Le juge Burgaud condamné à mort par Bertrand Tavernier

 

Un parapluie est élégant quand il est fermé, mais tellement laid quand il est ouvert. – Miguel de Unamuno – Niebla.

 


Juge Burgaud et Bertrand Tavernier

« Je suis contre la peine de mort. Mais c’est quelqu’un qu’on a envie d’exécuter, ce juge d’Outreau ! »

Bertrand Tavernier en oublie le nom de son personnage, tellement il est écœuré par tant d’ignominie !

C’est vrai, Burgaud. On a envie de t’exécuter. Tu es tout de même responsable de la mort d’autrui, sans compter les vies à jamais détruites et jusqu’aux conséquences de tes actes sur ta propre vie familiale. Et sans que ça ne te coûte rien[1] !

Ce que propose Tavernier, ce n’est pas une exécution terroriste, ou au moins une « provocation au crime[2] », mais une décapitation après un juste procès. Il y a quand même une différence que la justice devra apprécier. On l’attend au tournant, comme en Quarante[3] !

Car tu t’en es tiré, non pas honorablement, comme tu aurais pu le faire si tu avais eu ce courage, mais comme se tirent les poltrons et les robins pusillanimes[4].

Moi, j’y tiens, à cette question de l’honneur. Une démission eût pallié le défaut du procès d’assises auquel tu as échappé au nom d’une manœuvre procédurière certes, mais parfaitement « légitime ».

Mets-toi à la place du commun des mortels, fafa. Tu commets le pire acte qu’un homme puisse infliger à d’autres hommes, et tu t’en tires, non pas avec les honneurs ! mais avec une pirouette. Cette cacahuète est amère, crois-moi.

Bien sûr que tu aurais dû faire l’objet d’un procès. Mais la société n’a pas eu ce courage elle non plus[5]. Alors à qui reprocher ce viol répété de la vérité ?

Certes, la magistrature t’a soigneusement écarté du terrain des procès en te confiant une tâche de rond-de-cuir. Elle ne pouvait pas faire moins. Désormais, tu ne juges plus ; tu examines. Et ton esprit, que nous avons connu orgueilleux, défectueux et rancunier, ne s’applique plus qu’à la forme, laissant le fond à plus compétent (dit-on) et surtout à moins enclin à tromper les apparences.

Certes, ta vie familiale est empoisonnée. Et je te plains. Mais ne nous raconte pas des histoires, coco. Ce poison n’est en rien constitué par les critiques, voire les cris de dégoût et de douleur que tu inspires, à Bertrand Tavernier par exemple[6]. Quoi de plus naturel qu’un artiste, reconnu alors que toi tu es un magistrat « modèle » (je dis ça pour tes gosses), te condamne à une mort symbolique alors que tu continues de vivre et d’exister comme une tache dans notre conscience collective. Et quelle tache !

« Il y a des limites à ne pas dépasser ! » gémis-tu, toi la victime de toi-même, pour justifier ta plainte contre Tavernier. Mais non, petit caca Noël, il n’y a pas de limites sur ce terrain fragile de la conscience collective. Et c’est même l’honneur d’un artiste d’y mettre les pieds, zizi ! Ce n’est certes pas toi, ni même la justice qui t’emploie malgré le dégoût que tu inspires, qui tracera les limites de ce qu’il convient de t’infliger pour pallier le défaut de sanction à ton égard. J’avoue que tu m’avais d’abord inspiré une certaine compassion, allez[7]… mais Tavernier a raison. À défaut de te jeter en prison comme tu le mérites, ou au moins de te réduire à la mendicité, il convient de te livrer à l’imagination pour que tes enfants prennent conscience de la gravité de ta faute et ne s’avisent jamais de défendre ta mémoire. Beaucoup d’entre nous te perçoivent comme un ange de la mort. C’est exagéré, je sais. Mais cela doit figurer dans les œuvres d’art, à la place qui est la tienne et celle de tes consorts.

J’imagine un film tourné par Ferrara. Mais sans Depardieu dans ton rôle. On confiera celui-ci à un gamin imberbe, boutonneux, le type même du capricieux bizuté, et si possible naturellement porté à protéger son inconsistance par des insolences publiques du type de celle que tu es en train de commettre. C’est toi qui insulte Tavernier. Et tous ceux qui pensent comme lui. Une véritable légion d’honneur, celle-là ! De cette manière, le portrait sera complet. Et tant pis pour tes gosses qui savent désormais, grâce à leur papa, que l’insolence ne paie pas, en dépit des protections et autres frottements de l’amour illégitime.

