Le perroquet de Louis Marette – texte intégral

 

LE PERROQUET DE LOUIS MARETTE – TEXTE INTÉGRAL :


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Le perroquet de Louis Marette – texte intégral

 


LA SUITE DANS LE DEUXIÈME ÉPISODE DU VOYAGE EN PAYS D’HYPOCRINDE

LA SEMAINE PROCHAINE !

 

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Le perroquet de Louis Marette (31)

 

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Le perroquet de Louis Marette (31)

 

LOUIS MARETTE
Le perroquet de Louis Marette (31)

Comme la fenêtre était ouverte, Marette n’eut pas à se forcer beaucoup pour mettre le pied dans mon bureau. Il referma aussitôt les battants derrière lui. Le soleil nous épargna des reflets qui eussent soustrait les gestes de l’édile à notre attention déjà assez crispée sans ça. On me demanda si je n’avais rien à dire à ce voleur de perroquet, mais je rétorquai que je ne possédais aucun perroquet et que celui-ci était rentré chez moi sans ma permission.

Nous fûmes nombreux à assister à la descente du perroquet. Il fut rapidement descendu. Marette, ouvrit la fenêtre pour exhiber le cadavre transparent. Il y avait bien encore un peu de vert sur les parois, mais nous n’étions pas exigeants à ce point. Nous nous attendions à voir le vert voler en éclat devant nos pieds agités. Marette, cependant, l’étreignait pour la photo. Le type de la Dépêche ployait et déployait son zoom dans un bruit de fermeture Éclair. Il n’y a pas de Presse locale sans caresse de projet personnel.

Le soldat connu se dressa sur ma selle pour entonner un cri de victoire. Les poitrines haletaient, secouant les ors et les rubans. La casquette de la préfète vola au-dessus de nos têtes. Quand soudain…

Soudain le cadavre du perroquet, dans la main de Marette, se mit à gigoter comme si la mort l’animait encore. Il n’avait pas mis longtemps à quitter ce monde, tant Marette avait soif de nous impressionner durablement. Ses nerfs voulaient encore s’accrocher à la vie. Mais ce qu’il empoignait dans ses griffes d’oiseau mort, ce n’était que la réalité. Il ne se distinguait pas des autres morts en ce sens. Le passage de la vie à la réalité ne dure jamais beaucoup, mais il arrive que l’un résiste plus que l’autre.

Croyez-vous que Marette eût saisi l’occasion pour commenter l’évènement en termes électoraux ?  Au contraire, il parut effrayé.

Nous nous regardâmes sans comprendre. Le soldat connu mordillait les pompons de son clairon. Même les médailles cessèrent de se distinguer des simples boutons.

Alors Marette diminua. Je rappelle qu’il était à la fenêtre, laquelle nous privait de tout ce qui se situait en dessous de sa ceinture. On ne voyait plus que sa tête épouvantée, comme si elle reposait maintenant sur le rebord de la fenêtre.

« Hé putain ! fit Bousquet. Qu’est-ce qui lui passe… ? »

Il s’en passait des choses dans mon bureau investi d’autorité par le maire de Mazères ! Il exhaussait le perroquet comme un calice. Et l’oiseau sortait de la mort aussi vite que Marette l’y avait fait entrer. Vous souvenez-vous de l’ange qui nous apparut au début de ce récit ? La question n’étant toujours pas de savoir s’il était mâle ou femelle, il se posa sur le rebord de la fenêtre, nous bénissant de son urine ou de son sperme.

La main de Marette s’ouvrit, comme contrainte par une puissance supérieure. Le perroquet allait-il se fracasser sur mon plancher, le mur de ma maison le soustrayant à nos regards ?

« Mais qu’est-ce que ce pitre est encore en train de nous faire ? » grogna quelqu’un qui ne semblait pas systématiquement opposé.

La main une fois entièrement ouverte, le perroquet agita ses ailes pour se maintenir en l’air, à l’endroit exact où Marette l’avait lâché contraint et forcé. Cette fois, la foule précipita ses genoux sur la chaussée. On n’entendit aucune plainte. L’ange projeta encore un jet liquide qui pouvait être vert mais le soleil en irisait tellement la parabole qu’il parut à nos yeux aussi beau qu’un arc-en-ciel.

Marette ne singeait pas. Mais avait-il singé en descendant le perroquet ? Et celui-ci se posa sur l’épaule de l’ange. Allait-il nous faire un discours ? Où était le curé ? Personne ne voulait rien rater du spectacle. Tant pis pour le curé ! Et pour ajouter au miracle, j’étais redevenu homme. Et le soldat connu était redevenu inconnu. Et Bousquet, qui n’était rien redevenu, chantait des louanges sans avoir soif. On vit des militaires redevenir aussi courageux qu’avant le premier combat et des policiers aussi fidèles que leurs chiens. Des maîtresses d’école redevinrent maîtresses. Mazères sentait le miracle à plein nez. Heureusement que l’évêque de Pamiers n’était pas là, sinon il n’y aurait pas cru et aurait fait venir son exorciste de service.

