Le perroquet de Louis Marette (31)

 

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Le perroquet de Louis Marette (31)

 

LOUIS MARETTE
Le perroquet de Louis Marette (31)

Comme la fenêtre était ouverte, Marette n’eut pas à se forcer beaucoup pour mettre le pied dans mon bureau. Il referma aussitôt les battants derrière lui. Le soleil nous épargna des reflets qui eussent soustrait les gestes de l’édile à notre attention déjà assez crispée sans ça. On me demanda si je n’avais rien à dire à ce voleur de perroquet, mais je rétorquai que je ne possédais aucun perroquet et que celui-ci était rentré chez moi sans ma permission.

Nous fûmes nombreux à assister à la descente du perroquet. Il fut rapidement descendu. Marette, ouvrit la fenêtre pour exhiber le cadavre transparent. Il y avait bien encore un peu de vert sur les parois, mais nous n’étions pas exigeants à ce point. Nous nous attendions à voir le vert voler en éclat devant nos pieds agités. Marette, cependant, l’étreignait pour la photo. Le type de la Dépêche ployait et déployait son zoom dans un bruit de fermeture Éclair. Il n’y a pas de Presse locale sans caresse de projet personnel.

Le soldat connu se dressa sur ma selle pour entonner un cri de victoire. Les poitrines haletaient, secouant les ors et les rubans. La casquette de la préfète vola au-dessus de nos têtes. Quand soudain…

Soudain le cadavre du perroquet, dans la main de Marette, se mit à gigoter comme si la mort l’animait encore. Il n’avait pas mis longtemps à quitter ce monde, tant Marette avait soif de nous impressionner durablement. Ses nerfs voulaient encore s’accrocher à la vie. Mais ce qu’il empoignait dans ses griffes d’oiseau mort, ce n’était que la réalité. Il ne se distinguait pas des autres morts en ce sens. Le passage de la vie à la réalité ne dure jamais beaucoup, mais il arrive que l’un résiste plus que l’autre.

Croyez-vous que Marette eût saisi l’occasion pour commenter l’évènement en termes électoraux ?  Au contraire, il parut effrayé.

Nous nous regardâmes sans comprendre. Le soldat connu mordillait les pompons de son clairon. Même les médailles cessèrent de se distinguer des simples boutons.

Alors Marette diminua. Je rappelle qu’il était à la fenêtre, laquelle nous privait de tout ce qui se situait en dessous de sa ceinture. On ne voyait plus que sa tête épouvantée, comme si elle reposait maintenant sur le rebord de la fenêtre.

« Hé putain ! fit Bousquet. Qu’est-ce qui lui passe… ? »

Il s’en passait des choses dans mon bureau investi d’autorité par le maire de Mazères ! Il exhaussait le perroquet comme un calice. Et l’oiseau sortait de la mort aussi vite que Marette l’y avait fait entrer. Vous souvenez-vous de l’ange qui nous apparut au début de ce récit ? La question n’étant toujours pas de savoir s’il était mâle ou femelle, il se posa sur le rebord de la fenêtre, nous bénissant de son urine ou de son sperme.

La main de Marette s’ouvrit, comme contrainte par une puissance supérieure. Le perroquet allait-il se fracasser sur mon plancher, le mur de ma maison le soustrayant à nos regards ?

« Mais qu’est-ce que ce pitre est encore en train de nous faire ? » grogna quelqu’un qui ne semblait pas systématiquement opposé.

La main une fois entièrement ouverte, le perroquet agita ses ailes pour se maintenir en l’air, à l’endroit exact où Marette l’avait lâché contraint et forcé. Cette fois, la foule précipita ses genoux sur la chaussée. On n’entendit aucune plainte. L’ange projeta encore un jet liquide qui pouvait être vert mais le soleil en irisait tellement la parabole qu’il parut à nos yeux aussi beau qu’un arc-en-ciel.

Marette ne singeait pas. Mais avait-il singé en descendant le perroquet ? Et celui-ci se posa sur l’épaule de l’ange. Allait-il nous faire un discours ? Où était le curé ? Personne ne voulait rien rater du spectacle. Tant pis pour le curé ! Et pour ajouter au miracle, j’étais redevenu homme. Et le soldat connu était redevenu inconnu. Et Bousquet, qui n’était rien redevenu, chantait des louanges sans avoir soif. On vit des militaires redevenir aussi courageux qu’avant le premier combat et des policiers aussi fidèles que leurs chiens. Des maîtresses d’école redevinrent maîtresses. Mazères sentait le miracle à plein nez. Heureusement que l’évêque de Pamiers n’était pas là, sinon il n’y aurait pas cru et aurait fait venir son exorciste de service.

Voilà comment se termina ce récit. Le perroquet, tenant la main de l’ange, s’envola avec lui dans le firmament, poussé par un petit nuage cotonneux qui enveloppait leurs saintes plantes. Nous touchions enfin le bonheur. Marette était tellement ivre qu’il voulut sauter par la fenêtre pour se recevoir par miracle sur le sol dur et froid de mon parking.

Alors la voix de Dieu, qui ressemblait étrangement à celle de Dédé Trigano, descendit du ciel pour nous dire :

« Ce n’est pas le messie, bande d’idiots ! Il n’est pas encore né celui qui donnera raison à Moïse ! »

Fin du premier épisode
du Voyage au pays d’Hypocrinde

Le perroquet de Marette

Deuxième épisode bientôt

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