La Passion de Louis Marette (2)

 

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Le perroquet de Louis Marette – texte intégral

 

La Passion de Louis Marette (2)

 

La Passion de Louis Marette (2)

La goutte perlait comme rosée du matin sur le fil à linge. Jim secoua alors ce qui lui restait de prépuce et le Grand Collecteur usa de son souffle serein pour porter la goutte sur la langue de Marette qui la claqua contre son palais. Il ne sut pas si c’était saint Emilion ou Blanc saint qui lui enseignait déjà à s’exprimer comme un prélat destiné à la prophétie.

Mais comme il était encore lui-même, il craignit d’avoir à souffrir de cette procédure somme toute ordinaire tant elle avait, par le passé et encore à venir, changé l’existence de tant d’innocents en relique de l’œuvre papale. Il se mit à gémir, un peu comme le rêveur pris au piège du sommeil profond et qui ouvre les yeux dans l’obscurité de sa chambrette.

« Je ne suis pas Louis ! Je ne suis pas Louis ! » hurla-t-il dans le crépuscule de la route qui mène de Saverdun à Mazères quand la coupe est pleine.

Le diable se débattait, l’œil collé au prisme qui semblait, vu de loin, enchâssé dans la bouche d’ombre du poète.

« Mais enfin, Loulou ! beuglait Jim Morrison dans son micro, tu es destiné ! Tu es destiné ! »

Marette grogna comme s’il tenait un fusil à la place du prisme. Il en ouvrit l’œil qui n’était pas dans la mire. Ce qui coupa net son effort : cet œil ne voyait rien. Il le referma dans la précipitation et y pressa un de ses pieds, car ses mains étaient occupées, l’une sur la détente et l’autre sous le fût. Ah ! il se serait sorti de ce saint pétrin s’il avait été en chasse ! Mais il n’y avait plus de perroquet en vue. Il ne chassait pas ; il était trop destiné pour ça désormais. Il laissa ses mains retomber dans ses poches. Le prisme, de toute façon, était fermement tenu par la main du nègre de Dieu, lequel serviteur exhibait la goutte perlant dans le rayonnement que le prisme offrait au crépuscule en formation dans les platanes. Marette se servit de son œil vacant pour mesurer cette profondeur jamais vécue de son vivant. Il avait peut-être trop bu et il était en train de passer. Ses jambes, pliées à l’équerre, s’entrechoquaient sans toutefois produire le son qui permet au connaisseur de savoir si les deux verres sont pleins ou vides. Visiblement, l’édile avait changé de décor. Il se passait quelque chose d’inhabituel. Or, Jim parlait de destinée, usant d’une poésie digne d’Alfred de Vigny si Marette en avait déjà entendu parler. Jim se fichait de savoir si le maire de Mazères avait des références littéraires. Le moment était mal choisi pour en juger. Il resserra son emprise autour du prisme qui éjecta une étincelle.

« Aïe ! » fit Marette en prenant soin de ne pas s’en plaindre.

Il n’en ferma pas moins son œil. L’étincelle, tout électrisée de divins pouvoirs sur l’esprit en proie aux effets de la soif, repoussa doucement les paupières et c’est dans cet interstice que Louis Marette, bavant de culpabilité, estima que la goutte que Jim exhibait à son attention ne contenait rien de l’héritage paternel au sens civil du terme. Il vit à quel point c’était possible !

« Mon père ! » s’écria-t-il.

A ce cri, Dieu s’ébroua. Il poussa même un hennissement pour témoigner de la pertinence des écrits de Tolkien. On l’appelait ! Et de divine façon !

Jim s’interposa :

« Il veut dire SON père, » souffla-t-il dans l’éternelle oreille.

Dieu se calma et les feuilles des platanes de la route Saverdun-Mazères cessèrent de s’agiter. Le temps n’était pas à la brise qui annonce l’orage, jugea le puissant horloger de l’univers (si c’était lui…)

« Mais je SUIS son père ! murmura le seul, l’unique.

— Il ne le sait pas encore… fit Jim un peu contrit.

— Sa mère est sa mère toutefois, dit Dieu en guise d’explication définitive. Nous l’avons déjà dit, réaffirma-t-il.

— Avec Marette, dit Jim un peu sournoisement, il vaut mieux répéter… Psittacisme du verre… ou du vert, je ne sais plus…

— Soit ! dit le seigneur des lieux que nous habitons quand il s’absente. Que cela soit répété ! »

Et Jim, gonflant sa poitrine noire de poils, répéta :

« Louis ! Tu es Louis ! Cette goutte, jadis Dieu lui-même la plaça dans la matrice de ta mère qui n’était pas une sainte, certes, mais dont tu te montras digne tout au long de ta propre existence. »

 

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