Louis Marette trempe sa frite dans une friteuse

 

louis_marette_friteuse

L’histoire aurait plu à Alphonse Daudet[1]. Jean-Philippe Cros nous avait déjà amusés avec l’histoire de la vache d’André Trigano[2]. Cette fois, c’est Dominique Delpiroux qui est passé par Mazères pour se marrer un peu. Alliant le coup d’œil de l’écrivain à l’objectivité du journaliste, il a promené son miroir[3] sur Louis Marette toujours très heureux de recevoir la Presse dans le cadre de sa promotion personnelle. Je ne sais pas s’il a convoqué la Dépêche du Midi. En tous cas, il semble bien s’être une fois de plus laissé piéger. Ça sent socialiste. Il faut dire que Louis Marette est bête, mais bête ! Et pas seulement parce qu’il est de droite.

Y a-t-il plus bête que lui ? Un article paru dans La Dépêche nous a montré récemment que c’est possible. On y entend Jean-Louis Bousquet déclarer que ce n’est pas parce qu’il les chasse qu’il ne les aime pas, les animaux. On imagine un enfant face à cet ancien maître d’école : « Tu les aimes et tu les tue ? » Et Bousquet d’expliquer qu’on les mange bien les animaux, té ! « Ah ! Aimer comme ça ! » Et c’est à ce genre de drôle qu’on confie l’éducation intellectuelle de nos gosses…Plus con, tu meurs.

Et comme Louis Marette n’est pas mort, c’est qu’il est moins bête que Jean-Louis Bousquet. Donc il est maire et Jean-Louis Bousquet attend de l’être, sans s’y attendre toutefois, parce que Mazères a changé. Et c’est pas Marette qui l’a changée. Ça c’est fait sans lui. Il est trop bête.

Les thèmes de sa campagne ne sont pas nouveaux :

— Le campin’ municipale ;

— Le domène des oiseaux :

— L’arrêt au port en projet ;

— Le complesse portif Jean-Pierre Bel ;

— Et…

La sécurité.

Cet aliboron assimilé fonctionnaire en retraite de petite origine commerciale déclare au journaliste venu s’informer à tout hasard que c’est « le commissaire de police de Foix[4] » qui lui a conseillé de faire installer, pour la modique somme de 50.000 euros, des caméras dans les rues désertes de Mazères. Il faut bien un coupable, et Marette le trouve toujours, ce qui lui épargne de s’expliquer sur une politique sarkoziste que le petit Ciotti a répandue comme un commis voyageur sinistre et de sale mémoire.

Le système n’est pas mauvais, mais on peut se poser une question à laquelle on doit toujours répondre quand on installe un réseau, par exemple sur l’Internet : Qui surveille Marette et les sbires qui ont la clé ? Personne. À notre époque, ce n’est pas normal. Mais il est vrai que cette phobie de la surveillance n’a pas rencontré le succès escompté : les Français ne sont pas des cons, ce que Sarkozy et ses suiveurs n’ont toujours pas compris.

C’est qu’on vient de vivre une des pires périodes morales de l’après-guerre avec l’intrusion du pétainiste Sarkozy dans les affaires de la République. Heureusement que Hollande s’est mis en croix. Eh… mieux vaut un peu de gauche que beaucoup de droite. Et pendant la période néo-pétainiste, Louis Marette ne s’est plus senti pisser. Et il a dépassé les bornes imparties à la démocratie. « Il aurait choisi Hitler. »

« On a même tagué la mairie et ma propre maison ! » s’écrie Marette qui confond, bêtement, la délinquance et la contravention, faussant ainsi délibérément les statistiques officielles du fait. Tags : expression légitime qui vaut tout de même mieux que la méthode de don Camillo : un pinceau chargé de minium dans le cul ! Principe qui s’apparente alors à la délinquance sans toutefois perdre sa saveur de bonne justice. Quant à montrer son cul aux caméras, cela relève de la bonne blague et quand on s’emmerde ou qu’on n’a rien d’autre à faire, mieux vaut blaguer que de s’en prendre à l’intégrité de son prochain, n’est-ce pas ?

Pour la friteuse, il y a aussi un coupable, mais différent du commissaire de Foix. Évidemment. Une friteuse ne disparaît pas comme ça du trottoir où on l’a laissé traîner. Elle devait avoir un triste aspect car ceux qui l’ont emportée ont cru qu’elle était à la poubelle. C’est d’ailleurs sa seule ressemblance avec Louis Marette qui n’a pas belle allure et de mauvaises fréquentations.

