Gilbert Bourson – Monologue d’un guéridon de salle d’attente d’un psychanalyste (RALM)

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A LA UNE CETTE SEMAINE

GILBERT BOURSON
MONOLOGUE D’UN GUÉRIDON DE SALLE D’ATTENTE D’UN PSYCHANALYSTE
fantaisie

Depuis que je trône dans la salle d’attente de mon psychanalyste, tout recouvert de revues spécialisées un peu dégoutantes d’avoir été manipulées, le plus souvent survolées plutôt que lues, je me sens le plus complexé des guéridons. Peut-être devrai-je employer le féminin de table basse, tant j’hésite à me situer dans l’un de ces genres parmi la race du mobilier à laquelle incontestablement j’appartiens. Parfois on pose un peu n’importe quoi sur ma surface déjà passablement encombrée, et ça fait rire les fauteuils libres ou étouffés sous les patients qui bordent le cabinet, et je me venge en pensant qu’ils pouffent pour les rabaisser au rang de ces petits pots à tabac qu’on trouve dans les maisons orientales et que nous appelons pouffes, ou plutôt appelions, car le terme ne s’emploie plus guère, l’objet lui-même ayant disparu de nos ameublements….

SEMAINES – avec Daniel Aranjo, Enrique Arias Beaskoetxea,
Francisco Azuela, Gilbert Bourson, Patrick Cintas, Daniel de Cullá, Jean-Michel Guyot, Pascal Leray,
Santiago Montobbio, Stéphane Pucheu, Rolando Revagliatti, Stéphane Tomaso, Henri Valero, Pascal Uccelli, Carmen Vascones, Robert Vitton, le groupe Personæ.

LE SOMMAIRE complet de ce numéro est 

SOMMAIRE RALM
no107
(Chantiers en cours)

Les manuscrits peuvent être proposés via le contact du site.

BONNE LECTURE…
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Notre-Dame n’est pas la mienne (RALM)

 

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A LA UNE CETTE SEMAINE


NOTRE-DAME N’EST PAS LA MIENNE
"Le déshonneur des poètes" (rappel)
avec Benjamin Péret.

En ces temps d’exaltation religieuse et patriotique, il n’est pas mauvais de se rappeler que les guerres sont uniquement d’origine religieuse ou/et patriotique. Le cirque gouvernemental ne vaut mieux que les pitreries populistes. Mais c’est un spectacle. Et il faut bien avouer qu’il n’y a rien de plus nourrissant (terrestrement parlant) que les spectacles de l’écran. À moins qu’on se contente du familial toujours anecdotique et limité à… l’intérieur.

Benjamin Péret :
« Tant que les fantômes malveillants de la religion et de la patrie heurteront l’aire sociale et intellectuelle sous quelque déguisement qu’ils empruntent, aucune liberté ne sera concevable : leur expulsion préalable est une des conditions capitales de l’avènement de la liberté. »

[Lire dans la RALM…]


La Passion de Louis Marette (17)

 

CHAQUE SEMAINE (ou presque)

La suite des aventures de Louis Marette se fait «désirer»… C’est que votre serviteur est en ce moment même très occupé par l’édition des travaux de Pascal Leray dans la RALM : [Nº 102]. Voir aussi [Génèse des séries]. Travail éditorial considérable et passionnant… Pour ceux que la littérature française intéresse…

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La revue littéraire de Mazères
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FEUILLETON MUNICIPAL A SUIVRE SUR LE SITE DE PATRICK CINTAS :
Suite du Perroquet de Louis Marette

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Le perroquet de Louis Marette – texte intégral

 

La Passion de Louis Marette (17)

 

La Passion de Louis Marette (17)

En attendant de répondre à cette question canonique, Jim se servait de ses yeux pour fouiller du regard les coins les plus obscurs de ce village trop catholique pour être le siège divin de l’honnêteté et pas assez cultivé pour en répondre avec toute la sincérité qui en principe s’impose aux candidats à l’éternité. Les ombres étaient noires et le ciel… fuligineux.

Marette ayant choisi d’aller à pied, Jim pensa qu’il finirait par le trouver à proximité d’un débit de boisson. Or, c’est ce qui se passa : Marette frappait en ce moment même à la porte d’un établissement sous licence. Mais elle était fermée. Jim se dissimula dans une de ces ombres non sans en avoir exploré la profondeur à l’aide de sa torche divine. Elle n’était pas habitée, ni par un chien en quête d’un coin tranquille pour se livrer à ses habitudes, ni par son être humain quelquefois surpris en cours de vomissement.

