Le perroquet de Louis Marette (26)

 

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Le perroquet de Louis Marette (26)

 

 

« C’est moi qui ai fait ces trous, » annonça fièrement Dédé.

Nous contemplâmes le lac d’assez loin, car ses rives étaient couvertes de fientes. Des canards disputaient aux ragondins la propriété des lieux. Le contenu d’un autocar s’était aussi vidé à proximité d’un lieu de restauration à base de congelés industriels qui exhibait en lettres d’or le titre de restaurant. Un ouvrier passa, éméché comme la lame de son croissant, car le bougre avait été privé de sa débroussailleuse suite à un trafic de carburant et de lubrifiant. Dédé me donna à mesurer la hauteur de la sanction pour m’en faire apprécier la justesse. L’homme salua en touchant le bord crasseux de son béret puis disparut dans je ne sais plus quelle perspective de poulailler ou de porcherie exotique.

« Sans moi, poursuivit Dédé sans descendre de sa vache, il n’y aurait rien ici que des cailloux et des herbes folles. Mais j’ai creusé ce trou ainsi que ceux dont vous apercevez les surfaces miroitantes en regardant bien à travers les fourrés où nous dissimulons notre apparence.

— Ce mauvais ouvrier n’a vu que nos hautes statures, gloussa Marette en serrant le cou de Bousquet entre ses cuisses, car il était juché sur ces épaules sales.

— Rien sur nos montures, confirmai-je moi-même bien que je ne montasse pas Lecerf.

— La vache et le cheval n’attireront pas l’attention, dit Dédé qui arrivait au bout de son calcul. Il n’y a rien de plus naturel que les animaux de la ferme dans une ferme expérimentale comme l’est la nôtre.

— Elle est surtout à moi ! » grogna Marette en empêchant les joues de Bousquet de se gonfler sous la pression d’une protestation venue du fond de son être chasseur.

Bousquet trépignait dans la merde où ses pieds et ses bottes s’enracinaient. La vache et moi descendîmes jusqu’au lac. L’ouvrier nous observait. Il avait des doutes et en assumait la philosophie en buvant à petites gorgées rapides et profondes. Nous entrâmes dans l’eau et commençâmes à rincer nos robes. Nous nous déplaçâmes pour éviter de nous retrouver dans un nuage de merde en solution. Bientôt, nos robes rutilèrent au soleil.

Plus loin, derrière les fourrés avantageux, les quatre conseillers montraient leurs torses surmontés des têtes dont la nature les avait affligés. Un peu moins de soleil en eût atténué la propension à la caricature et à la satire, mais l’astre central de notre système vital n’en faisait qu’à sa tête depuis que le bon peuple les avait élus pour domicile. Je dis « bon » pour ne pas dire autre chose. On aura compris que ce récit est un hymne à la Rhétorique et que son prétexte n’est qu’un divertissement philosophique de bonne justice.

La vache et moi nous étirâmes nos corps champêtres dans un carré d’herbes jaunes que le système de déjection de ce domaine avifaune avait épargné. Heureusement pour nous et nos nobles robes d’animaux domestiques. Il eût été pour le moins absurde de s’encrasser de nouveau. Cependant, les phénomènes inévitables de la pratique démocratique s’impatientaient.

Marette avait hâte de retrouver son perroquet, à tel point qu’il ne se souciait pas de s’emmerder jusqu’au cou avec Bousquet qui se laissait monter pour avoir du foin. Dédé et Lecerf avaient donc pieds à terre, l’un n’ayant pas exigé de l’autre qu’il le montât. Ou le contraire. L’ouvrier, perplexe malgré les effets secondaires, semblait tendre l’oreille. On voyait comment le métal de son croissant préfigurait sa plus haute terreur dans le ciel de Mazères considérée comme une réduction symbolique de la nation qui la colonisait comme l’écrivain parasite la vigne.

La vache et moi prenions le temps de sécher. Nous complotions, vous vous en doutez. Elle avait plus d’expérience en matière de cavale que moi qui n’en avais aucune. Elle risquait l’abattoir qui était le lieu de son exécution sommaire. Car elle n’avait fait l’objet d’aucun jugement autre qu’alimentaire. Elle avait plutôt intérêt à ne pas se laisser faire, tandis que j’avais trouvé dans les divers jugements affectant ma pratique de la Presse et de la Littérature de quoi alimenter mes désirs d’exécution de traits et de portraits. Nous n’étions pas taillés dans le même bois mais pour l’heure, nous avions en commun le projet d’aller nous faire voir ailleurs, quitte à trouver du nouveau.

