Le perroquet de Louis Marette (28)

 

CHAQUE SEMAINE

 

UN NOUVEAU FEUILLETON MUNICIPAL A SUIVRE SUR LE SITE DE PATRICK CINTAS :

 

Le perroquet de Louis Marette (28)

 

Je jetai le gosse sur mon dos, mais avant de m’élancer dans de nouvelles aventures, je pliai mon cou sur le côté pour lui demander :

« Pourquoi ne les as-tu pas suivis ?

— Ça ne m’intéresse pas, monsieur Roger.

— Tu n’as pas envie de perroquets comme ton papa ?

— Même pas d’une perruche comme ma mère…

— Comment t’appelles-tu ?

— Je suis le soldat connu. »

Évidemment, lorsque nous arrivâmes, au galop, au bord du lac, Bousquet n’était pas noyé. Il était même propre. Mouillé, mais propre. Ce qui ne signifie pas qu’il sentait bon. Mais à distance, on ne sentait rien, même si on en doutait. Par contre, Marette ne se réveillait pas.

Dédé était inquiet. Il y avait eu des témoins, mais comme ils étaient affamés, ils étaient retournés au restaurant, laissant derrière eux leurs emballages. Ils devaient être en pleine conversation critique. Lecerf les avait rejoints.

« Et le pauvre type qu’il a assommé ? demandai-je à tout hasard.

— Ce n’est pas lui qui l’a assommé. Il était déjà assommé quand il est arrivé sur les lieux. Il en a profité pour casser quelques meubles.

— Il a pas pu résister, ajouta Bousquet qui sortait de sa poche des cartouches impropres à la consommation.

— En attendant, Marette ne se réveille plus, gémit Dédé en tournant ses mains vers le ciel.

— C’est tout de même terrible ! protesta Bousquet. Maintenant qu’il dort, tout le monde veut le réveiller. Et quand il ne dort pas, on l’invite, des fois que ça lui donne sommeil.

— Qui est cet enfant ? » dit Dédé en me regardant comme si j’étais père ou pédophile et qu’il voulait en savoir plus.

Je hennis mollement. Le gosse s’exprima à ma place :

« Je suis le soldat connu, dit-il en montrant le clairon.

— Mais je le connais, ce clairon ! s’écria Bousquet qui se mit en peine pour trouver une cartouche encore en état de tuer.

— Je l’ai trouvé, dit le gosse qui n’avait pas l’intention de se laisser voiler.

— Ah ! Maudit garnement ! Tu ne sais pas que j’en ai maté de plus coriace que toi ! Laisse-moi en trouver une ! Je saurai bien m’en servir sans le fusil que j’ai perdu en m’accrochant à autre chose quand j’étais en train de me noyer au vu et au su de tout le monde.

— Vous n’avez pas vu ma vache, Roger ? »

Je me demandai bien à quoi Bousquet s’était accroché. Le bougre s’en était sorti sans trop de dommages à part la perte de son fusil. Il en avait d’autres.

« Tout le monde est parti, annonçai-je sans hennir.

— Qu’est-ce que vous voulez dire, Roger… ?

— Il veut dire, compléta le gosse, qu’ils sont venus et qu’ensuite ils sont partis. Et j’ai trouvé le clairon.

— Une panique générale ? s’inquiéta Dédé.

— On aurait pu le croire, mais ce n’est pas le cas.

— C’est dans la joie et la bonne humeur qu’ils sont partis, dit le gosse comme s’il avait compris qu’en matière politique le sous-entendu demeure plus riche en conséquences que la clarté du discours philosophique le moins couru.

— Sans moi ! » s’écria Bousquet en foulant les cartouches qui tombaient de ses mains vides.

La langue lui tirait les vers du nez. Il y avait encore beaucoup de vers dans son nez, car il avait fermé la bouche dans l’eau.

« Et moi alors ! » grogna Marette dans son sommeil, ce qui nous pétrifia.

Il n’avait pas atteint le niveau de langage de Finnegan. On comprenait parfaitement ce qu’il disait même quand il dormait.

« On va encore me le mettre sur le dos ? se plaignit Bousquet.

— On n’a pas le choix, dit Dédé qui mesurait ma selle. Tu te mettras sur la croupe, dit-il doucement au gosse. Tu verras comme c’est agréable de voyager en croupe.

— Si tu ne me demandes pas de te prêter mon clairon… » fit le gosse.

Il avait l’habitude de se soumettre. Il recula et libéra la selle. Dédé s’y installa sans me demander mon avis. Bousquet appela une cigogne, mais en vain.

« Tout de même, bougonnait-il, ce Lecerf, il est jamais là quand on a besoin de lui. J’aurais bien aimé lui monter dessus, moi !

— Il ne vous coûtera rien d’aller à pied…

— Puisque vous le dites avec des fleurs… »

Et il se mit en route avec Marette sur son dos. On fit le tour du lac. Passant devant le restaurant, nous entendîmes la voix de Lecerf qui se vantait d’avoir cassé plus de meubles qu’Arman. Ah ! Il n’agissait pas ainsi par esprit d’imitation. Il avait toujours cassé des meubles, depuis sa plus tendre enfance. On dit même qu’il en avait cassé dans le ventre de sa mère, ce qui est fort possible car c’était sa première maison. Pas de maison sans meubles, mais l’homme ordinaire n’y démolit pas le mobilier familial. Il y enferme plutôt ses secrets intimes, quand il ne couche pas avec.

« Je suis déjà épuisé, fit Bousquet en soufflant. Marette pèse un âne mort. Et pourtant il est pas mort. Et comme il sent le perroquet, j’ai le vert en travers et le foie qu’est pas droit. Et si on le jetait à l’eau, des fois que ça le réveille… ?

— Je ne sais pas nager, dit Dédé. Ni vous non plus. On ne peut pas demander ça à un enfant…

— Il va falloir que Roger se dévoue, parce que moi j’en peux plus. Je sais même pas si j’aurais la force de le jeter aussi loin.

— Roger s’en chargera, dit Dédé toujours sans me consulter. Descendons, » dit-il à l’enfant.

Publicités


Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s