En bref, le comité des fêtes de Mazères, — tout le monde sait qu’il représente le pouvoir intellectuel du village, pose la friteuse sur le trottoir et s’en va ailleurs. On ne dit pas où. Des gens passent. Ils voient la friteuse. Cela n’a rien d’extraordinaire le jour où, à Mazères, on sort sur le trottoir tout ce qu’on n’a plus envie de garder chez soi. Et des gens font le tour de ces choses, en voiture parce que certains de ces objets sont encombrants pas seulement du point de vue de l’utilité. Il m’est arrivé de faire cette promenade un jour d’encombrants. J’avais repéré un beau petit meuble de rangement qui rutilait à côté de choses moins récentes. J’en avais, moi, l’utilité. Je passe donc. Je ralentis. Je me dis alors que ce meuble est trop beau pour être sorti comme ça sur le trottoir. Et je pense que ce n’est pas un encombrant. Je ne m’arrête donc pas. Puis je reviens sur les lieux, en me disant que ça ne me coûtera pas grand-chose de demander aux propriétaires de ce meuble s’il n’en veulent vraiment plus. On est bête.

Un autre jour d’encombrants, une charmante dame en voiture m’a demandé de « rentrer » ce dont je me débarrassais parce qu’elle allait chercher le pain. En connaisseuse, elle est revenue pour récupérer mon encombrant. On a une convivialité de vieille souche à Mazères, même si on ne se connaît plus aussi bien qu’avant.

Il faut toujours demander avant d’abandonner l’idée qu’on avait en premier. Mais quand j’arrive, cet autre jour d’encombrants, le meuble a disparu ! Et on a laissé toutes les merdes dont je ne veux pas ! Voilà comment on devient un perdant dans l’existence. On hésite, parce que c’est trop beau, et on se fait doubler par un gagnant.

Et bien c’est justement ce que ces gens, qui passaient par là en voiture, étaient : des gagnants. En plus, ils n’avaient aucune raison de douter, vu l’aspect de la friteuse. Mais une merde pareille, avec un peu de Cillit Bang, il n’y paraît plus. Et ils emportent la friteuse sans plus de commentaires. Il est rare que les gagnants s’adonnent à ce piteux exercice du commentaire. Il n’y a que les perdants pour y gâcher leur temps.

Alors le comité des fêtes revient. Dans quel état, on ne sait pas. Plus de friteuse ! Putain ! Ce sont de bons mazériens. Ils savent bien que c’est déjà arrivé, le jour des encombrants. Tout le monde n’est pas hésitant. Et avec la nouvelle population qui s’installe, il y a de plus en plus de gagnants. « Quelqu’un, comme c’est rigolo, a cru qu’on ne voulait plus de la friteuse ! Je te dis que oui ! Oh ! Putain ! » Il ne restait plus qu’à en parler à ce con de Marette. C’est comme ça qu’on l’appelle quand on le connaît un peu et qu’on se sert du Petit Robert.

Il arrive, le Marette. Il a à peine eu le temps de sucer une Valda et de te tamponner les joues avec son aftershave anisé. S’il avait su qu’il allait se passer quelque chose à Mazères, il aurait fait moins de bruit avec les verres. « Tout le monde dans la salle secrète ! » crie-t-il. Mais il se ravise. Tout le monde, non. Ils ne sont que trois à pouvoir entrer dans la salle des caméras. Lui, parce que c’est le chef, et même s’il est con, un chef a tous les droits. Et puis le garde champêtre qu’on appelle maintenant policier municipal par ce que c’est la même chose mais que ça fait différent. Et un troisième, une cheftaine qu’on n’a pas élue, mais qui a le pouvoir d’entrer elle aussi si elle veut. Mais elle n’est pas là pour se ridiculiser en compagnie de Marette. Et Marette et le garde entrent dans la salle des caméras. Et ils voient sur les écrans la fourgonnette avec dedans ceux qui ont « volé » la friteuse. Marette ne voient pas encore la friteuse, mais elle « doit être dedans ».