Elle clignait de l’œil chaque fois qu’elle me regardait. Et je répondais par un étirement des commissures. Nous prenions la précaution de ne pas nous exprimer autrement. Restait à prendre la poudre d’escampette au bon moment. C’est que Marette, monté sur Bousquet, avait des chances de nous mettre la main au licol. Dédé n’aurait rien d’autre à faire, comme d’habitude. Lecerf s’en fichait tant que personne ne l’empêchait, par voie de justice ou autrement, de casser les meubles de sa maison.

Je n’avais sans doute pas compris tous les messages de ma compagne de fortune : elle détala comme un lapin, ce qui est toujours dangereux en terrain de chasse. Une fois de plus, elle me clouait sur place. L’ouvrier me tenait par la crinière, fier d’avoir anticipé les évènements avant même que je pusse trouver l’énergie d’en changer le cours. Marette, cependant, par trop de harcèlement fessier, s’était retrouvé par terre et Bousquet, courant sans cavalier pour le guider, plongea la tête la première dans le lac où la faune fut prise d’une panique telle qu’on sortit du restaurant pour assister à la noyade.

L’ouvrier, que Dédé interpellait comme un adjudant, signifia par geste qu’il ne pouvait pas être à la foire et au moulin. Il m’en étreignait plus fortement. Dédé ne savait pas nager. Personne ne lui avait appris sans bouée. Or, il n’y avait pas de bouée dans ce système. Il fallait trouver autre chose pour sauver Bousquet de la noyade, d’autant qu’il se noyait dans l’eau, ce qui n’est jamais sans conséquence traumatique si jamais le sujet se sort vivant d’une pareille offense à sa probité professionnelle. Il ne pouvait plus compter sur Marette qui rêvait, dans son inconscience acquise par chute et choc, d’un élevage de perroquet de toutes les couleurs, sauf du marron qui relevait du privilège réservé à Bousquet. Ces deux oiseaux ont toujours eu l’art de compliquer les choses au moment où il est opportun de les simplifier. Restait Lecerf, car on ne pouvait pas compter sur ceux qui arrivaient, forcés de faire le tour du lac en un temps suffisant pour que Bousquet ne s’en sorte pas.

Or, Lecerf n’était plus là. Sa présence n’avait pas été jusque-là essentielle. On aurait même pu s’en passer. Et maintenant qu’on avait besoin de lui, il avait disparu. On n’avait même pas le temps de le chercher. Bousquet vivait sa dernière minute dans le genre humain qui l’avait accepté malgré ses défauts. Il allait rejoindre les siens. Et le monde cruel ne s’en sentirait pas plus mal. Dédé, arrivé au bout de sa résistance achetée à prix d’or, secouait Marette en branlant ses membres de tous côtés et même la tête qui sonnait déjà creux à cause d’une petite fuite d’origine qui prenait maintenant une importance démesurée.

La seule solution capable de dénouer ce climax vint à l’esprit de l’ouvrier : me lâcher, à condition que j’entre dans l’eau salie par Bousquet pour l’en sortir. Nous n’avions pas le temps de discuter. Et aussitôt qu’il me lâcha, je fonçais comme un dératé dans la direction qu’avait prise la vache quelques instants plutôt. Faisant fi des appels à l’honneur et à la générosité, ainsi qu’au devoir de mémoire, je foulai au sabot tout ce que je rencontrai de faune expérimentale et migratrice. Puis, sans interrompre ma course folle, je compris soudain que je ne pouvais pas entrer chez moi sans avoir à expliquer mon comportement à l’heure d’un délit de non-assistance à personne en danger de boire de l’eau.

Ah ! Si j’eusse retrouvé la vache en ce moment cornélien, elle m’eût convaincu de la suivre dans l’espoir de changer d’existence et d’aventure. Mais je ne la vis pas. Je ne trouvai pas même ses traces. Entre bouses et sabots, elle avait dû en laisser.

