La Passion de Louis Marette (8)

 

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Suite du Perroquet de Louis Marette

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Le perroquet de Louis Marette – texte intégral

 

La Passion de Louis Marette (8)

 

La Passion de Louis Marette (8)

« Je me suis pété quelque chose ! » s’écria Louis sans pouvoir se palper.

Il était vert. Sa langue tentait d’explorer sa dentition, mais elle avait perdu tout pouvoir de sensibilité. Impossible de compter les dents ou au moins de s’assurer qu’il n’en manquait pas. Il agitait des doigts crispés comme ceux du condamné que le gaz emporte avec lui. Heureusement que le perroquet était vert ! C’est qu’on ne sait jamais avec les prismes… Le vert vous tient à la réalité comme la bouse à la botte.

« Je me suis pété quelque chose ! répéta l’édile au bord des larmes.

— Tu ne t’es rien cassé du tout ! beugla le perroquet en écartant ses ailes dont l’une chatouilla l’oreille du baptiste.

— Hé bé moi je me sens comme si je m’étais pété quelque chose ! J’ai une de ces soifs !

— Bois ! » proposa  le céladon volatile.

C’était le mot magique. Mais seul le perroquet pouvait le prononcer. Tout autre impétrant le savait. Marette le savait. Il ouvrit la bouche et le perroquet y versa une bonne gorgée de son contenu. Marette s’illumina :

« Vous êtes mon saint-bernard ! s’exclama-t-il sans retenue. On devrait en mettre un tout les kilomètres sur nos françaises routes ! Ainsi, le Français qui en sort revient sur le droit chemin.

— C’est exactement ce que j’allais te proposer, ô mon neveu, psalmodia Jim en pressant le ventre du perroquet qui se montrait un peu avare de soins.

— Multiplions les perroquets ! cria Marette en levant le perroquet car il avait retrouvé la mobilité se son bras.

— Nous le ferons ! confirma le baptiste.

— Hourra ! »

Marette voulut se redresser pour augmenter le degré de son enthousiasme, mais son seul bras valide tenait le perroquet par le pied. L’autre bras demeurant impropre à la consommation, il ne lui servirait pas à se mettre au moins un peu d’aplomb. Il espéra un second miracle. Il prit un air façon Bernadette, claquant sa langue déjà sèche. Jim l’humidifia parcimonieusement. Elle frétillait comme un gardon dans un bocal féminin.

« Encore ! Encore ! Le décret est déjà prêt dans ma tête ! On me suivra comme d’habitude. Et Mazères sera la première terre française à peupler ses routes et même ses rues et pourquoi pas ses balcons et ses jardins de perroquets compétents en matière de secourisme et de bienfaits humanitaires !

— Laissons les discours pour demain, déclara le baptiste.

— Hé mais demain c’est aujourd’hui… s’étonna Marette. On ne remet jamais un perroquet au lendemain. C’est la règle… C’est que ça se gâte vite un perroquet !

— Mettons que je te donne celui-ci pour ton usage personnel, dit le baptiste. Au miracle du vin et du petit pain, tu ajouteras celui du perroquet. Ce sera le premier ajout à la canonicité de nos saints Écrits. Il y en aura d’autres. Car tu es Louis ! »

Cette dernière parole contenait, selon l’esprit de Marette qui conseillait encore un peu sa bêtise, quelque chose de sinistre. Ou de sinistrement conçu. Un peu comme un projet, fort différent du psittacisme routier encore à l’état d’esquisse, qui ne serait pas de votre invention…

 

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