Et au lieu de se comporter comme une personne bien éduquée et surtout comme un magistrat digne de ce nom, il appelle les gendarmes qui le connaissent exactement comme s’ils ne l’avaient pas fait, parce qu’un gogo pareil, il ne faut pas avoir honte de l’avoir mis au monde. Et les gendarmes, qui ne sont pas plus cons que les autres, ceux qui savent que la friteuse est entre de bonnes mains, vont demander des explications aux « voleurs ». Il faut être prudent, parce que Marette, comme il est bête, il peut devenir méchant. Et on ramène la friteuse sans intervention auprès du procureur de la République. « La prochaine fois, on la nettoiera avant de la poser sur le trottoir le jour des encombrants. Hé té ! Même mieux. On la mettra plus sur le trottoir, ce qui nous dispensera de la nettoyer. Qu’en pensez-vous, monsieur le maire ? »

Marette pense ? Première nouvelle. Il a des idées, ça oui. Tellement tordues que les vrais gaullistes et les communistes, qui ne sont pas moins vrais, disent que c’est un pétainiste. Même le tribunal de grande instance de Foix a dit que c’était un larbin inculte ou, comme disait Sartre, un salaud. Enfin, c’est ce que j’ai compris…

Moi, je l’ai déjà dit, je pense que c’est un « vieux con ». Je mets entre guillemets, parce que je cite un propos atteint par la prescription. C’est comme celui qui dit que n’importe quel trou du cul peut avoir la légion d’honneur. Je cite. Je ne me retranche pas.

Il est tellement con, le Marette, qu’au lieu de se méfier de Dominique Delpiroux, qui est connu pour trouver les signes révélateurs de la bêtise et même parfois de la méchanceté, il le fait entrer, il lui montre les écrans, lui enseigne comment ça marche, avec le zoom et le pivot, et la conformation des rues de Mazères qu’on a construite bien avant que Haussmann fasse la même chose à Paris. Pour un peu, on penserait que Marette y est pour quelque chose, histoire de démontrer qu’il n’est pas si con que ça. « J’suis pas con, je suis maire. » Une particularité lexicologique qu’il faudra transmettre aux jugesses du TGI qui ont le Petit Robert là où les autres ne l’ont pas. Mais avec la légion d’honneur, on a plein d’amis. Et ça influe.

Alors comme ça, la Dépêche est venu à Mazères pour recueillir les thèmes du programme électoral de Marette. Et bien entendu, comme chaque fois que la Dépêche se déplace dans sa direction, Marette l’a dans le cul. Il va plus lui rester beaucoup de place. Que la médaille, elle en prend ! Comme quoi, il ne faut pas s’asseoir dessus. Et tremper sa frite dans une friteuse est tout de même plus logique que de faire la même chose avec un bénitier.

Il ne voulait peut-être pas la tremper, mais il est tellement bête que devant une friteuse, il ne peut pas résister. Il trempe. Et c’est comme ça depuis des années. On raconte même que ça a failli mal commencer pour lui. On en parle. Mais ce chaouch d’André Trigano est insensible aux brûlures.

Comment j’ai dit tout à l’heure ? Marette, aliboron assimilé fonctionnaire en retraite de petite origine commerciale. André Trigano est un equus asinus aussi. Un rase-motte de l’espèce. Comme on dit, il a le cerveau tellement près des pieds ! Mais c’est un fils à papa qui peut tout s’acheter et qui d’ailleurs n’a jamais rien gagné. En tant que textologue, j’aime bien les définitions, surtout depuis que je sais qu’à Foix, au TGI, elles font usage du Petit Robert. Elles en ont un chacune. Trois Roberts et trois femmes, le compte n’y est pas… Enfin, si j’ai tous mes doigts.

Non, vraiment, on a envie de rigoler. J’avais lu un article sur les caméras de Mazères, « le village le plus surveillé de France ». Je ne sais pas s’il était déjà de Dominique Delpiroux. Il est tellement sournois, celui-là ! Il a une caméra dans la main, et il la promène bien. Il n’y avait personne dans les rues de Mazères, mais on était là ! Derrière les rideaux, parce qu’on n’a pas de caméras. Mais le Marette, il est tellement bête qu’il n’a pas vu que Dominique Delpiroux avait une caméra et qu’il ne pouvait pas manquer de le filmer. Sournois ! Et ce con de Marette qui se croit cinéaste maintenant ! Heureusement que les gendarmes sont moins cons qu’on le dit. Tu imagines des gendarmes cons, Marette con, le préfet con, le procureur con, la présidente con, et même le commissaire de police de Foix qui est responsable que Marette a acheté des caméras et tout ce qui va avec. « On a plein des millions, » précise-t-il des fois que le journaliste, qui est aussi écrivain, n’ait pas compris que 50.000 euros, c’est rien à côté de ce que ça rapporte.

