Marette en fête – Que fait la conseillère à la Culture ?

 


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— Décidemment, il ne sort pas bien sur les photos, le Marette !

— Il se ressemble de plus en plus…

— Il a pas amené ses copains de la préfecture et du TGI ?

— Hé ! C’est que les photos, ça reste…

— Et après, on se plaît plus autant…

 

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Louis Marette le vilain citoyen

 

«La cérémonie de citoyenneté n’est pas un caprice du maire. Elle est prévue par un décret du 8 février 2007 qui permet au maire de rencontrer tous les jeunes de 18 ans nouvellement inscrits sur les listes électorales de sa commune et, entre le 1er mars et le 31 mai de chaque année, en dehors des périodes de campagne électorale, de leur remettre leur première carte d’électeur.»

Ainsi s’exprimait récemment Louis Marette, maire de Mazères, à propos d’une pitrerie en effet « prévue », mais parfaitement idiote et en complet décalage avec notre époque.

Selon l’idiosyncrasie de chacun, on estimera que le « succès » de cette représentation archaïque et presque honteuse était « au rendez-vous » ou qu’au contraire, moins du tiers des jeunes convoqués ou invités ayant répondu à cet appel en phase avec les pratiques obsolètes du maître : Général, nous voilà ! on ne peut pas raisonnablement dire que le rendez-vous n’avait pas un goût de lapin.

Louis Marette eût sans doute choisi le principe de la convocation si, par bonheur, les larbins de son espèce n’étaient limités dans leur action infectieuse par des principes encore en vigueur.

Mais la question n’est pas là…

Car le sommet de l’imbécillité croissante de ce représentant de l’autorité de l’État ne s’arrête pas là. En effet, en se livrant à cette mascarade de démocratie républicaine, et tout décoré de ses attributs de vestale quelque peu crottée par une existence somme toute aussi peu exemplaire que possible, cet inculte se contente d’appliquer un décret. Mais ce cave redondant n’en reste jamais là. Il en rajoute. Et qu’a-t-il bien voulu rajouter à son exhibition impudique ? Rien moins que les pédales de son équipée : la présidente du TGI de Foix, Michelle Salvan, qui aime les médailles et les discours ronflants, et le préfet du département, Salvador Pérez, Croix du Pied, qui prétend faire son devoir quand il ordonne à la troupe de tirer sur de sympathiques manifestants venus là pour dénoncer pacifiquement les pitreries de cet autre cave de la politique locale, à savoir André Trigano surpris, encore une fois, en pleine cure de désintoxication.

Et bien, Loulou la Viole, puisque Salvan et Pérez ont décliné une invitation avec des arguments de soutiers élevés au rang d’officiers, une simple manipulation graphique te les rendra. Tu n’y as pas pensé ? Tu ne savais pas, ignare, que c’est possible dès lors qu’on s’exprime dans les médias heureusement considérés par la Cour de cassation ? Eh oui, il y a des magistrats efficaces en France. Pour les préfets, je n’ sais pas… mais il y a au moins un maire de France qui se ridiculise régulièrement dans la Presse locale, atteignant du même coup l’image de sa commune pour la coller au mur des bonnes satires dont la France est maîtresse et gourmande, comme tout le monde le sait !

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Louis Marette sans la vache d’André Trigano

 

« Ce que j'ai dit est certes violent, mais c'est mon opinion, et jusqu'à nouvel ordre, le délit d'opinion n'existe pas. Sinon, on est plus en République… Personne ne doit pouvoir échapper à la critique. » Henri Gaino.

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Louis Marette, maire de Mazères, a passé le plus clair de son temps à ramasser les lauriers cultivés par les autres. Et c’est porteur de ces trophées qu’il s’est engagé dans la nouvelle campagne municipale. En effet, depuis le début de l’année, ou peu s’en faut, on le voit s’immiscer dans des activités dont il n’est évidemment pas l’inventeur et qu’il est incapable, par manque de professionnalisme et de sérieux intellectuel, voire d’intelligence, de partager avec ses véritables acteurs.

Ainsi de la foire agricole de Mazères.

Ce retraité du rond-de-cuir réussit encore une fois, grâce à la diligence de la Dépêche du Midi, à s’emparer de l’événement au détriment de ceux qui le créent non pas pour l’occasion, mais tous les jours de l’année, et quand on parle de tous les jours à propos d’un agriculteur, ce ne sont pas là de vains mots, mais une manière de rappeler que ce n’est pas un métier de tout repos comme peut l’être une activité d’ingénieur « maison » à la SNCF dans le cadre champêtre d’une voie unique.