Voilà comment se termina ce récit. Le perroquet, tenant la main de l’ange, s’envola avec lui dans le firmament, poussé par un petit nuage cotonneux qui enveloppait leurs saintes plantes. Nous touchions enfin le bonheur. Marette était tellement ivre qu’il voulut sauter par la fenêtre pour se recevoir par miracle sur le sol dur et froid de mon parking.

Alors la voix de Dieu, qui ressemblait étrangement à celle de Dédé Trigano, descendit du ciel pour nous dire :

« Ce n’est pas le messie, bande d’idiots ! Il n’est pas encore né celui qui donnera raison à Moïse ! »

Fin du premier épisode
du Voyage au pays d’Hypocrinde

Le perroquet de Marette

Deuxième épisode bientôt


Le perroquet de Louis Marette (30)

 

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Le perroquet de Louis Marette (30)

 

Le perroquet de Louis Marette (30)

En moins de temps qu’il n’en faut à l’oreille pour distinguer le pet du clairon, Dédé était rentré à Paris. Sans vache ni rupin, nos deux échevins, ravis de n’avoir plus rien à poursuivre, ce qui devenait imbuvable, s’engagèrent sur le chemin qui conduisait à ma maison. Ils y étaient, nous criait-on des fenêtres, attendus par un parterre d’uniformes et de tapis, car le perroquet s’était perché sur mon écritoire. Celui-ci était visible si la fenêtre de mon bureau était ouverte, ce qui était le cas en ce jour du 11 novembre. Personne, au passage, ne me demanda pourquoi je l’avais laissée ouverte alors que je n’étais plus dedans. On m’assura que Lecerf n’était pas apparu pour profiter de l’occasion.

Comme Bousquet avait pris soin de se couvrir de merde d’oiseau qui vaut bien toutes les autres même si on regarde d’assez près pour en mesurer les nuances olfactives, Marette avait consenti à remonter sur ses épaules pour le faire avancer plus vite, car le piqueur avait tendance à s’endormir sur les lauriers municipaux et particulièrement sur ceux que Marette avait décrochés dans le voisinage.

La perspective d’un perroquet n’était pas étrangère à leur entrain d’autant que ce volatile vert aux apparences liquides expliquait leur rendez-vous manqué avec la mémoire due à l’Être suprême qui conduit les peuples dans les impasses de la guerre et du crime contre l’humanité.

Je suivais avec le soldat connu sur mon dos. Il maniait le clairon comme personne, le faisant tournoyer dans sa main comme un cow-boy hollywoodien sa Winchester à canon scié. Il en jouait moins bien avec sa bouche, mais personne ne demande à un enfant d’imiter Montgomery Cliff alors que Jos Randall est à la portée de ses gènes.

Je ne sais pas si Lecerf nous avait devancés, mais nous dûmes reconnaître que le bruit de démolition qui traversait les murs d’une maison voisine de la sienne ressemblait fort à ceux qu’il avait pour mission divine de produire dans le but de dissimuler les faiblesses de ses objectifs politiques.

Nous ne nous arrêtâmes cependant pas, car l’heure avançait et nous craignions d’arriver après la capture du perroquet par des gens aussi expérimentés en la matière que des militaires en service et des anciens combattants. Le clairon nous annonça.

La foule compacte des officiants se scinda pour nous ouvrir le passage. Marette, prenant appui sur le mur percé de la fenêtre où le perroquet se distinguait nettement d’un flacon d’eau de source destiné à humidifier mes pensées, se jucha sur les épaules de Bousquet afin de haranguer les paroissiens sans avoir à s’égosiller au risque d’effrayer le prudent perroquet qui avait élu domicile chez moi et pas ailleurs à Mazères, détail qui devait, selon l’édile, avoir son importance.

On invita le soldat connu à cesser d’interrompre le discours en soufflant dans son clairon. Un clairon que personne ne reconnaissait pour sien, ce qui facilita l’appropriation. J’évitais de hennir pour ne pas me faire remarquer. Je m’étais arrêté devant mon propre portail.

« On ne descend pas un perroquet, commença un Marette très écouté, sans en avoir descendu beaucoup avant, d’autant que ce qui s’est passé n’a pas laissé de traces comme l’affirme mon chirurgien. Seul compte le dernier perroquet, celui qui sera suivi de bien d’autres si on ne s’y prend pas comme un manche, ce qui arrive aux débutants, si on admet qu’il y a un début à ce qui n’a pas de fin.

» Je ne vous apprendrai rien en affirmant ici que sans l’honneur qui me caractérise aucun perroquet ne serait entré dans mon existence sans risquer d’être renversé par la circulation qui déforme nos chaussées avec ce qui se trouve dessus si on n’y prend garde.