Jim craignait que le raffut occasionné par Marette finît par réveiller une population pourtant endormie par volonté et calcul divin. Il avait confiance en Dieu, mais avec Marette, cette confiance avait des limites que le baptiste ne tenait pas à franchir sans garanties. Il se tint immobile et coi pendant que le maire de Mazères réclamait son dû. En principe, les morts oublient ce qu’ils ont été et leurs revendications n’ont rien de personnel : ils se joignent au troupeau céleste sans demander leurs restes. Alors la question se posait : Louis Marette était-il mort ? Ou mieux dit encore : À quel jeu jouait le bon Dieu ? Ça devenait compliqué. Jim s’efforçait de s’en tenir à ses obligations de travailleur forcé, mais son esprit voulait savoir. Il en concevait même des couplets qui, si Dieu le décidait, deviendraient des chansons. Marette savait-il jouer d’un instrument qui ne fût pas plein… ?

En attendant de répondre à sa propre attente, Jim était condamné à observer le comportement post-mortem de Louis Marette qui, par volonté divine ou parce qu’il tenait encore à l’existence des perroquets, avait trouvé la force de revenir sur les lieux de son péché préféré pour y retrouver substances et compagnons sans avoir à en payer le prix. Il cognait la porte sans ménagement, ivre de son discours aux petits Pierre en attendant de s’expliquer manu militari avec le grand.

Personne ne venait. La main de Dieu les retenait au lit ou sur leur cuvette. Les fenêtres demeuraient closes. Même le curé s’en tenait à ses masturbations inévitables quand on possède ce qu’il faut pour en jouir sans femme ni enfant. Marette était en train de menacer de casser tous les carreaux si on ne venait pas. Jim s’impatientait, mais sans précipitation. Dieu était aux manettes. On finirait bien par savoir pourquoi.


La Passion de Louis Marette (16)

 

CHAQUE SEMAINE

 

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La Passion de Louis Marette (16)

 

La Passion de Louis Marette (16)

Le vélo que Dieu avait attribué à Marette gisait dans l’herbe teintée de vert. La bagnole, en accordéon, embrassait encore son platane. Mais de Louis, pas de traces !

Jim fit plusieurs fois le tour des lieux désormais historiques et peut-être même saints. Les cadavres de verres jonchaient les allées adjacentes. Pas de traces non plus à l’intérieur de ces innombrables preuves de la faiblesse constitutive de l’édile. Une flaque de sang, rouge cette fois, finissait de disparaître dans la terre meurtrie à cet endroit de la mort par accident. « Si j’avais voulu le faire exprès, avait récemment affirmé le maire de Mazères, je ne l’aurais pas fait ! »

Déconcerté par tant de signes, le baptiste redressa la bicyclette et l’enfourcha. Elle gémit. Dieu y était pour quelque chose. Pédaler dans ces conditions n’est pas si simple pour l’esprit toujours en proie aux délices de l’existence même quand celle-ci n’a plus… d’existence. Mais Jim pédala. En l’absence de selle, il se tenait debout sur les pédales, très sportif mais aussi passablement affecté par sa condition d’éternel ressuscité.

Il ne connaissait pas Mazères. Il slaloma entre les crottes de chiens et les canettes vidées de leur substance par les compagnons de route de Louis Marette qui aime les chiens et les caresses. Il faudrait dire : aimait, car depuis ce matin, il n’appartenait plus au monde des vivants. Jim frissonna en pensant à ce mort qui ne vivait plus et pourtant saignait et buvait comme si rien ne lui était arrivé de grave et de définitif.

Non, pensa-t-il sans cesser de pédaler, je ne connais pas Mazères. Mais qui connaît Mazères ? Sans doute personne à part ses électeurs et les fournisseurs de denrées spiritueuses. Comme le soleil tardait à se lever, sans doute selon la volonté de Dieu lui-même qui avait ses raisons, Jim prit le temps de patrouiller dans les rues désertes. On eût dit que tout le monde était mort… En effet, peut-on concevoir Mazères sans Marette ?