Certes, cette année 2013, Louis Marette ne s’est pas fait voler la vedette par son maître André Trigano qui n’a même pas brillé par son absence. Il faut dire que l’année dernière, la Dépêche du Midi ne l’avait pas raté. Ce pou du ciel de la politique locale avait en effet acheté une vache et en avait fait l’aumône aux écoliers du coin pour qu’ils la mangeassent. Mais ce n’est pas ce qui avait motivé le style et le fond de cet article dans lequel le journaliste avait humoristiquement joué de la morgue du Parisien qui avait eu un mot « tangent » et de son larbin Louis Marette qui avait serré les fesses pour ne pas se faire dessus. Ce morceau de littérature locale a tellement indisposé le croulant maire de Pamiers qu’il n’a pas osé cette année se présenter devant ses anciens et encore souriants administrés.

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Du coup, et en l’absence à la fois de son supérieur hiérarchique et d’une plume taillée dans le bon sens, Louis Marette a desserré les fesses pour se laisser aller un peu au plaisir de recevoir son bon complice le préfet de l’Ariège qui ne risquait donc pas de se faire acheter par André Trigano, car c’est un animal qui tient à la fois de la vache et de l’âne. Louis Marette a même tenté de braire à sa place et le photographe de la Dépêche, habile observateur ou piètre chasseur d’images, en révèle une fois de plus, si c’est encore nécessaire, le côté asinien. Il faut dire qu’avant d’acheter une vache, André Trigano s’est fait connaître dans le métier pour avoir maquignonné quelques ânes domestiqués.

Je dis tout ça parce que le pigiste de la Dépêche a oublié de le redire.

Alors sur la photo, rien sur le contenu pourtant exemplaire de la foire. Un simple plan aurait offert au lecteur une image pertinente d’une profession qui est, tout de même ! le cœur battant de la vie rurale. Et des agriculteurs modernes, parfaitement en phase avec leur temps. L’installation est à la hauteur de leurs constants efforts. Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas, qui vient « nombreux ».

Mais à la place des appréciations dignes d’attention qu’on est en droit d’attendre d’un représentant du peuple, Louis Marette, qui n’y connaît rien en exploitation agricole, trop inculte et trop paresseux pour cela, nous remet encore une couche de son discours passéiste sur l’ « authenticité » du travail des champs et des prés, oubliant que par le passé on y crevait plutôt et qu’aujourd’hui, l’exploitant agricole passe plus de temps à survivre aux difficultés économiques et aux situations dépressives qu’à se gaver de nostalgies mensongères et de promesses non moins hypocrites.

Il est sans doute significatif que ces propos démagogues sortent de la bouche de personnages complètement étrangers à la vie rurale. L’ « authenticité » que Louis Marette mélange allègrement à son vin est une injure au travail… authentique.

Il est vrai que l’insolence est une pratique constante chez ce larbin inculte, âne ou cave selon les circonstances. Nous avions relevé, au cours de nos recherches dans la Presse locale, des propos indignes d’un maire, lesquels avait inspiré à un de ses opposants une accusation claire non pas de nazisme, ce qui eût passé pour une exagération oratoire, mais de forfaiture la plus ignoble.

Nous n’avons pas été jusque-là, nous contentant de le traiter de salaud sartrien, catégorie philosophique dont la pertinence est universellement partagée au moins par les esprits honnêtement cultivés, même si quelques ânes prétendent en juger autrement. Par contre, nous avions repoussé le terme de pétainiste, le laissant à l’usage des gaullistes et des communistes qui ont leur point de vue là-dessus. Et lui préférant celui de « vieux con ».