» Je veux dire par là, au cas où je serais mal compris, que je n’ai jamais agi dans le dos des perroquets. Je les ai toujours regardés en face, les yeux dans les yeux et le doigt sur la détente.

» Lever le vert n’est certes pas plus difficile que de lever un lièvre. Je ne dis pas le contraire, mais moins on le lève haut et plus il a de chance de s’en sortir pour revenir aussitôt plus vert que jamais. C’est un conseil que je donne à la jeunesse : l’honneur sans médaille ne vaut pas plus cher que ce qu’on perd à ne pas boire à sa santé.

» Je vois d’ici la levée de boucliers des opposants systématiques ! Et le rouge ? Que faites-vous du rouge, Monsieur le Maire ? Et le blanc qui va si bien à nos communiantes solennelles ? Pour obvier à toute critique systématiquement opposée à mon style, j’y ajoute le bleu de notre drapeau national ! Et le tour est joué !

» Mais revenons au vert qui marquera à jamais la mémoire éternelle de ce grand jour. Le vert sans perroquet, ce n’est plus du vert. Et le perroquet sans vert c’est du gâchis ! Je ne tolérerai pas que les partisans de l’incivilité se servent du perroquet comme prétexte pour le jeter par terre où il n’a aucune chance de servir à quelque chose d’utile ! Tout perroquet conçu à Mazères le sera dans le vert ou ne sera pas ! C’est moi qui vous le dis ! Et vous savez que quand je dis quelque chose, je me répète !

» Il n’y a pas de raison de se laisser faire par les anarchistes ! Je suis le seul et unique protecteur de la nature. Je le proclame haut et fort ! Le vert, c’est mon domaine. Et j’interdis qu’on me conteste le droit d’être le dépositaire de ses perroquets.

» Ayant toutefois distingué le perroquet du perroquet et le vert du verre, j’autorise la population à m’imiter. Je me donne en exemple ! Je fais don de ma personne ! Je me sacrifie sur l’autel où le perroquet saigne vert ou n’est pas un perroquet. Quoique qu’un peu de rouge et de blanc, pourvu qu’on se réclame du bleu pour le pousser devant en cas de durs combats, ne dépareillent pas si l’interruption se limite à lever le vert pour se resservir.

» Chers amis et complices, vous allez assister aujourd’hui, en ce grand jour de la mémoire et du devoir qui font bon mélange, au rite que je propose comme conclusion de toute cérémonie du genre : la descente du perroquet !

» Je souhaite, pour le bien des générations futures qui n’auront ainsi rien à nous reprocher, que cette descente devienne une tradition et que jamais le citoyen ne soit pris en flagrant délit de s’y soustraire par opposition systématique !

» Il faut que justice soit faite ! Et une fois faite, il faut en reconnaître le droit à recommencer autant de fois que nécessaire. Car en quoi consiste le nécessaire, mes amis, s’il ne veut rien dire ? Je vous pose la question comme je me la suis posée avant d’entrer dans le confessionnal pour de bonnes raisons. Un perroquet guérit de tout ! Et s’il faut encore le descendre, n’hésitons pas à nous donner raison !

» Je vais maintenant, grâce aux solides épaules de mon compagnon coloré comme il convient, descendre ce perroquet devant vous ! Ouvrez bien vos yeux, vous les jeunes qui n’avez encore rien vu ! Et voyez comme je mérite des médailles ! Après avoir grimpé sur cette fenêtre glissante, j’entrerai dans le bureau glissant de Roger et, retenant ma seule respiration, le glisserai sous le perroquet pour l’obliger à descendre. Mais attention ! Il ne descendra pas tout seul ! Il ne descendra pas sans moi ! Pas question de le laisser échapper cette fois.

» C’est ainsi que pour éviter toute nouvelle poursuite inutile, je fermerai la fenêtre derrière moi. Vous me verrez descendre à travers le verre. Vous n’entendrez peut-être rien, mais je vous laisse le plaisir de découvrir vous-même le bruit charmant que fait le perroquet quand il descend de son vert pour rejoindre la profondeur tellement profonde qu’il en faudra plus d’un pour la remplir si possible à ras bord.

» Mes amis, garde à vous ! Et silence dans les rangs ! Votre maire s’apprête à sacrifier un perroquet sur l’autel de l’honneur. »


Le perroquet de Louis Marette (29)

 

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Le perroquet de Louis Marette (29)

 

LOUIS MARETTE
Le perroquet de Louis Marette (29)

Et je me retrouvai de nouveau libre de mes mouvements et de mon destin, prêt à m’aventurer aussi loin que possible dans ce désert d’Hypocrinde. Mais je n’avais pas l’intention d’aller plus loin, en Amérique par exemple. Je me demandais si la vache rêvait d’une Amérique sans abattoirs. Je n’avais pas le temps d’y penser moi-même. L’enfant devina mes intentions et empoigna ma crinière sans lâcher les pompons de son clairon. Dédé tenta d’attirer le regard de Bousquet pour le prévenir que j’allais profiter de la situation pour les priver d’un enfant qui restait encore à éduquer, mais le chasseur prenait grand soin de Marette comme si, au fond, il ne souhaitait pas le réveiller. Le rideau aurait pu tomber à ce moment-là. Et le spectateur caché dans les buissons en aurait été quitte pour attendre qu’il se relevât.