Je ne sais pas si j’ai ralenti pour mieux penser. Il n’est jamais facile de se livrer à la réflexion en plein milieu de l’action. Comme l’a souligné Jean-Sol Pâtre, on pense après agir ou avant, mais jamais pendant. Ou alors on est philosophe, état supérieur de l’être qui est réservé à un si petit nombre qu’on peut le qualifier d’essentiel sans risquer de se tromper.

J’en étais là lorsque qu’un bruit familier, qui n’avait rien à voir avec les clapotements désespérés de Bousquet, ni les ronflements extatiques de Marette ni avec les caprices de Dédé qui ne supportait pas le sac de nœuds où il avait perdu ses repères érectiles — lorsque qu’un bruit que je ne pouvais pas confondre avec un autre de ma connaissance m’arrêta au bord d’une clôture qui venait d’être défoncée et gisait en se contorsionnant encore dans l’herbe mal entretenue d’un jardin d’agrément.

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Le perroquet de Louis Marette (25)

 

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Le perroquet de Louis Marette (25)

 

 

 

« Nous n’avançons plus, regretta Dédé dans son nez.

— Ça ne m’a pas fait du mal de m’arrêter un peu, confessa le chasseur sans cesser de récupérer sa merde.

— Imaginez le triomphe de notre retour ! prophétisa Dédé. Ave Dédé ! Morituri te salutant ! N’es-tu pas fière de moi, ma vache ?

— Je le suis ! miaula Marette. Je te suis !

— Je le serais si je pouvais monter sur Marette, rouspétai-je, mais ce n’est pas dans ma nature.

— Oh ! On encule beaucoup en région toulousaine, mais c’est allégoriquement que ça se fait.

— Allez expliquer ça aux cancres de l’École nationale de la Magistrature…

— Quand on n’a pas les moyens intellectuels de dépasser le premier degré de l’intelligence, on devait avoir l’honnêteté de ne pas juger son prochain. »

C’était reparti pour un débat sans issue. Lecerf s’impatientait. Au début, il n’était pas chaud pour nous accompagner dans notre glorieuse croisade, mais la conversation avait quelque peu émoussé sa raideur intellectuelle. Il se sentait mou, mais non sans espoir de retrouver la turgescence nécessaire à sa victoire prochaine. Pouvait-il compter sur moi ?

« Cependant, dit-il en s’avançant avec un morceau de meuble dans la main, nous n’avons pas résolu la question de ma monture.

— Ce sera pas moi ! éructa Bousquet qui craignait d’avoir ramassé pour recommencer encore, particularité prégnante de son psittacisme.

— Loin de moi l’idée de m’asseoir sur un tas de merde !

— Qu’il en soit ainsi ! » hennis-je.

Et d’un fort coup de rein de mon invention, je projetai Marette sur les épaules de son chasseur préféré. Dédé éclata de rire et, s’accrochant aux cornes de sa vache de substitution, imita le rugissement d’une Aston Martin digne de la dynastie de Monaco. La vache me cloua sur place.

 


Le perroquet de Louis Marette (24)

 

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Le perroquet de Louis Marette (24)

 

 

Lecerf cracha devant lui, entre les débris de meubles :

« Allez vous chamailler ailleurs, pedzouilles ! J’ai d’autres chats à fouetter.

— Tu nous menaces ? menaça Marette qui brandissait son Smartphone.

— Quand je casse les meubles, dit Lecerf en soulevant sa carcasse branlante, il vaut mieux ne pas me faire la conversation. J’y dis tellement n’importe quoi qu’on se sent insulté.

— Ah ! Si tu t’en prends à mon honneur de légionnaire… !

— Pfff ! Il y a légionnaire et légionnaire. Je confonds jamais, rassure-toi, « larbin inculte »…

— Ah ! professai-je sans hennir, c’est que l’expression larbin inculte est synonyme de salaud en langage sartrien…

— J’en ai la nausée… Maintenant filez avant que je m’y remette. J’ai une vocation à satisfaire, moi. »

Mais Dédé ne donna pas le signal de départ. Marette, qui est fidèle aux soumissions qui l’ont porté là où il est, sur mon dos, proposa à Lecerf de se joindre à nous :

« Ainsi tu seras libéré de tes travaux de Sisyphe, dit-il en lisant un de mes bouquins, et tu participeras à nos propres travaux en les critiquant systématiquement si c’est ton autre vocation…

— Mais j’y suis déjà, dans l’opposition ! Et puis j’aime casser mes meubles ! Personne ne m’empêchera de continuer à les casser !

