Louis Marette – Des gamelles et des bidons

louis_marette_viol

 

Il arrive qu’un homme prenne plaisir à être stupide si cela lui permet de faire une chose que son intelligence lui interdirait.  John SteinbeckA l’est d’Eden.

*

La mémoire, c’est pourtant simple:

— Si tu aimes, achète un bleuet et ferme ta gueule.

— Et si tu n’aimes pas, n’achète pas de bleuet et ferme ta gueule.

Voilà comment agissent les honnêtes gens. Cette bonne terre d’Occitanie n’en manque pas. Ce n’est pas qu’on soit discret, mais on éprouve une grande pudeur à l’égard de nos propres interprétations de l’Histoire. Et on se tait. C’est simple comme un bonjour.

Mais la politesse, il y en a qui la compliquent. À dessein, bien sûr.

Une loi de l’État stipule clairement que le 11 novembre est désormais le jour où est rendu hommage aux morts pour la France, exclusion faite des victimes collatérales. Si vous n’avez pas le papier, on ne vous rend pas hommage. Circulez!

Et ce 11 novembre 2014, il y avait à Mazères de quoi faire circuler…

Au moins dix fois plus de militaires et autres cerbères que de Mazèriens. Soit un corps d’armée augmenté d’une division. Aussi, les Mazèriens ont préféré rester chez eux. Sur la place, les membres d’une secte qui d’auto-gratifient et se contemplent le derrière pour savoir qui en a le plus, ou qui a le plus donné, selon l’idiosyncrasie de chacun.

Un colonel, tout petit, sans cheval et sans panache ; une préfète fringuée comme elle peut, la pauvre ; des flics, des bidasses, des anciens sortis du placard, et… Louis Marette, maire de Mazères, tenant une médaille à la main, car on ne retrouvait pas le coussin.

La présidente du TGI de Foix n’est pas venue, car elle ne vient que si on lui donne quelque chose à faire ou à défaire. C’est sa nature.

L’évêque de Pamiers est resté sur son siège toute la journée à cause d’une indigestion de patriotisme. L’Église, putain de l’Europe, ne sait plus changer de trottoir quand les marles deviennent nerveux.

Et on a amené des gosses, sous prétexte que la guerre 14-18 doit leur être expliquée comme le plus grand drame que la République ait connu. Ce qui est une manière de passer l’éponge sur l’incompétence chronique des états-majors, la Collaboration, l’antisémitisme, le crime colonial et les raclées sur le terrain du combat. À deux pas de la Briquèterie et du camp du Vernet… et des véritables exploits des caracoles sans qui… n’est-ce pas…

De Lattre de Tassigny, qui fut comme Juin et tant d’autres vichystes et nazis, « retournés » par l’armée américaine, était à l’honneur, en la personne d’un ancien combattant débarqué en Provence. La médaille qu’étreignait Marette lui était destinée. Grand bien lui fasse ! Il n’est jamais trop tard pour se sentir français en terre conquise.

Très significativement, le pisse-copie qui a écrit un article sur ce sujet dans Ariège-News  nous apprend que « les derniers acteurs de ce conflit ayant disparu, le centenaire de 2014/2018 est sans aucun doute un moment privilégié pour donner aux jeunes générations les clés de la compréhension de cette période particulièrement difficile de notre Histoire. » On comprend qu’une fois que les témoins ne sont plus là pour en parler, on peut leur faire dire ce qu’on veut. Et les huiles présentes sur le terrain ce jour-là ne s’en sont pas privées, on s’en doute.

On a donc amené des enfants avec la permission des parents.

Ils ont lu des extraits de lettres de poilus… choisis par la maîtresse, qui a ses maîtres, et ses coucheries indispensables.

On a bien sûr évité de leur projeter Vingt ans dans les Aurès et de leur expliquer quelques pages durailles de Pierre Guyotat et de Benoist Rey…

« J’ai l’impression (et je ne suis pas le seul) que vous avez écrit là un des livres fondamentaux de notre époque : l’histoire immobile comme la pluie, indéfiniment itérative, de l’Occident au XXe siècle, » écrit Michel Foucault à propos de Tombeau pour cinq cent mille soldats.  Le général Massu fait interdire le livre dans les casernes françaises en Allemagne, souligne Wikipédia (j’ai participé, donc je cite).

Mais la révision de l’Histoire est à la mode.

Ce déploiement des bas instincts en est le meilleur instrument.

De temps en temps, la valetaille sort dans la rue pour faire la leçon à la Presse, mais le public préfère se défouler dans les forums de l’Internet où il n’est pas difficile de constater que la France retombe dans son trou à merde : si, comme le dit Alain Badiou, il est exagéré de parler de nazisme et peu sensé d’évoquer le bonapartisme, alors il faut reprendre notre vocabulaire où nous l’avons laissé avec le pétainisme, n’en déplaise aux magistrats trop pressés d’en finir avec les épines dans le pied au détriment de la vérité.

Au fond, il est désolant d’assister à de pareils spectacles au commencement déjà bien nourri de ce XXIème siècle. Comme il est figuré plus bas dans cet article, les uns étudient, et se soucient de pouvoir continuer de le faire, et les autres ont terminé leurs études avant même de les avoir commencées.

 

oOo

 

louis_marette_mcm

 

oOo

 

louis_marette_mcm2

 

oOo

 

louis_marette_14-18

 

oOo

 

louis_marette_gerbe

 

oOo

 

louis_marette_viol2

 

oOo

 

louis_marette_gerbe2

 

oOo

 

Publicités


Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s