Mais on n’était pas au théâtre. La réalité s’imposait à nous. Marette dormait et les paroissiens du 11 novembre avaient envahi mon jardin où le perroquet s’était réfugié, d’après ce qu’en disait le soldat connu. Mais pourquoi mon jardin ? Pourquoi moi ? Le gosse me fit plier la jambe et posa un pied sur mon sabot à l’équerre. Nous allions déguerpir à la vitesse de la lumière qui éclairait nos chandelles.

« Sus ! » cria le gosse et ce cri me paralysa.

Par contre il réveilla Marette qui cria à son tour :

« Sus à quoi ? Je me rappelle plus !

— Hé bé ! bégaya Bousquet en nage. Suce au vert ! Suce au vert qui guérit les oiseaux de la pépie !

— Le choc l’a rendu amnésique… » constata Dédé en saisissant le clairon que le gosse ne tenait que par un de ses pompons.

Et Dédé souffla dans le clairon. Il en sortit un son si aigu que Marette vomit. Il avait la langue verte. Je bouchais les oreilles du gosse, tout soldat connu qu’il fût. Marette se remit debout pour être mieux compris. Bousquet trouva une cartouche qui n’avait pas souffert de sa noyade interrompue.

« Hé que veux-tu que j’en fasse ? rouspéta Marette. Je n’ai pas de fusil sur moi.

— Le mien est au fond de l’eau. Je vais la mettre dans le clairon… des fois, en temps de guerre, ça marche bien les balles dans le clairon. C’est que le combat finit par changer les mœurs. On ne peut tout de même pas nous en vouloir si on est revenu homme alors qu’on y était allé comme des gosses. Retiens la leçon, petit. Et laisse-moi faire ! Ça n’a jamais fait de mal à personne. »

Et de nouveau, Dédé souffla dans le clairon. Il était tellement stressé qu’il avait les pompons sur le nez. Marette, qui ne bandait plus depuis longtemps, vérifia la tension du nez en exerçant sur lui une pression adéquate. Il s’y connaissait en pression de nez, le Loulou. Le sien se laissait presser encore, mais avec l’âge, il pressait de préférence celui des autres. Surtout s’il s’agissait de jouer du clairon.

« Il va mettre plein de salive dedans, redouta le gosse sans se démonter.

— Ne t’en fais pas, professa Bousquet, j’ai mon écouvillon dans la poche. Même mouillé, il fait son travail si on s’y prend bien. Mais il faut d’abord lui brosser le poil. On est tellement proche l’un de l’autre que de le brosser, ça me fait encore de l’effet. »

Et le clairon de Dédé sonna une troisième fois. Plus raide que Simon à l’heure fatidique, il leva son index vers le ciel comme Baptiste chez Léonard.

« Il est temps de partir, décréta-t-il. Fini les enfantillages. Sans ma vache, je n’aurais aucune excuse à opposer à mes détracteurs. Et sans perroquet, Marette ne tiendra pas plus debout que ses arguments. Et comment expliquer que Bousquet ne ressemble plus ni de près ni de loin au Bousquet que nous connaissons tous ?

— Hé ! De près il ressemble encore, dit Marette. On le sent bien. Mais il est vrai que de loin, on est en droit de le confondre avec un  étranger clandestin. On pourrait lui tirer dessus, surtout qu’il a perdu son fusil et ne peut pas répondre aux provocations de l’opposition systématique qui m’attaque de toutes parts.

— Je persiste et je signe, insista le chasseur en montrant sa balle sèche : avec un clairon, je peux encore tirer. Donnez-moi un clairon et je tire !

— Mais sur qui, nom de Dieu ! »

C’est à l’invocation que vous avez reconnu ma voix… Je commençais à en avoir par-dessus la tête de ces pitreries d’élus localement identifiables. Je soulevai vivement le sabot sur lequel reposait encore le pied du soldat connu et il se retrouva avec ma selle entre les jambes. Sans fusil pour menacer notre fuite, nous pouvions encore attendre d’être compris.

« C’est un enlèvement ! protesta Marette qui aimait beaucoup les enfants.

— Il enlève beaucoup en ce moment, le Roger, fit Bousquet comme si on lui demandait de philosopher à mes dépens.

— Je garde le clairon, dit Dédé soudain prêt à jouer un rôle de premier plan dans ce concert d’intelligence. Ça peut servir en justice.

