La Passion de Louis Marette (6)

 

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Le perroquet de Louis Marette – texte intégral

 

La Passion de Louis Marette (6)

 

La Passion de Louis Marette (6)

« L’Enfer, c’est Saverdun, expliqua Louis Marette à Jim Morrison qui avait mis son bras dans les rayons de la roue avant pour arrêter la bicyclette descendante. Mazères, c’est en haut. On ne s’étonnera pas d’y trouver le Paradis.

— Sauf si c’est le contraire, suggéra la grimace douloureuse de Jim qui perdait du sang à la jointure. Des fois, c’est le contraire.

— Et d’autres fois, c’est le contraire du contraire, gloussa Marette en secouant la crète de son intelligence limitée. Je me rappelle parfaitement qu’on avait pris la direction de Mazères. Et ça montait… Donc Saverdun est en bas. Et on y va ! De plus en plus vite ! Que si ça continue, on va passer sur le corps de Calléja. Déjà qu’il m’en veut… Mais bon… à la vitesse qu’on y arrivera, on n’aura pas le temps de s’arrêter…

— C’est un effet d’optique, gémit le Door en se mordant l’intérieur des joues. Ou d’abus de prisme… Jamais route ne monta à Mazères ni ne descendit à Saverdun. On est sur le plat et on se fait l’idée qu’on descend alors qu’on veut monter…

— Oh moi, la psychanalyse… » fit Marette avec dédain.

Mais malgré ce que l’esprit de Jim entrevoyait, la bicyclette descendait et les emportait vertigineusement vers Saverdun. Dieu n’avait pas prévu ça ! Mais qu’avait-il prévu, cet impénétrable devant… devant quoi ?

Le véhicule ainsi monté dévalait la pente malgré la géographie des lieux dont on savait qu’elle était aussi plate que la poitrine d’une enfant de dix ans et un mois. Mais on avait beau se raisonner avec force, ça descendait du côté où on allait. Et ça montait du côté où on voulait aller parce que Dieu avait prévu de crucifier Marette, son deuxième fils de sa chair en expansion, sur la place publique de Mazères à la place des pissotières municipales. Jamais Dieu n’avait parlé du même crucifiement en place de Saverdun dont les pissotières sont aussi des pissotières, mais pas à Mazères !

Et pendant que Jim, nouveau JB, se livrait à ces réflexions more geometrico, ça descendait de plus en plus vite, selon la volonté de Dieu, certes, mais pas dans le bon sens. On s’éloignait de ce pourquoi on était venu après avoir passé une nuit agitée, façon Joseph K. Épouvanté à l’idée de finir son existence de poète dans la même pâtée que le maire de Mazères, avec peut-être du Calléja dedans, ce qui forçait l’odeur, Jim pensa à se désolidariser de l’ensemble qui allait exploser en arrivant au terminal, car il y en avait forcément un.

Mais à quoi pensait ce Dieu dont on ne sait même pas s’il existe ? Il avait pourtant bien précisé qu’il fallait « monter » à Mazères. Il n’avait rien dit sur le degré de la pente, certes, mais si Marette n’avait pas freiné, que se serait-il passé alors qu’on n’avait pas encore gravi le moindre degré ? Les faits démontraient maintenant que sans le freinage exercé par le maire de Mazères, on risquait de descendre si on était monté. Et si on était descendu, c’est qu’on était monté malgré le freinage, ce qui expliquerait comment l’auto du maire est allée à la rencontre du premier platane de la série.

 

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