Car c’est toi le toxique. C’est toi qui empoisonne tes enfants. Personne d’autre. Alors qu’il eût été neutralisé par tes aveux. Tant pis pour eux, mon pote. Tu n’empêcheras pas les gens d’éprouver un profond écœurement au contact de tes proches.

Ah tu n’es pas un salaud ni un pédant. Ce n’est pas ton rôle, comme dirait le scorpion. Tu es même moins que ça, un pauvre type qui fait carrière au fil d’une existence désormais pourrie par une connerie que tu aurais pu te faire pardonner si tu n’étais pas aussi bouffi d’orgueil et d’hypocrisie.

Autrement dit, jadis, on n’aurait pas accepté moins qu’un suicide. Aujourd’hui, nous nous serions contentés de tes excuses et de ta démission. Ainsi, tu aurais sauvé au moins ton honneur et rassuré ta progéniture sur son avenir parmi ses semblables. Ils vont en chier, les pauvres. Les enfants de Burgaud, le juge qui ne reconnaît pas sa faute et n’éprouve aucune honte à en appeler à la Justice pour qu’elle défende ses ersatz d’honneur et de probité.

« Hé, Burgaud ! T’as vidé ta vessie ? »

C’est ce qu’il convient de faire avant de se faire trancher la tête par décision de justice.

 


[1] Cette situation, pour utiliser un syntagme sartrien, rappelle étrangement le temps de l’Épuration. Je ne sais plus dans quel film Belmondo explique à un complice que les juges qui ont envoyé des résistants à la mort continuent sur leur lancée meurtrière en utilisant cette fois des criminels de droit commun, ce qui paraît plus juste, mais est bien embêtant pour le personnage que joue Belmondo… Je dis ça comme ça, parce que ça me vient à l’esprit… André Mornet… décoré par le pétainiste Mitterand du temps de son ministère de la Justice… légion d’honneur… Et Croix du pied pour Fabrice Burgaud qui la mérite bien !

[2] À mon avis, Tavernier t’emmerde, comme on dit… à cause de tes boutons et de la hauteur à partir de laquelle il parle de toi sans d’ailleurs t’adresser la parole. Un peu comme s’il te méprisait… comme on s’adresse aux marchepieds et aux paillassons…

[3] Ce serait un deuxième pied de nez de sa part !

[4] Merci, ô pétainiste Sarkozy !

[5] C’est d’ailleurs là le véritable sujet de cet article.

[6] Ce n’est pas le seul ! Un référendum t’enverrait paître ailleurs qu’en France.

[7] Douche it again – Article publié le 10 juillet 2007 dans la RAL,M :

http://www.ral-m.com//revue/spip.php?article1605.

« L’exemple de Burgaud nous terrifie. C’est bien utile d’ailleurs et personne, dans la magistrature, ne s’est encore plaint de cette contrainte qui nous ramène bien loin dans le temps passé, avec ce que cela suppose aussi de colère rentrée et de crispations des surfaces et des glandes. Notre regard en est affecté, mais la procédure donnera raison à cet ignorant ou à ce fou selon ce qu’indique le dictionnaire comme antonyme de sage. On le taxera peut-être d’un peu d’ignorance, au moins d’une certaine inexpérience qu’on ne pourra pas lui reprocher, car rien n’est prévu dans ce sens par la loi, de jure ! La folie, aussi rare que les révisions et l’amour des magistrats, ne sera pas évoquée. Pas plus que l’arrogance, le mépris, l’infatuation et autres bouffissures qui remodèlent ce visage enfantin soumis au jugement de la foule. Mais les menaces ont trop pesé sur ce personnage immature pour qu’on soit légitimement autorisé à juger de sa pertinence. D’ailleurs, il se défend si bien qu’il gagnera ce procès faussé à la fois par son apparence, par ce qu’on sait de son outrecuidance et par notre non moins inacceptable tentation de meurtre, à deux doigts de la tentative qui nous eût humiliés à jamais. On se contentera de savoir, à peu près car rien n’est vraiment approfondi en la matière, que l’esprit corporatiste sait aussi agiter la coupole judiciaire de ses enseignements et de ses contraintes. Burgaud est une victime sacrificatrice ou un sacrificateur éduqué dans une perspective hygiénique. Une poignée de terre jetée à son visage meurtri seulement par la lame de son rasoir ne serait comprise ni par lui ni par ses compagnons justiciers et solidaires. Burgaud n’est pas un exemple à suivre si l’on souhaite philosopher un peu à propos de nos aventures sociales et des errances de la pensée en proie à la réalité. »

 

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