— Vous allez être enfin convoqué ! s’écria Marette.

— Comment ça « enfin » ?

— Je veux dire qu’on ne s’y attendait pas.

— Pour la broutille que vous savez… avoua timidement le nouveau clairon.

— Hé bé qué ? fit Bousquet en se crottant un peu avec ce qui traînait de fientes autour de lui.

— Divagation d’animaux domestiques… Je n’y couperai pas. Mais je garderai la tête haute. Et sans accuser Roger qui est la cause première de ce délit ! »

Il se frotta les yeux comme qui ne croit pas un mot à ce qu’il dit aux autres.

« Je ne t’en veux pas, Roger. Je paierai le prix fort. Il faut payer même pour les autres.

— Hé bé ça c’est un sacrifice ou je m’y connais pas ! » s’exclama Bousquet comme en prière au milieu des crottes qu’il foulait d’un pied connaisseur et heureux.

Mais Marette s’inquiétait en silence, luttant contre le dessèchement de son gosier. Il se serait jeté à l’eau pour en boire au moins un peu, mais la pression qu’exerçait sur lui l’angoisse d’être lui aussi un délinquant sans honneur lui arracha ces mots tragiques :

« Hé c’est qu’il divague bien un peu aussi, mon perroquet…

— Et Roger ? cria soudain Bousquet en puant de la bouche. Il divague pas, peut-être, le Roger. Avec ses gros sabots qu’il divague ! Et regardez toutes les traces qu’il laisse dans notre terre natale ! Il menace notre Histoire municipale avec ses divagations ! Laissez-moi mettre une balle dans votre clairon, monsieur Dédé ! Et je vous le transforme en silence éternel sur le champ ! Et dans la merde de mes oiseaux ! Que j’en ai beaucoup, des oiseaux ! Et que ça chie assez pour recouvrir éternellement les divagations de cet animal de trait et de portrait ! »

Disant cela, il s’était jeté à genoux dans un tapis de fientes fraîchement extraites des plus beaux anus migrateurs que le monde de la chasse eût connu. Il s’en couvrit la tête comme s’il était déjà dans son rôle de pleureuse à l’enterrement de la Presse et de la Littérature.

« Et même pire ! ajouta aigrement Marette pour sauver son commis troupier de l’emmerdement qui vaut une noyade. Non seulement il divague, le Roger. Mais il ne divague pas seul. Sauvez cet enfant des divagations de Roger ! Ne le laissez pas pourrir l’âme de nos enfants chéris ! Faites le taire ! Et que justice soit faite, bordel de Dieu ! »

À ces mots, Dédé emboucha le clairon du mauvais côté de sa personne.


Le perroquet de Louis Marette (28)

 

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Le perroquet de Louis Marette (28)

 

Je jetai le gosse sur mon dos, mais avant de m’élancer dans de nouvelles aventures, je pliai mon cou sur le côté pour lui demander :

« Pourquoi ne les as-tu pas suivis ?

— Ça ne m’intéresse pas, monsieur Roger.

— Tu n’as pas envie de perroquets comme ton papa ?

— Même pas d’une perruche comme ma mère…

— Comment t’appelles-tu ?

— Je suis le soldat connu. »

Évidemment, lorsque nous arrivâmes, au galop, au bord du lac, Bousquet n’était pas noyé. Il était même propre. Mouillé, mais propre. Ce qui ne signifie pas qu’il sentait bon. Mais à distance, on ne sentait rien, même si on en doutait. Par contre, Marette ne se réveillait pas.

Dédé était inquiet. Il y avait eu des témoins, mais comme ils étaient affamés, ils étaient retournés au restaurant, laissant derrière eux leurs emballages. Ils devaient être en pleine conversation critique. Lecerf les avait rejoints.

« Et le pauvre type qu’il a assommé ? demandai-je à tout hasard.

— Ce n’est pas lui qui l’a assommé. Il était déjà assommé quand il est arrivé sur les lieux. Il en a profité pour casser quelques meubles.

— Il a pas pu résister, ajouta Bousquet qui sortait de sa poche des cartouches impropres à la consommation.

— En attendant, Marette ne se réveille plus, gémit Dédé en tournant ses mains vers le ciel.

— C’est tout de même terrible ! protesta Bousquet. Maintenant qu’il dort, tout le monde veut le réveiller. Et quand il ne dort pas, on l’invite, des fois que ça lui donne sommeil.

— Qui est cet enfant ? » dit Dédé en me regardant comme si j’étais père ou pédophile et qu’il voulait en savoir plus.

Je hennis mollement. Le gosse s’exprima à ma place :

« Je suis le soldat connu, dit-il en montrant le clairon.

— Mais je le connais, ce clairon ! s’écria Bousquet qui se mit en peine pour trouver une cartouche encore en état de tuer.

