce genre est justement structuré par la liberté qui le fait naître. Même le retour du roman à clé, qui fit les beaux jours de Proust, est en danger d’être censuré si les « reconnaissances » sont trop évidentes. Et là encore, c’est la pratique de la conviction qui s’exerce, vieil usage hérité des religions et des superstitions qu’elles défendent encore avec le succès qu’on sait, jusqu’au sang…

La satire est moins risquée, mais elle exige de la part du lecteur quelques dispositions à entendre les ruses d’une pensée prisonnière non plus d’une contrainte, dans le sens littéraire du terme, mais d’une échappée.

La littérature française, déjà perdue dans ce qui « ne mange pas de pain », autrement dit dans ce qui ne veut rien dire, retourne ici à des pratiques qui, tout en donnant à entendre, n’en sont pas moins suffisamment obscures pour ne pas « inquiéter » les autorités chargées de la paix sociale et desdites bonnes mœurs.

Et pourtant, cette satire, c’est tout ce qu’il reste pour s’exprimer si on n’a pas les moyens de se payer une décision de justice comme Marcela Iacub et son éditeur.

La satire, ce n’est pas la liberté qui se dresse contre la Censure, comme ce devrait être le cas de toute bonne littérature ; c’est un pis-aller anachronique.

Voilà comment, en France, la littérature revient à ce qu’elle y a toujours été : une occupation de riches, voire de « déclassés » qui n’en sont pas moins fortunés.

Pour les autres, restent la franche rigolade, avec son lot de larmes, et les cris étouffés sous la pèlerine usée depuis longtemps de la satire et de ses devinettes pas toujours faciles à élucider.

Par exemple, en parlant de viol, puis-je en parler librement ? Je veux dire à Mazères… et de qui on sait… ? Ce témoignage, pourtant légitime, tomberait sous les coups aveugles de la Justice. Ah ! Si les curés pouvaient parler ! Même sous la contrainte. On ferait une exception au principe de l’extorsion des aveux en leur appliquant, une fois n’est pas coutume, la Question…

Patrick Cintas

À la semaine prochaine !

 

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