La Passion de Louis Marette (13)

 

CHAQUE SEMAINE

 

FEUILLETON MUNICIPAL A SUIVRE SUR LE SITE DE PATRICK CINTAS :
Suite du Perroquet de Louis Marette

 

La Passion de Louis Marette (13)

 

La Passion de Louis Marette (13)

Pendant que Marette se mélangeait les pinceaux dans les couleurs du prisme lithologique, Jim Morrison méditait, les coudes sur le guidon et le derrière en suspension dans l’air saturé de molécules vertes. Marette tendait une de ses oreilles, car son esprit n’était pas tranquille. Il avait comme l’impression de sortir d’une cure de désintoxication mais sans en sortir plus loin que la porte. Il avait une main sur le chambranle. L’autre interrogeait un éclat de verre dont la transparence était traversée de fissures vertes. Il éprouvait le désir de reconnaître qu’il ne lui était pas facile de se servir de ses deux oreilles en même temps, surtout que l’une ne s’intéressait pas à la même chose que l’autre, un peu comme il est difficile de concilier les intérêts de la République et ceux de l’individu. D’un côté, à droite comme à gauche, l’infinitude du prisme contenu entre le blanc et le noir, et de l’autre le discours peu signifiant mais prégnant des mâchoires du baptiste qui, pour peu qu’on y crût, conversait avec Dieu lui-même. Et comme l’édile n’avait rien à se mettre dans le cul, vu que ledit baptiste occupait le guidon et ses perspectives, ce conflit d’intérêts peut-être divergeant commençait à le fatiguer. Son cul, il le posa dans l’herbe verte et, par une série de contractions du périnée. il réussit à se donner l’illusion qu’il était accoudé au comptoir et qu’il en vidait les contenus sans se soucier des origines de tant de palliatifs de la soif.

Un passant qui eût emprunté la route de Mazères à Saverdun n’eût pas manqué de se poser autant de questions que ce tableau en posait, platane compris. Mais personne ne passa. Personne n’assista à l’attente de Marette ni à la passion que le baptiste retournait contre Dieu. Car, en effet, la suite de cette péripétie municipale nécessitait l’introduction de deux traîtres pour alimenter le théâtre de climax dignes de l’intention de l’auteur qui n’était autre, on s’en doute, que Dieu lui-même. En cas de confusion liée à l’absence de ces deux personnages clés de la Passion, Jim Morrison eût éprouvé la tentation du suicide. Dieu se chargeait d’éclaircir l’esprit inquiet du baptiste, heureusement !

« C’est que la métaphore est ardue, dit-il sur un ton tragiquement perçu par Jim. Le perroquet n’est autre que le petit Pierrot, autrement dit Pierre enfant. C’est éthylique !… heu… ! étymologique. Quant à Judas, c’est sur ta porte que j’en pratique l’optique.

— C’est compliqué ! Oh que c’est compliqué ! s’écria Jim Morrison en se tenant la tête dans les mains car il la secouait en même temps.

— C’est mon piment, déclara Dieu. Tu n’es pas censé y mettre du tien. Je ne t’ai pas demandé de réfléchir à ma place. Tu dois faire exactement ce que je te commande de faire (il jette un œil sur Marette qui semble succomber aux efforts contradictoires de ses oreilles.) Celui-là n’est pas plus con qu’un autre.

— C’est vrai ! fit le baptiste jubilant. Ils se ressemblent tous.

— Je le dis, en vérité : « Ici, peu de schizos, beaucoup de paranos et surtout énormément de cons. » Et je n’en dis pas plus… du moins pour l’instant.

— Mais où trouver Pierre et Judas ?

— D’ordinaire, cette recherche est laissée à l’idiosyncrasie du lecteur… Libre à lui de désigner les traîtres nécessaires à la conclusion de la comédie municipale. Mais les temps ne sont plus favorables à ces exercices de la pensée. Le citoyen, toujours ordinaire sinon il devient incivique par agissement contradictoire, ne possède plus les outils utiles à l’analyse des faits, surtout si on lui demande de participer à leur élection. Aussi ai-je renoncé à la science et lui ai-je substitué les pratiques de la publicité et de la propagande. Le cerveau du commun des mortels, tout à l’assaut de ses désirs simplistes, ne comprend plus nos saintes cacozélies. Aussi est-il judicieux de mettre les pieds dans le plat sans se soucier des domestiques chargés de la protection des notables.  J’en connais un qui ne voit jamais d’inconvénient à appeler un chat un chat. Voici sa carte.

— (consultant la carte) Mais c’est… mais c’est un…

— Matérialiste, oui ! »

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