— Je l’ai trouvé, dit le gosse qui n’avait pas l’intention de se laisser voiler.

— Ah ! Maudit garnement ! Tu ne sais pas que j’en ai maté de plus coriace que toi ! Laisse-moi en trouver une ! Je saurai bien m’en servir sans le fusil que j’ai perdu en m’accrochant à autre chose quand j’étais en train de me noyer au vu et au su de tout le monde.

— Vous n’avez pas vu ma vache, Roger ? »

Je me demandai bien à quoi Bousquet s’était accroché. Le bougre s’en était sorti sans trop de dommages à part la perte de son fusil. Il en avait d’autres.

« Tout le monde est parti, annonçai-je sans hennir.

— Qu’est-ce que vous voulez dire, Roger… ?

— Il veut dire, compléta le gosse, qu’ils sont venus et qu’ensuite ils sont partis. Et j’ai trouvé le clairon.

— Une panique générale ? s’inquiéta Dédé.

— On aurait pu le croire, mais ce n’est pas le cas.

— C’est dans la joie et la bonne humeur qu’ils sont partis, dit le gosse comme s’il avait compris qu’en matière politique le sous-entendu demeure plus riche en conséquences que la clarté du discours philosophique le moins couru.

— Sans moi ! » s’écria Bousquet en foulant les cartouches qui tombaient de ses mains vides.

La langue lui tirait les vers du nez. Il y avait encore beaucoup de vers dans son nez, car il avait fermé la bouche dans l’eau.

« Et moi alors ! » grogna Marette dans son sommeil, ce qui nous pétrifia.

Il n’avait pas atteint le niveau de langage de Finnegan. On comprenait parfaitement ce qu’il disait même quand il dormait.

« On va encore me le mettre sur le dos ? se plaignit Bousquet.

— On n’a pas le choix, dit Dédé qui mesurait ma selle. Tu te mettras sur la croupe, dit-il doucement au gosse. Tu verras comme c’est agréable de voyager en croupe.

— Si tu ne me demandes pas de te prêter mon clairon… » fit le gosse.

Il avait l’habitude de se soumettre. Il recula et libéra la selle. Dédé s’y installa sans me demander mon avis. Bousquet appela une cigogne, mais en vain.

« Tout de même, bougonnait-il, ce Lecerf, il est jamais là quand on a besoin de lui. J’aurais bien aimé lui monter dessus, moi !

— Il ne vous coûtera rien d’aller à pied…

— Puisque vous le dites avec des fleurs… »

Et il se mit en route avec Marette sur son dos. On fit le tour du lac. Passant devant le restaurant, nous entendîmes la voix de Lecerf qui se vantait d’avoir cassé plus de meubles qu’Arman. Ah ! Il n’agissait pas ainsi par esprit d’imitation. Il avait toujours cassé des meubles, depuis sa plus tendre enfance. On dit même qu’il en avait cassé dans le ventre de sa mère, ce qui est fort possible car c’était sa première maison. Pas de maison sans meubles, mais l’homme ordinaire n’y démolit pas le mobilier familial. Il y enferme plutôt ses secrets intimes, quand il ne couche pas avec.

« Je suis déjà épuisé, fit Bousquet en soufflant. Marette pèse un âne mort. Et pourtant il est pas mort. Et comme il sent le perroquet, j’ai le vert en travers et le foie qu’est pas droit. Et si on le jetait à l’eau, des fois que ça le réveille… ?

— Je ne sais pas nager, dit Dédé. Ni vous non plus. On ne peut pas demander ça à un enfant…

— Il va falloir que Roger se dévoue, parce que moi j’en peux plus. Je sais même pas si j’aurais la force de le jeter aussi loin.

— Roger s’en chargera, dit Dédé toujours sans me consulter. Descendons, » dit-il à l’enfant.


Le perroquet de Louis Marette (27)

 

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Le perroquet de Louis Marette (27)

 

Un homme gisait plus loin dans l’allée. Un morceau de bois frémissait à ses côtés. Je reconnus un pied de table. Logiquement, Lecerf était à l’intérieur. Et non seulement il n’était pas chez lui, mais il en démolissait le mobilier. Et pour aggraver sa situation judiciaire, il venait d’agresser un propriétaire. Il n’était plus possible de le sauver, je m’enfuis.

Voilà comment je me suis retrouvé seul sans responsabilités.

J’étais en train de me préparer à une nouvelle existence quand le clairon a sonné. J’avais oublié le 11 novembre moi aussi. Je n’avais pas plus d’excuses que Marette. Lui au moins avait un perroquet à poursuivre. Nul doute que Dédé, une fois Bousquet dans l’autre monde, engagerait la population à chasser la vache pour la ramener dans son droit chemin qui était celui de l’abattoir et, sous forme hachée, des estomacs qu’il nourrissait déjà de ses arguments électoraux. Comme il n’était pas question que je me mettre au garde-à-vous avec une larme à l’œil et une étreinte anale, je me dirigeais vers la ville pour satisfaire ma curiosité.