À ce propos, il n’est pas mauvais de remarquer que la photo inadéquate de la Dépêche est cependant significative de ce qu’elle tente d’occulter ; non pas les mérites de l’activité agricole qui est une grande entreprise à Mazères comme partout en France, mais la dévotion sarkozyste qu’Alain Badiou propose, moins par esprit de polémique que par vision historiquement défendable, d’appeler pétainisme, ou « péténisme » comme le suggérait Pétain lui-même. Il manque à la photo le déserteur André Trigano, qui a payé de sa poche un parterre goudronné à son mentor pétainiste. Parterre sur lequel cet autre défenseur du devoir de mémoire, le préfet Salvador Pérez, a fait tirer des balles en caoutchouc sur de pacifiques manifestants. Le troisième homme de la photo est pour l’instant le manchot de cette équipée droitiste, mais il promet, paraît-il ! Le lieutenant-colonel Christian Devy, commandant le groupement de gendarmerie de l'Ariège, a eu le temps de se camoufler dans une botte de foin, sans doute pour éviter de s’expliquer sur le comportement de son subalterne l’adjudant-chef Lazzara qui a qualifié MCM d’ « escroquerie » auprès de son hébergeur WordPress pour lui arracher frauduleusement des informations protégées par la Loi et les offrir, par amitié ou proximité (qui sait ?), à Louis Marette lui-même. Manque peut-être Michelle Salvan, présidente du TGI de Foix, qui aime Mazères et son maire, et qui rêve d’un palais à la hauteur de ses prétentions immobilières. Et pourquoi pas cet insolent général rond-de-cuir, Jean-Louis Georgelin, qui sert de présentoir et de tapis à l’Ordre de la Légion d’honneur, lequel s’est permis de traiter d’ « indigne » un personnage universellement connu et reconnu et de plus détenteur de la Médaille de la Liberté, distinction qui ne sent pas sa monarchie comme celle qu’il contribue à appliquer abusivement à l’honneur, au courage et au génie, alors que le Mérite national est tout de même plus… digne de cette fonction.

Quel panier de crabes ! On pourrait ainsi allonger cette liste rurale et parisienne pour mettre en jeu les personnages typiques et typés d’une mascarade nationale qui menace non pas la république, mais la démocratie. Et s’étonner, ou pas, que les meilleures démocraties européennes nous soient dispensées par des monarchies… Les aristocrates auraient-ils compris la leçon de l’Histoire ? Les républicains conservateurs en sont toujours à réduire la démocratie à ce qu’elle a de plus mauvais : sa porte ouverte aux démagogies tangentes de l’autoritarisme et de la trouille.

Patrick Cintas.

 


Ariège-News fait l’actualité de Louis Marette

 

Quand Ariège-News, LE site d’information ariégeois, s’adonne au reportage, il met le paquet. Et en l’honneur exclusif de Louis Marette, maire de Mazères. On dit même qu’il y aurait des dessous à cette préférence forcée. Mais lesquels ? Il faut dire que Louis Marette prend bien soin de ne pas trop se montrer avec son mentor, André Trigano qui lui aussi s’apprête à se faire réélire malgré son grand âge. On sait ce qu’il faut penser de ces élus qui s’accrochent à leur siège, mais il faut seulement le penser. Un jour, ils sont enfin fauchés (c’est une blague) et on les enterre entièrement sans chercher à creuser plus profond. Cet usage est en principe respecté par pur esprit de reconquête, bien sûr. MCM a le plaisir de reproduire ici, sans le moindre changement, les photographies publiées par AN à l’occasion d’une cérémonie municipale qui sera pour certains l’occasion d’un défilé de mode vestimentaire genre pedzouille, pour d’autres un agréable moment passé en compagnie d’exemples à suivre pour continuer de faire rire les citadins et même les étrangers. Cet article vous est proposé dans le style de la Dépêche du Midi qui ne peut pas tout dire, mais qui le dit avec des fleurs.

La cérémonie a commencé par une excellente proposition de Louis Marette habillé en chevalier de l’approximation vestimentaire, un style qu’il s’efforce de répandre autour de lui pour prouver qu’on peut paraître avoir du mauvais goût et aimer ce qui n’en a pas.

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L’acte suivant a consisté, comme c’est l’usage républicain, dans le découpage égalitaire du ruban tricolore dont les bénéficiaires se sont disputé les morceaux dans la joie et la bonne humeur inspirées par les bruits de vaisselle.

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C’est en compagnie d’un autre chevalier, bien portant et peu apte à monter, que Louis Marette a entonné un couplet destiné à traumatiser la jeunesse tout en lui apportant de quoi réfléchir. Les rubans ont brillé de tous leurs feux, suscitant des battements de cœur dignes des meilleurs moments passés à se faire casser la gueule sur le front. Les témoins ont apprécié la rigueur de la rime et l’agencement du couplet.

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Puis on s’est laissé aller, comme il convient, à réclamer un peu plus de rigueur dans l’organisation du buffet qui menaçait de manquer de l’essentiel. Mais c’était une blague qui a plu à tout le monde et à Louis Marette le premier à se laisser porter par la nature profonde de cette plaisanterie de bon aloi.