— Hé mais c’est qu’ils ne sont pas à vous, ces meubles… couina Dédé qui sentait venir l’orage.

— Sans parapluie, fit Bousquet. Et sans paratonnerre. Ah ! On est mieux chez soi ! On y élève des perroquets à l’origine contrôlée.

— Des POC ? Je n’en avais jamais entendu parler… dit le nez de Dédé.

— C’est dans mes projets futurs et réalisables pour Mazères, confia Marette en osant se pencher sur Bousquet qui venait de trahir un secret mal gardé.

— C’est ridicule ! fit Dédé.

— Heureusement qu’on n’a pas besoin de lui pour se torcher ! » gloussa Bousquet qui en mettait partout, même sur Lecerf.

Mais celui-ci menaçait de mettre notre équipée en fuite. Marette, humilié mais réfléchissant à ce que pourrait lui coûter une pareille débandade du point de vue électoral, piqua des deux sur mes jambes de devant. Je ne savais toujours pas ce que cela voulait dire. Cette fois, je ne bougeais pas. Il repiqua. Et je me cabrai pour le désarçonner.

Lecerf saisit ma crinière et me parla dans l’oreille, comme Redford. Comme j’ai toujours rêvé de faire du cinéma, j’écoutais sa proposition. Il recula enfin pour que je puisse exprimer sa requête :

« Lecerf ici présent, scandai-je comme à la messe, ne dispose pas d’une monture et ne peut donc, en tant qu’élu municipal, se déplacer sans elle.

— Reconnaissons-le, fit Dédé qui entrevoyait une issue acceptable au conflit.

— Ah mais c’est non ! devança Bousquet en lâchant les longes. Personne me montera dessus ! Je veux bien comme me voie dans cet état puisque c’est ma nature et que je n’ai rien contre la nature… Au contraire j’en profite… Mais me retrouver au niveau de ce cheval et de cette vache, ah ça non ! »

Ça giclait ! Encore une minute de crise et il devenait plus propre qu’un sou neuf. Il fallait l’arrêter avant qu’il change de nature. On ne sait jamais avec Bousquet. Il peut même devenir homosexuel si on le laisse faire. Ce genre d’homme n’a pas de nature fixe.

« Et pourtant, dit Dédé couvert de merde, c’est la seule solution… Qu’en pensez-vous, Roger, vous qui appartenez au solutionnisme ? »

Je me grattais le crâne entre mes deux oreilles dressées. En plus, ça me faisait bander. Rêvassant, Dédé me reposa la question d’une manière plus engageante :

« C’est qu’on compte beaucoup sur vous, Roger ! Sans vous, nous ne sommes plus des personnages de fiction. On retourne à la niche. Eh bien moi je n’en ai pas envie ! Même si j’habite à Paris.

— S’il redevient homme, décréta Marette comme au Conseil, j’exige une clause qui m’autorise à le monter quand je veux !

— Et moi, dit tristement la vache, on a pensé à moi… ?

— À l’abattoir ! » criâmes-nous en chœur.

Même Lecerf avait condamné la vache. Mais elle reconnut que je m’étais mordu la langue.

« Ce n’est pas le moment de vous entretenir avec les animaux, dit Dédé avec autorité. Nous avons besoin d’une monture pour monsieur Lecerf qui souhaite voyager avec nous…

— Ce n’est pas que je le souhaite…

— Mais vous venez avec nous, n’est-ce pas ? Je ne me suis pas trompé sur vos intentions ? Je peux compter aussi sur vous ?

— À force de compter, fit Marette en se grattant la langue, on va s’aventurer dans des complications mathématiques que Maths Sup c’est rien à côté…

— Je demande l’avis de Roger ! Roger ! »

Je me mis au garde-à-vous. Un réflexe hérité du service militaire. Chaque fois qu’on me crie dessus, je deviens raide. J’aime ça, que voulez-vous…

« C’est compliqué, commençai-je.

— Ce n’est pas ce qu’on vous demande.

— D’ailleurs chaque fois que c’est compliqué, fit Marette en découpant un perroquet dans la feuille d’un arbre, je simplifie. On peut toujours compter sur moi pour simplifier, d’autant que je connais du monde. C’est que je sers à quelque chose, moi !