Obsédé par les perroquets de Marette et les déjections préférées de Bousquet, entre autres particularités municipales, j’avais aussi oublié que mon plus grand plaisir, depuis l’enfance, consiste à satisfaire ma curiosité. Et j’avais tellement hâte de contempler le spectacle de cette cérémonie amputée de son Marette que je me mis à trotter avec ivresse.

Le soldat du monument, raide comme la justice qui l’avait envoyé ad patres sans autre procès, se laissait chatouiller le nez par les franges d’un drapeau accroché au linteau de cette tombe sinistre et même épouvantable. Un blason s’était mis en travers d’une couronne de fleurs plus multicolores les unes que les autres. Des confettis jonchaient le sol aux traces embrouillées. Mais pas un militaire, pas un fan ni un enfant, aucune trace familiale ni policière ni restes de nourritures festives… On avait déserté les lieux !

Immédiatement stressé par cette situation extraordinaire, je cherchai des traces de poudre, voire de sang. Mais on avait quitté l’endroit sans tragédie de ce genre. Si tragédie il y avait, elle était d’une nature inconnue de moi. J’en étais époustouflé. Même la boulangerie voisine tenait porte close.

Pourtant, le clairon reprit sa complainte d’automne. Je fis vivement le tour du monument. Un soldat se tenait debout, le clairon tourné vers le ciel, les joues gonflées. Il se donnait tellement à son refrain qu’il ne me voyait pas, alors que j’étais le seul témoin de la scène qu’il jouait. Mais pour qui jouait-il puisqu’il n’y avait personne d’autre que moi pour l’écouter ?

Je n’osais pas l’interrompre. Il faut dire que quand je hennis, je suis souvent mal compris. C’est que les gens qui se permettent d’écouter ce qui ne leur est pas destiné ne comprennent rien d’autre que ce qu’ils veulent entendre. Ils ne sont bouchés que dans un sens. C’est dans l’autre et dans l’autre seulement qu’on les autorise à voter. Avec le résultat qu’on connaît.

La situation ne pouvait pas durer. Chaque jour à sa fin. Et on approchait de midi. J’interrogeai le soldat, aussi subitement que clairement, par un hennissement qui aurait réveillé toute la ville si j’avais su pourquoi elle avait déserté.

Le clairon fit un couac. Sa bouche quitta l’embout humide et chaud. Il passa la langue sur ses lèvres encore vibrantes comme s’il se préparait à me demander des explications. Mais je pris la parole en ces termes :

« Y a-t-il, jeune homme, quelque chose de sensé pour expliquer cette situation hors du commun ? Je vous préviens que je ne tolérerai pas les arguties en vigueur en temps de paix relative. »

Le soldat, tout jeune en effet, parut terrorisé par mes propos. Ou bien ne me comprenait-il pas lui non plus et il cherchait de l’aide en actionnant le bouton d’urgence d’une application mise gratuitement à la disposition du citoyen préalablement entraîné par l’éducation nationale à se comporter civilement en cas de complication sécuritaire.

« Mais je ne suis qu’un enfant, monsieur, bafouilla-t-il. J’ai trouvé le clairon par terre. Comme je sais en jouer et que ça ne gêne personne que vous…

— Où sont-ils passés, nom de Dieu ! »

Je ne sais toujours pas pourquoi, dans les situations difficiles ou extraordinaires, il m’arrive d’invoquer ce concept indigne d’une philosophie qui rejette aussi bien le scepticisme que la conviction. Mais le moment était mal choisi pour répondre à cette question aussi épineuse que la couronne qui l’inspire.

« Ils sont venus, déclara l’enfant en essuyant le clairon avec un pan de sa chemise. Et puis ils sont partis. Ils font toujours comme ça, non… ?

— Mais Marette n’y était pas ! Qu’ils viennent sans lui, ça peut se comprendre. Mais repartir sans lui ! On n’a jamais vu ça.

— Mais ce n’est pas là non plus que vous les trouverez, dit l’enfant qui anticipait.

— Et le perroquet, tu l’as vu, le perroquet ?

— Il est retourné chez vous, monsieur Roger. C’est là-bas qu’ils sont allés. »


Leçon de démocratie donnée à Louis Marette

 

Renaud Alixte vient de publier dans la RALM un poème bien en phase avec notre dangereuse époque :

Mon adolescence
est le seul moment authentique
de mon existence.
À la fin, j’aurais dû me suicider.
Je ne l’ai pas fait, ni tenté de le faire.
C’est que je n’étais pas désespéré ;
j’étais seulement en colère.
Je n’ai pas franchi ce pas,
comme le terroriste islamiste ;
j’ai eu tort.