Faites faire un trou à Trigano pour construire une autoroute, Marette le bouche avec des oiseaux. Mettez un camping au bord de l’eau qu’on peut même pas s’y baigner, Marette plante lui même les tentes Trigano. Etc. Il a retenu la leçon de Trigano, mais avec l’argent public qui n’a pas la même odeur.

Enfin, si comme je disais on n’avait que des cons pour donner suite aux idées de Marette, dans quelle merde on serait ! Mais ils ne sont pas tous cons. Quelques-uns, oui. Mais c’est humain. Tout ça pour une friteuse dégueulasse que même moi je mange pas les frites, alors ! Surtout que Marette, à force de tremper la sienne, il a changé la nature de l’huile. Elle n’a plus la même saveur. Et pourtant, Mazères a été si proche de l’existence, du temps où Trigano se bourrait de bonbons quand il ne passait pas son temps à se planquer. Et dans bien d’autres temps. Aujourd’hui, Mazères est un désert. C’est marrant, non ? Marette rime avec bête et Mazères avec désert. Je me demande bien ce qui rime avec frite… allez… ! on accepte même les rimes pauvres.

Mais assez rigolé ! C’est bientôt les élections. Les gens qui vont prendre la parole ont quelque chose à dire. Et ils savent le dire. Ils font de la politique, une activité humaine qui a plus d’influence sur la société que les arts et la culture. Alors Marette est reparti avec ses idées d’un autre temps dont il vaut mieux ne pas parler. « Il aurait choisi Hitler. » En attendant, les professionnels de la sécurité, autrement dit les gendarmes, dont il est nécessaire de redire qu’ils ne sont pas tous cons, n’ont pas une très haute idée du système de surveillance qui surveille, parce qu’il ne sait pas faire autre chose, les rues de Mazères construites bien avant, ne nous lassons pas de le répéter, avant que Haussmann ne nous fauche l’idée. Tout cela n’est pas bien grave. Le pognon foutu en l’air, ça ne manque pas, sauf à ceux qui en auraient besoin.

Dans la chouette narration de Dominique Delpiroux, il y a presque toute la bêtise foncière de Louis Marette. On sourit. Il y en a même qui sourient tellement que la mauvaise humeur leur monte au nez. C’est bien, de rire et de sourire. Et bien aussi de rouscailler. Comme dit Prévert, « une grande claque dans la gueule, ça sert à rien mais ça soulage. » Dominique Delpiroux a mis une grande claque dans la gueule de Louis Marette qui, comme il est bête, n’a rien senti avant qu’on lui explique. Dire qu’il y en a qui ont passé le week-end à lui expliquer ! Même Jean-Louis Bousquet aurait compris dans l’heure qui a suivi le départ de Dominique Delpiroux. C’est bien, tout ça. C’est même très bien. Mais Dominique Delpiroux n’est pas bête, lui. Il est sournois, on l’a déjà dit. La sournoiserie, je dis ça pour les juges qui se servent du Petit Robert, consiste à cacher ses véritables intentions dans le but de mal faire. Seulement voilà, Dominique Delpiroux veut bien faire. Il fait mal du point de vue de Marette qui ne souffre pas encore et qui se trouve beau et intelligent sur la photo alors que jamais il a eu l’air aussi con. Mais il fait bien de dire que, selon Marette, les délinquants « sont pas d’ici ! »

Voilà un trait typique du caractère du pétainiste selon Alain Badiou. La pratique de l’indésirable. Alors une fois qu’on a bien rigolé, on prend le temps de réfléchir avec Dominique Delpiroux à cette petite phrase, qui n’est pas celle de Vinteuil, où Louis Marette prétend que les voyous ne sont pas de Mazères. Il y a une vieille chanson dont je ne retrouve pas les paroles. Vous, les vieux Mazériens, vous la connaissez. Dites-la-nous. Simplement pour continuer de sourire. Car c’est une chanson amusante. Enseignez-la à ce con de Marette qui n’est pas de Mazères, et pas même d’ici.


1. Dominique Delpiroux – Mazères. «Comment on a pu retrouver la friteuse dérobée au comité des fêtes» – La Dépêche du Midi. [ICI]

2. J.-Ph.C – Mazères. Trigano achète une vache aux enchères – La Dépêche du Midi. [ICI]

3. Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure..., Corinthiens 13:12 – in Philip K. Dick – Substance Mort.

4. Une piste à suivre… ?

 

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