La Passion de Louis Marette (15)

 

CHAQUE SEMAINE

 

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La Passion de Louis Marette (15)

 

La Passion de Louis Marette (15)

Maintenant, ils sont à l’intérieur. Le carreau brisé répand sa lumière dans ce qui reste du rideau. Jim, assis en face du baron, regarde les tuyaux. On entend un robinet. Les gouttes semblent remplir un contenant qui peut être un verre ou autre chose. Le baron fume un cigare qui grésille. Il avale sa salive à intervalle régulier. Une ampoule éclaire la table. Celle-ci est couverte d’un tapis de jeu. Les cartes sont éparpillées sans ordre. On ne peut deviner ce qui s’est joué. Deux verres s’ajoutent aux deux autres, ceux que Jim et son hôte étreignent comme si la conversation n’avait pas de sens. Puis la voix du baron traverse le silence de part en part.

« Je ne suis pas un sycophante… dit-il comme s’il éprouvait le désir de l’être.

— Je comprends… dit Jim Morrison sans y croire.

— Je n’ai jamais trahi personne, continue le baron. En tout cas pas de cette façon. Je vais toujours droit au but. Je ne me soucie pas de morale. Un chat est un chat. Chaque chose a sa place si cette place est faite pour la contenir et lui donner un sens.

— Je comprends… répète Jim. Mais…

— Mais il manque deux personnages à votre Comedia… Je connais cette angoisse… Mais voyez-vous (la voix du baron s’adoucit) je n’ai jamais trahi personne… Surtout si la Justice est à l’écoute… Et elle l’est ! »

Il donna du poing sur la table. Les objets, têtus comme des mules, sautèrent en l’air mais retombèrent exactement à la place qui était la leur, respectivement. Jim nota cet entêtement avec compassion. Il essuya une larme qui n’échappa pas à la vigilance opiniâtre du baron. Il se dit : C’est foutu… Je vais me faire engueuler… et la mort de Marette ne servira à rien… En vérité, c’était une mort programmée en dernière minute. Jim ignorait de quelle minute il s’agissait. Le baron, soupçonnant un coup monté en haut lieu, se retint de tout commentaire. Il écrasa le cigare qui prit la forme d’un petit personnage persécuté par le feu couvant en lui. La fumée, extraite par on ne sait quelle puissance terrestre, s’éleva dans l’air agité d’insectes et de brises nocturnes. Jim finit par poser sa tête sur la table, délicatement. Le baron s’étonna.

« Pour tout dire, psalmodia-t-il, ce n’est pas un, ni deux, ni même (il compta sur ses doigts boudinés) vingt et quelques qui manquent à l’appel. La nature se mêle de société, sinon je n’existe plus. Et c’est bien sûr l’esprit de félonie qui caractérise et rend possible l’existence de la classe politique. Je ne vous apprends rien…

— (geste de lassitude de la part de Jim qui, la tête sur la table, semble attendre le couperet)

— Si je vous disais tout ce que je sais (et que je tiens des meilleures langues de vipère de la cité) vous n’auriez que l’embarras du choix…

— Deux noms suffiraient cependant…

— Qu’ils ne sortent pas de ma bouche ! Les complices de l’hypocrisie environnante ne sont que de commodes personnages secondaires. L’un remplace l’autre. Et s’il en vient à manquer, la Comedia (la mienne cette fois) ne s’en ride pas.

— Vous ne me facilitez pas la tâche, murmura Jim dans ses bras croisés.

— Renseignez-vous…

— Mais c’est ce que je tente auprès de vous, maître… !

— Je ne suis pas votre homme. Voilà tout. »

Ainsi prit fin la conversation entre le remarquable poète américain et le troubadour des temps difficiles, en cette nuit mémorable de la mort de Louis Marette, platane inclus. Jim cachait son visage. Le baron ne sut pas pourquoi. Et raccompagnant son visiteur sur le seuil de sa porte, il imagina toutes sortes de scénarios pour expliquer ce masque. Il referma la porte et se plongea aussitôt dans un texte, fébrile et rapide, car il craignait d’en perdre la moindre miette. Et pendant ce temps, entre le seuil de la maison et la grille de fer forgé (par on ne sait qui, mais on s’en doute) Jim franchit la distance qui sépare toujours les apparences de la réalité. Il s’arrêta même pour se laisser prendre aux pièges de cette réflexion commencée au cœur même de la conversation qui n’avait pas eu lieu, au fond. Il poussa la grille et remonta sur sa bicyclette. Un chien le suivit, peut-être celui du baron. Qui sait ce qu’un tel baron accroche à vos basques dès lors que vous venez de lui donner une idée qu’il se promet d’explorer sans vous et sans reconnaissance de votre utilité. Jim avait beau être mort et ressuscité, il n’avait pas le pouvoir d’entrer dans la peau d’un pareil personnage. Une fois de plus, Dieu s’était trompé en voulant en savoir plus sur la manière de construire une histoire qui tînt debout. Et pour la nuit des temps.