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Enfin, il s’est mis à pleuvoir, non pas à cause des cigognes, ni parce que la Justice, comme il fallait s’y attendre, ne regarde pas à deux fois avant de collaborer avec le pouvoir qui la tient, mais de la pluie, tout simplement, ce qui explique la mise à l’abri immédiate des verres et autres ustensiles destinés à autre chose. Dans les conversations, le nom d’André Trigano était sur toutes les lèvres et on a même parlé de trahison à son propos. La chose ayant quelque peu choqué, nous nous sommes fait expliquer qu’en quittant Mazères, ce riche entrepreneur des travaux finis avait trahi ses habitants, d’autant que ce qu’il y laissait incontinent ressemblait plus à de la merde qu’à de bons souvenirs. Une âme ingénue se dressa alors pour demander en quoi consistait cette merde et si c’était ce qu’il pensait, s’il s’agissait plutôt d’une personne que de faits invérifiables. Aucune réponse ne parvint à nos oreilles et nous ne prononcerons d’ailleurs pas le nom de cet intervenant car le bon journaliste français rend compte des faits jusqu’à ce qu’ils commencent à prendre un sens.

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Sarkozy, Gentil, entre chiens et loups

 

Une de mes connaissances, magistrat de son état chez notre royale voisine espagnole, pas avare de confidences quand il s’agit pour lui de reconnaître qu’il est mieux que bien rémunéré et qu’on ne lui demande pas de trop se la fouler pour ça, est surnommé par son entourage (dont je ne suis pas) « Estrés ». Ne différant guère en cela de ses collègues français, il a cependant une longueur d’avance sur eux ; en effet, il a trouvé, il y a de nombreuses années de cela, le palliatif des coups régulièrement portés à sa tranquillité par les circonstances et les personnes qui en sont la cause. Si vous entrez dans son bureau, et vous ne pouvez le faire que si vous y êtes convoqué ou autorisé selon le statut qu’il vous a lui-même conféré de haute autorité, vous apercevrez à la gauche de ce bureau, c’est-à-dire à sa droite quand il y est assis, quelque chose que vous ne définissez pas d’emblée et qui, au bout d’une minute de tergiversations intérieures, ressemble à s’y méprendre à un ballon de football en fort mauvais état. Si vous pensez qu’il s’agit-là d’une relique d’un temps passé ou quelque manie de joueur compulsif, vous vous trompez. Car, si vous êtes venu en ami (en fait, nous partagions la lecture de Jocelyn dans le cadre plus accueillant d’un casino, noble établissement qui est en Espagne une sorte de club d’écrivains et d’artistes), ce magistrat indomptable vous donne volontiers l’explication de ce phénomène somme toute assez rare sur le bureau d’un juge. Et, une fois de l’autre côté, passée l’émotion de voir la chaise des invités sous un angle moins touristique, vous comprenez enfin que cet objet n’est en rien un ballon de football écrasé de mémoire, mais tout simplement une grotte et pas n’importe quelle grotte puisque c’est une reproduction approximative de celle qui, à Bethléem, s’imposa comme le lieu de naissance d’un des plus fantastiques personnages de la superstition universelle. La grotte, coulée dans un plastique chinois de médiocre apparence, s’ouvre sur une flaque d’eau verte où flotte une bougie électrique, laquelle fait vaciller les ombres dont celle d’une Vierge Marie aux paumes tournées vers le plafond, les pieds nus dans les roses avec un serpent dedans. De l’autre côté de l’eau, un petit portrait de Francisco Franco ne dépareille pas le moins du monde, soigneusement encadré d’une moulure dorée à l’or fin. Ainsi, quand la tension monte dangereusement dans ce bureau, à l’occasion de conversations qu’on imagine travaillées au burin, mon ami le juge espagnol plonge son regard dans cette scène mystique et, l’espace de quelques secondes, retrouve la tranquillité qu’on était, par pure tactique, en train de lui ravir.

Un tel dispositif serait bien utile au juge Gentil. Bien sûr, par précaution heuristique, le contenu de la grotte, ou vieux ballon de football vu sous l’autre angle, serait changé selon son idée : un portrait de Tintin (dit Pépé), une femme à poil, avec ou sans les poils, un carambar, avec ou sans son emballage culte, enfin… tout ce qu’il voudra pourvu que, de temps en temps, et à bon escient, il puisse renaître de ses cendres et se remettre à l’ouvrage en parfaite possession de ses moyens.