— Tu n’as pas l’air aussi con que tu es, ironisa Bousquet en ramassant autour de lui la merde que son énervement avait répandue.

— Si je l’avais, continua Marette sur cette lancée, Roger ne serait pas contraint d’en rajouter…

— Ce qui est bien dans la tradition française d’avant la Régence. »

Je vous laisse deviner qui fut l’auteur de cette remarque plus pertinente que comprise par les autres acteurs de cette scène. Passons. Je m’appelle quand on vient alors que Louis Marette vient quand on l’appelle. C’est ainsi et personne, pas même un zoïle au service de la justice d’État, ne changera une virgule à cette heureuse réalité environnante.

 


Le perroquet de Louis Marette (10)

 

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Le perroquet de Louis Marette (9)

 

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Le perroquet de Louis Marette (9)

 


Louis Marette et Philippe Calléja font l’amour, pas la guerre, dans le dos d’André Trigano (mmmmm…)

 

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Quand la préfète de l’Ariège sort son braquemart, c’est pour s’en servir, et pas seulement pour arroser le tapis de roses que Louis Marette, en bon lécheur, s’est appliqué naguère à déposer sous ses bottes socialistes.

Cette fois, l’érection préfectorale a pris la forme d’un turgescent et roide « projet de nouvelle carte de la coopération intercommunale. » Autrement dit, la principauté triganienne est menacée de disparition et ses domestiques de privations diverses, pécuniaires essentiellement. Louis Marette, mal fagoté et ceint de bleu royal, la queue en tire-bouchon et l’œil sur les apéritifs, a aussitôt enfourché son dada de déserteur patenté : si on l’embête (si on embête son bassin, d’un côté comme de l’autre), il quitte l’Ariège et emporte avec lui toute la principauté. Pour aller où, aliboron ? Pour collaborer avec qui cette fois ?

Il a même demandé au Conseil communautaire du canton de Saverdun, présidé par le méchant et sympathique Philippe Calléja, de voter séance tenante, ceci pour donner à son caprice ancillaire des airs de démocratie et de justice. De quel droit ? Ceci n’est pas précisé.

Et d’évoquer une minuscule série d’arguments tous aussi mensongers que ridicules :

— Nous aurions, d’après ce rebus de la poubelle sarkoziste, une « identité » déterminée par notre résidence et même une « capitale » ; le Conseil a-t-il voté une pareille résolution ? Bande de trous du chêne !

— Notre existence serait, toujours d’après cet hypocrite circulaire, liée à Toulouse et à ses mânes ; et ce, ajoute cet inculte médaillé, parce que les entreprises toulousaines ont besoin de « terrains » de bonne taille, — et sans pente je suppose, car elles ont la réputation de faire glisser les pots et les dépôts dans le mauvais sens.

— Nous serions enfin, en tant que résidents, liés aux idées du rastaquouère Calléja qui secoue frénétiquement ses joujoux libéraux, — bibelots de famille peut-être utiles en temps de messe, mais seulement pour ceux qui aiment l’eau bénite coupée de Pernod et d’autres avantages acquis par les francs principes du privilège et de la recommandation.

— Et pour couronner cet étalage de thèses antisocialistes (donc fascistes d’après mon dictionnaire de synonymes), Louis Marette se prétend maintenant « régionaliste », par opposition au prétendu jacobinisme du pouvoir socialiste… Louis Marette rebelle contre l’État ! Lui qui l’a servi en larbin zélé et qui continue de le représenter manu militari à Mazères au lieu d’incarner fidèlement les aspirations légitimes et cordiales de ses concitoyens. Notons au passage que cette attitude fait plus que flirter avec les idées à la mode du côté de l’extrême-droite (Là, je répète pour les gourdes de magistrats qui ne lisent que dans le Petit Robert qu’extrême-droite et fascisme, c’est du pareil au même).

— Mais ce n’est pas fini : un pousse-café bien tassé enflamme l’esprit caduc de Louis Marette et nous apprend que « le Parti Socialiste a abandonné la ruralité ! » C’est Philippe Calléja qui se lève  pour cracher cette bêtise dans l’escarcelle des journalistes convoqués. Pauvre jacques ! Affirmer une pareille connerie dans un département que le PS, et la Gauche en général, ont heureusement gouverné dans le sens d’une ruralité supportable… Il n’a pas honte, ce Filou en goguette médiatique !