 


La Saga de Louis Marette, Tartarin ou Tribulat, dit aussi « Marette de Mazères »

Après une interruption due à d’autres travaux (RALM
le seul site littéraire mazèrien), la "Saga de Louis Marette" reprend le chemin de l’écriture et de la publication.

Depuis quelques années déjà, et avec un succès grandissant, Louis Marette, nouveau Tartarin ou Tribulat, personnage de roman pas si éloigné que ça de son modèle, connaît un corpus au volume remarquable par son ampleur et sa diversité. Œuvre de littérature mise au service de la République et de ses fins connaisseurs, l’ensemble est scrupuleusement et fièrement composé à la fois pour divertir et pour informer. Qu’on en juge sur pièces :

Un corpus journalistique de type satirique comprenant près de 200 articles et autant d’illustrations comiques : MCM, le journal satirique de Mazères, ici présent.

https://mazeres09.wordpress.com/

Une tétralogie théâtrale, dix ou douze heures de spectacle selon les moyens: Mazette et Cantgetno.

http://www.ral-m.com/revue/spip.php?rubrique1085

Un roman non moins spectaculaire autant par son contenu que par sa forme originale: Les Huniers.

http://www.ral-m.com/revue/spip.php?rubrique1108

Et en ce moment même, en feuilleton toujours fidèle aux rendez-vous, Le Voyage en Hypocrinde de Louis Marette. Un premier épisode, Le Perroquet de Louis Marette, est achevé. Le deuxième, La Passion de Louis Marette, est en cours. Un troisième suivra dès l’an prochain. Le tout formant roman, cela va sans dire. Voir ci-dessous.

Cette entreprise ne vise nullement à "démolir" un élu considéré comme le parangon du ridicule et de l’hypocrisie des pratiques politiques du trou du cul de la France. Il s’agit bel et bien d’une œuvre de littérature toute dédiée à alimenter la base des données littéraires françaises et plus
particulièrement républicaines. Certes, cette ambition peut paraître démesurée et elle-même frappée du sceau du grotesque propre à toute entreprise de dimension nationale. Mais qui ne tente rien n’a rien. La pauvreté artistique et littéraire du corpus même des "associations" mazèriennes en
témoigne assez, je crois. Il me semble que le service rendu à la patrie est ainsi plus honorable que toute boutique mise au service des intérêts particuliers que la politique se charge en principe de soutenir sans autre conception de l’honneur
ni de la dignité.

Moins excessive toutefois est cette peine dès qu’il s’agit de la rattacher à un plus vaste projet qui constitue le travail de toute une vie, à savoir Le Voyage de Télévision dont l’hypertexte éditorial est disponible sur la Toile:
http://www.ral-m.com/television. Louis Marette y a sa place, comme les autres personnages de cette aventure terrestre menée tambour battant contre vents et marées aux antipodes des goguettes qui nourrissent trop souvent le soi-disant sentiment patriotique et ce devoir de mémoire qui ne doit rien ni à l’art ni à l’honneur mais bien plutôt au pharisaïsme, au cagotisme et aux diverses affectations de la saloperie et du pédantisme.

Ainsi, Louis Marette, très ordinaire édile d’une France oubliée à Paris, ce royaume sis au coeur même de la République, Louis Marette côtoie les personnages d’une aventure littéraire dont il est possible de mesurer l’ampleur et la profondeur. Rien à voir avec les œuvrettes issues des "conseillers" et autres m’as-tu-vu des établissements culturels locaux. La seule revue littéraire digne de ce nom dans ce territoire est aussi, ce n’est pas un hasard, l’éditrice de cette invention phénoménale, entre autres travaux de dimension littéraire remarquable, la RALM : http://www.ral-m.com/revue.

La publication des épisodes de La Passion de Louis Marette reprendra la semaine prochaine aux alentours du jeudi et ainsi de suite.

(…quoiqu’il faille s’attendre à d’autres interruptions vu le travail entrepris dès 2018 sur les numéros 102 et 103 de la RALM, respectivement "Le catalogue du sériographe" de Pascal Leray et "Goruriennes" de Patrick Cintas…)

L.P.

 


Macron – Le temps des colchiques