 

Car, une fois de plus, Nicolas Sarkozy a eu une saute d’humeur. Passe de faire usage de cette pratique de la réplique fébrile à l’endroit du simple quidam, mais un juge ! Tout de même ! Et il n’a pas mâché ses mots : « C’est une injustice, clama-t-il. Je n’en resterai pas là ! » Qu’est-ce qu’on lui demande d’autre d’ailleurs, nous qui n’avons pas d’autre interrogation que celle que le juge Gentil lui soumet en toute équité procédurale ? Mais la demande en nullité de la mise en examen, pour suspicion de partialité, est lancée dans la cour des juges, non sans pavé : car tout ceci ne serait qu’anecdotique, tant la Justice est ennuyeuse et les magistrats poussiéreux, si ce pauvre juge, qui n’en rêvait pas tant, ne se trouva alors confronté à beaucoup plus intelligent et cultivé que lui (hélas) : Henri Guaino en personne qui déclara que le juge Gentil « déshonore la Justice » en ne faisant pas bien son travail, ce qui veut dire exactement la même chose que Sarkozy, mais avec la précision qui va avec, comme quoi l’impartialité est un manque d’honneur ! N’en déplaise au jeune homme papillonné qui fait office, à la télé, de représentant des juges, lequel veut, par habitude de la domesticité, et parce qu’on a dû lui expliquer qu’attaquer un ancien président de la France n’est pas rien aux yeux du monde (carrément !), que Sarkozy est poli, mesuré, et tout et tout, et Guaino fort impertinent, pour ne pas dire plus.

Du point de vue moral, Guaino est parfaitement en droit d’exprimer son sentiment, d’autant que ce vieux loup de mer n’est pas homme à barrer dans le grain sans y avoir bien réfléchi… avant. Nul doute qu’il vient de lancer un débat, qu’il va ainsi, en politicien expérimenté (hélas), dans le sens de ce que pense une majorité de Français, et qu’il a les moyens de transcender la bonne foi par exception pour revenir à une réforme de l’institution judiciaire, à savoir la suppression du juge d’instruction lequel est, comme qui dirait, la marque de fabrique de ladite institution et des romans qui l’ont si souvent prise pour cadre de leurs suspens. De là à prétendre que le juge Gentil déshonore la Justice, il y a loin, mais le sens de l’honneur varie tellement d’un esprit à l’autre qu’il est difficile de dire en quoi ce respectable (hélas) politicien va trop loin. Pour les uns, le viol d’une femme de chambre ne peut en aucun cas être mis en relation avec l’honneur du violeur. Pour d’autres, le simple fait de péter en réunion est une preuve indubitable de manquement à l’honneur de l’assemblée. D’ailleurs, l’Ordre même de la Légion d’honneur est tellement vicié de l’intérieur qu’on y perd facilement son latin et même son volapük.

Mais, objectera-t-on, le juge Gentil, au cours de son travail d’instruction, n’a absolument pas évoqué son militantisme connu contre le projet de suppression du juge d’instruction, idée phare de l’ancien président Sarkozy, qu’il a combattu dans la lumière d’une publicité plus ou moins tapageuse. Évidemment, on ne peut honnêtement s’empêcher de penser que le petit juge est en train de profiter de la situation pour se venger de son ancien patron, protégé par l’actuel par ministère interposé. C’est même la première idée qui vient à l’esprit. Mais comment l’étaye-t-on ? Alors… comme dirait Jean-Christophe Victor :

Plus le juge devient petit, parce qu’il n’a pas les moyens de devenir grand, et plus on devient exigeant quant aux motifs de l’inculpation. Or, ceux-ci semblent bien légers, reconnaissons-le. Nous n’avons aucun doute à ce sujet. Et du coup, l’idée que ce juge manipule l’instruction pour défendre sa place et les avantages qui lui sont affectés est parfaitement soutenable en toute honnêteté. Il a peut-être même d’autres projets en réserve dans son ambition. Idée qui implique tout à fait logiquement que ce juge est un parjure et que par conséquent, il déshonore la Justice comme l’affirme celui qui apparaît alors non pas comme son insulteur, mais comme son accusateur devant un auditoire qui n’est autre que le peuple lui-même. Dès lors, le juge se place sur la défensive, situation paradoxale puisqu’elle ne correspond plus à sa posture initiale. Il aura besoin du soutien du gouvernement, autre paradoxe qui est d’ailleurs plus que cela, car ce serait une félonie. Il est évident qu’il initie un procès en diffamation sous la houlette des déclarations peu prudentes du gouvernement en sa faveur.