Après une pareille prestation, le couple Marette-Calléja peut retourner dans son plumard. Je ne sais pas qui encule et qui se la fait mettre parce que ça ne me regarde pas. La question n’est pas là. À chacun ses mœurs et ses pratiques douteuses et intimes.

Le projet de l’exécutif est sensé. Il mérite sans doute quelques aménagements et même divers… ménagements. Mais il va dans le bon sens. Et ce n’est pas à une escouade d’illuminés et de tordus cérébraux de décider de notre avenir de… résidents. D’autant que ce vote « communautaire » est une violation de l’esprit démocratique. Vandales ! Poux ! Paillassons ! Balais ! Cavités !

Heureusement pour l’Ariège et pour notre coin de terre occitane, Louis Marette et Philippe Calléja ont l’air de plus en plus con. Ils finiront par ressembler à des cons. Allons donc ! Voilà deux craignos qui prêchent le libéralisme sans en avoir jamais exercé la responsabilité ni supporté les éreintements. On a vu ça où ? Babouins !

Subrepticement, comme dirait la maréchaussée, Dédé n’était pas là pour tempérer la connerie de ses larbins et ajouter un brin de fantaisie courtoise à cette conférence de Presse guignolesque et m’as-tu-vu.

Imagine la tête de l’étranger, basque, breton ou autre, qui assiste à ce navrant spectacle de la couardise et de la bêtise humaine en ouvrant les pages de la Dépêche, d’Ariège-News ou de MCM ! On en a marre de passer pour des couennes à cause de ces minus habens.

Quelle misère ! Je vous dis ! Vive la raie publique, quoi !

Et que la queue de la préfète arbore le drapeau de notre indignation respectueuse…

 

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Manuel Valls confond chemise et soutane

 

air-france

Ces deux messieurs ont subi, avec humour et gravité, l’enlèvement symbolique de chemise qui convenait à leur comportement social. Pas de quoi fouetter un chat. En tout cas, ça vaut mieux que de se faire enculer, ce qui n’arrivera pas à ces messieurs, symboliquement parlant.

Et il a fallu que notre Manuel Valls, décidément peu français de ce point de vue, s’emporte follement, secouant son aigrette catalane, comme il a pris l’habitude de le faire quand il s’imagine que le vent médiatique souffle de son côté (voyage au frais de l’État).

Il ferait bien mieux de mettre son imagination au service des hommes et des femmes que sa politique colonialiste et collaborationniste menace de chômage.

Est-ce si digne que ça de traiter de voyous des hommes qui défendent leur existence contre les intérêts antidémocratiques de l’État ?

Certes, « la démocratie s’arrête où commence l’intérêt de l’État, » gloussait la poupoule Pasqua quand on lui chatouillait le fion qu’il avait sensible comme un doigt de pied.

Mais tout de même… On attend autre chose de la part d’un socialiste, même s’il s’agit d’un socialiste de droite, autrement dit un gaulliste.

Force est d’admettre qu’il n’y a qu’un pas entre le fascisme et le socialisme et toutes ces sortes d’idéologies jacobines. Il est vrai qu’une fois débarrassés de leur dimension raciste, ces étatismes peuvent paraître, hélas, tout à fait acceptables au plus grand nombre… Une histoire de chiens et de salauds, Michou…

On ne le dira jamais assez, ô sagesse :

« …pas de mouches, pas de prêcheurs et pas de flics. Un peuple sans mouches, c’est-à-dire propre ; sans prêcheurs, c’est-à-dire de bon sens et sans flics, autrement dit dans un État sans force… » (Pío Baroja)

Oui. Mélanchon a raison : il faut recommencer. Et vous recommencerez. Car il n’est pas loin le temps où vous n’aurez plus le choix. Avec Sarkozy ou Valls aux commandes. Même pétainisme badiou. N’en déplaise aux mauvais juges qui brandissent le Petit Robert et font publiquement état de leurs carences philosophiques.

Sinon, ce ne seront plus des chemises qu’il faudra arracher, mais de solides armures. On a déjà vu ça, non ? Alors ?