Louis_Marette

Personnellement, en tant que simple écrivain au service de personne, je me refuse à parler de « crime », fût-il, celui-là, « terroriste ». Ma formation constante (quelques dizaines de livres) me conseille le concept de perversion. Et cette donnée philosophique honnêtement et sincèrement acquise limite de façon heureuse ma propre colère et me préserve du noir désespoir qui fait les poètes mais aussi, par malheur, les pervers.

Rabelais, qui écrivait en français et non pas dans le jargon poussif inventé par les classiques, recommandait le rire, sans toutefois préciser s’il était, selon sa perception des choses, la phase inaugurant la littérature (en tout cas la sienne) ou s’il était un conseil à superposer à quelque sentiment, par exemple la colère qui a inspiré le poème d’Alixte.

Je n’en sais rien moi-même. Tant pis pour la littérature, voire pour la poésie.

Ce que je sais, par contre, c’est que je suis un homme en colère. Et c’est par chance sans doute que cette colère ne m’a jamais conduit à désespérer de l’existence, de la mienne en particulier.

Par expérience, je n’ignore pas que le désespoir fait les suicidés, les dépressifs, les alcooliques et autres drogués et, par-dessus tout, les rebelles assassins que la loi française, sans doute par intime conviction car elle est, en effet, « blanche et catholique », intitule « terroristes », empruntant abusivement au langage de la Résistance.

La colère, tant qu’elle demeure ce qu’elle est (un sentiment), ne devrait pas faire l’objet de poursuites judiciaires : si Untel estime que Macron est un « pov’ con », c’est sans doute qu’il a des raisons de le penser — exprimant ainsi sa colère il ne fait qu’user de son droit à l’égalité, profitant de ce moment sans doute intense pour revoir sa leçon sur la fraternité. Or, il n’est point libre d’agir de la sorte, bien que la justice française ait été condamnée par l’européenne sur le même sujet, naguère.

Le gaullisme est un fascisme. Les ingrédients de cette idéologie y sont contenus : nationalisme, autoritarisme et… völkisch, mot allemand que le traducteur de Mein Kampf a justement traduit par racisme. En effet, le texte même de la Ve Constitution est clair à ce sujet :

— Le nationalisme y est exacerbé ; même le mot patriotisme, d’habitude réservé à la poésie, emprunte cette voie inadmissible d’un point de vue humaniste, le seul qui compte quand la parole est publique ;

— l’autoritarisme est garanti par la trahison d’une des déclarations les plus importantes de la Déclaration de 1789 : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Or, la République française ne connaît pas de séparation des pouvoirs. Selon les propres vœux de De Gaulle (il a été viré en 47 à cause de cela), l’exécutif est le seul pouvoir, la magistrature et les élus se soumettant à ses dictats « si besoin est ».

— le racisme est omniprésent dans cette pensée politique : la France est un pays de race blanche et de tradition chrétienne.

Or, voici que des voix s’élèvent pour exiger d’aller plus loin encore dans le viol des dispositions de la Déclaration de 1789 qui est censée, par article, habiter la Constitution numéro 5. Et il s’agit toujours d’alimenter l’autoritarisme et par conséquent l’ « autorité de l’État ». Cet État français devient de plus en plus « régalien », qualificatif qui ne figure évidemment pas dans le texte de la Déclaration. Tant s’en faut ! car régalien signifie royal (regalia, ‘droits du roi’).

Il est vrai que la France n’a jamais clairement opté pour un régime républicain digne de ce nom. Cette indignité prégnante tient à ses lois constitutionnelles : Rousseau eût parlé de « monarchie élective ». L’honnêteté citoyenne consisterait à reconnaître cette réalité. Dêmokratia.

Alors la Nation évolue-t-elle dans le sens d’une adaptation particulière de la monarchie (le gaullisme) ou progresse-t-elle sur la voie d’une république sincère comme le promet sa troublante et troublée Constitution ?

On voit bien, à observer l’écran médiatique, que la balance penche clairement du côté droit — qui n’est pas plus droit que le foie d’Ouvrard. Les Sarkozy, Juppé, Valls et autres enfants du fascisme historique prennent la relève du général. La seule précaution consiste à limiter la portée du racisme : il veut intégrer, rien de plus. Encore heureux !

Seulement, en matière d’humanités, on n’intègre jamais sans susciter la colère. Et il en est de fort puissantes, pour ne pas dire à la mode. À la horde des suicidés et des poivrots, il faut maintenant ajouter les « terroristes », dangereuse intégration de l’imprévisible, de l’horreur et du nébuleux.

Siècles de monarchie, révolution, terreur, consulat, dictature, empire… restauration. Si j’en crois Giambattista Vico, on est en train de recommencer. Le philosophe, à l’écart des débats politiciens, s’emploiera à mesurer ce temps. Mais avec quels moyens, à une époque où la démagogie et l’autoritarisme constituent la seule véritable république ?

Patrick Cintas