La Passion de Louis Marette (3)

 

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Le perroquet de Louis Marette – texte intégral

 

La Passion de Louis Marette (3)

 

La Passion de Louis Marette (3)

On en serait resté là si Louis Marette n’avait pas aperçu, dans la broussaille de la route qui chemine entre Saverdun et Mazères, comme l’ombre verte d’un perroquet de fond de verre. Pas facile, reconnut Jim, de faire la différence entre le vert d’un feuillage et celui d’un verre dont le contenu revêt la même vibration optique. Mais Louis Marette connaissait cette science comme s’il l’avait inventée.

Cependant, afin de ne point agacer le maître incontesté de l’univers (si l’on s’en rapporte aux ragots évangéliques), Marette ne quitta pas son œil du prisme et s’approcha de l’objet de sa soif uniquement par mécanisme optique, car le prisme, comme fusil, en était pourvu. Il actionna la bague dans le sens des aiguilles d’une montre et son œil pénétra le vert embusqué dans la broussaille.

« Eh putain ! s’écria-t-il. Je me suis pas trompé ! C’est un perroquet ! Ce qu’il en reste toutefois ! Si vous permettez, Seigneur…

— Tu as assez bu ! » grogna Jim en ordonnant à son orchestre trois secondes de cacophonie étudiée de longue date pour secouer les molécules étrangères à la composition ordinaire du cerveau.

Marette en conçut une grimace épouvantable, surtout de profil. Dieu grimaça aussi, mais à sa façon.

Jim revêtit son aube à ce moment-là. Louis Marette, étonné et même surpris, n’avait pas vu passer la nuit. Il sortit du fossé, le prisme collé à son œil. Son auto, immobile, gisait dans le même fossé, mais au pied d’un platane. Les feuilles affaiblies par l’été finissant avaient presque toutes chuté dans l’herbe non moins décolorée. Heureusement pour l’esprit de Marette, qui avait pensé vivre ses derniers instants au cours de la nuit, le prisme jouait parfaitement son rôle d’intermédiaire entre la réalité et ce qui est. Jim aussi était là, tout illuminé par les premiers rayons du soleil. Son ombre traversait la route et finissait dans le fossé opposé.

« En parlant d’opposition… fit Marette pour changer de sujet car celui-ci commençait à le mettre mal à l’aise.

— Il n’y a pas d’opposition qui tienne ! gronda Jim en ordonnant un autre rif de cordes et de peaux électrifiées. Tu es Louis et Louis tu resteras !

— Et si je veux pas ? protesta Marette tout en s’assurant que le prisme n’avait pas quitté son œil.

— Seul le Roi dit « je veux », scanda le maître des Portes.

— C’est vrai… » fit Marette en baissant la tête, ce qui anima le monde caché des herbes folles sous ses genoux.

Il se mit à réfléchir, l’autre œil fouillant la broussaille où le perroquet caquetait encore car personne n’avait touché à son verre. Il ne se passa pas une minute, ni trente secondes, peut-être pas même une… sait-on ce qui se passe vraiment quand Dieu s’en mêle et que le mal est déjà fait ? D’ailleurs, la mère de Marette, morte depuis longtemps, n’apparut pas comme il est de coutume. Rien n’apparaissait ! Même Jim avait rangé la goutte et tout son bazar dans sa panurgienne braguette.

 

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