Déontologie mazérienne (contre Louis Marette)

Nous recevons beaucoup de courrier et nous vous en remercions. Nous ne pouvons pas y répondre, mais vous en retrouverez la substance dans nos chroniques.

Quelques-uns d’entre vous parlent de ce blog comme d’un « blog polémique ». C’est une erreur que je souhaiterais corriger ici.

 

LA PRESSE

Ce blog, comme son nom l’indique, n’est pas un organe de Presse. Il n’est pas écrit par des journalistes, mais par « tout le monde ». En effet, un journaliste est tenu (en principe) de justifier clairement ses propos, que ceux-ci soient le résultat d’une enquête ou la conclusion de sa pensée. Le blog n’est pas soumis à cette obligation professionnelle. Il se rapproche plutôt de ce qu’on appelle outre-Atlantique la pratique éditoriale. Il se fonde donc sur une pratique littéraire différente du journalisme. On distingue deux types de blog : les sérieux et les humoristiques.

 

LE BLOG "SÉRIEUX"

1) Le pamphlet : l’auteur impose sa voix, et sa pensée, sans l’étayer ni laisser de place au dialogue.

2) La polémique : l’auteur est un pamphlétaire qui accepte le dialogue.

Ce qui distingue le pamphlet de la polémique, c’est la possibilité de débat interdit dans le premier (par l’auteur lui-même) et recherché dans le second. Mais dans les deux cas, les arguments sont sérieux et ne prêtent pas à rire (mais à sourire de temps en temps tout de même!). Le pamphlet a presque disparu des mœurs françaises. C’est un genre qui exige du style, voire de la littérature. Par contre, la polémique, parce qu’elle s’ouvre au dialogue, s’exprime plus volontiers dans le langage parlé et use sans ménagement des effets que le dialogue autorise à ceux qui le pratiquent avec plus ou moins de talent.

Le blog « sérieux » se distingue de la confrontation « contradictoire » en usage dans les tribunaux où chacun expose sa thèse sans être interrompu par l’autre, tandis qu’un troisième larron, en l’occurrence un juge, décide d’aller dans un sens ou dans l’autre selon ses moyens d’analyse dont l’intime conviction constitue en France le principal outil.

Il y a un autre style de blog dont la tradition est beaucoup plus ancienne :

 

LE BLOG HUMORISTIQUE

Il y a autant de styles que de manières d’envisager l’humour. Le blog « Mazères contre Louis Marette » est un blog, ou journal en français, satirique.

Ici, le sérieux n’est pas recherché. Il est même rejeté.

Ce qui ne veut pas dire que ce blog ne recherche pas la vérité.

Au contraire, c’est son objectif.

Mais au lieu d’argumenter avec mesure comme en polémique ou exubérance comme dans le pamphlet, la satire cherche à faire apparaître la vérité en utilisant l’humour. Celui-ci est rarement tendre et innocent. Il ne l’est même jamais.

Il ne s’agit pas d’exagérer le trait, mais de l’appuyer. C’est donc à la fois un exercice de style et une pratique systématique de l’humour destructeur. La moindre tare du sujet inspire au satiriste une description à la fois humoristique et stylisée. Les mots sont choisis en fonction de leur impact sur la conscience du lecteur et la description ne laisse pas de place aux sentiments qui risqueraient de l’édulcorer. Aucune amertume ne s’exprime. C’est au contraire la joie qui s’impose. Une joie à partager. Ce qui est fait ici, au détriment bien sûr du personnage visé, en l’espèce Louis Marette, sans autre intention que de rendre parfaitement visibles les défauts de sa pensée et de son comportement.

 

SALAUDS, PÉDANTS ET PHILOSOPHES

Nous avons déjà cité cette importante réflexion de Jean-Paul Sartre (dans ses Carnets de la drôle de guerre 1) :

Je n’essaie pas de protéger ma vie après coup par ma philosophie, ce qui est salaud, ni de conformer ma vie à ma philosophie, ce qui est pédantesque, mais vraiment, vie et philo ne font plus qu’un.

Le mot "salaud" peut paraître inapproprié. Sans doute. Mais c’est celui que Sartre a choisi, il est vrai dans un contexte particulier qui allait inspirer le collaborationnisme à la plupart des Français de l’époque (40 millions de pétainistes 2, écrit Henri Amouroux)

Le mot « pédant » semble détourné de son sens qui s’applique plutôt à des intellectuels, ce que nous ne sommes pas tous. Et pourtant, Sartre désigne aussi par ce mot des esprits dénués de toute idée de l’idée. Nous conservons cette appellation, car il nous plaît de parler sans ménagement du « pédantisme du gendarrrrrme », par exemple.

Par contre, nous réservons la qualité de philosophe à ceux qui savent, avec humour ou pas, vivre avec la philosophie, quelle que soit la nature de celle-ci, et sans autre limite que celle de l’imagination et pourquoi pas du rêve, ce qui la rend non seulement à la portée de tous, mais aussi et surtout possiblement inventée pour tout le monde.

Le rédacteur, pour les auteurs


1. Gallimard
2. Robert Laffont

 

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