 

(Le poids des charges qui motivent une mise en examen, autrement dit une inculpation, mérite une parenthèse que j’ouvre ici sous le couvert de ma propre expérience. Certes, je n’ai jamais eu l’honneur d’être inculpé. Il faudrait pour cela que je m’y mette sérieusement et j’avoue que je n’en trouve pas le ressort, malgré les échauffements fréquents auxquels l’actualité et les institutions soumettent mon esprit. Aussi, « accusé » d’avoir injurié l’Ordre de la Légion d’honneur (ce dont je me félicite comme je félicite Henri Guaino (hélas) d’avoir interpelé, comme au Parlement, et en tant que représentant du Peuple, un magistrat qui selon lui a fortement démérité) et invité à m’en défendre si j’avais quelque chose à ajouter [voir mon compte rendu], je fus pris, comme tout amateur en matière de délit, d’une fièvre qui me poussa au bord de ceci : ayant constaté que j’étais « dénoncé » par Louis Marette, maire de Mazères, avec lequel j’entretiens une dispute sur d’autres sujets relatifs plus à son orgueil qu’à son honneur (soit dit en passant), j’eus entre les mains des lettres écrites fort familièrement, à mon goût, par Marette lui-même et par un colonel en retraite, représentant des médaillés locaux, à la présidente du TGI de Foix, nommée pour la circonstance Michelle Salvan. Constatant, en bon instructeur (vous pensez !), que ces trois personnages, qui se frottaient à mes yeux, étaient détenteurs de ladite décoration, et donc en mesure de former ce que j’appellerais un couple à trois, géométrie bien pratique en cas d’intrigue, je crus être moi-même en possession de charges suffisantes pour les attaquer ou en tous cas les montrer du doigt sans me les faire mordre. J’allais, de ce pas, dénoncer un complot ! Bien m’en pris de jeter cet argument non pas à la poubelle, car il m’est utile d’une autre façon, mais sur la balance où j’ai pu lire qu’il ne pesait rien, sans doute parce qu’il ne valait rien d’un point de vue judiciaire. Ainsi, je me suis prouvé à moi-même que j’aurais fait un excellent juge d’instruction puisque j’avais la faculté de peser des arguments avant de risquer de les soumettre inconsidérément à l’examen de la Justice.)

 

Or, on voit de plus en plus, en matière de Justice, des magistrats, instructeurs ou autres, se livrer à de curieuses manœuvres inspirées par une rhétorique captieuse qui ne peut pas en être honnêtement une :

La question des hypothèses :

— Devant une alternative, ils choisissent l’hypothèse qui condamne le prévenu ; par exemple, dans le cas du militant qui exposa à la vue de Sarkozy un panneau où était inscrite une citation d’une des sautes d’humeur de ce prélat pétainiste [Voir notre article], le fameux « Casse-toi, pov’ con », intervention qui pouvait faire l’objet d’au moins deux interprétations non conciliables, les juges ont estimés, brandissant quelquefois de très risibles arguments, qu’il fallait faire pencher la balance du côté de l’insulte ; ils furent bien mal inspirés puisque finalement la Cour Européenne des Droits de l’Homme les a condamnés pour « violation des Droits de l’Homme » ; elle aurait pu aller plus loin en condamnant ces pratiques rhétoriques d’un autre âge ; ainsi, ces juges ont bien « déshonoré » la France au nom de laquelle ils se sont négligemment exprimés ; ou bien ils ont, selon d’autres rumeurs, commis une erreur qui, par définition, est réparable au son des deniers publics, canons dont ils ont l’habitude, par disposition contractuelle, de nourrir leurs argumentaires et leur estomac ;

La question des convictions :

— D’autres fois, poussés par quelque chose qui peut être une idéologie ou pire, ils veulent nous faire avaler des charges ou trop légères et légèrement examinées, ou carrément liées, plus ou moins directement, à ce qu’ils veulent prouver alors qu’ils n’ont pas d’autres moyens que leur conviction ou, éventuellement, leur mauvaise foi ; on est bien loin, ici, de ce que notre époque attend de la science, mais il est vrai que de mémoire d’homme on ne vit fort en maths se livrer à des études de Droit alors que maints esprits dénués d’intuition scientifique s’abandonnent fréquemment aux Lettres et à leurs petits papiers.

Il ne serait d’ailleurs pas inutile, pour alimenter ces connaissances sans porter atteinte à la fierté des moins doués, de proposer l’expression « Casse-toi, pov’ con », une fois passé le délai de droit d’auteur, aux meilleurs dictionnaires de la langue française, comme aux pires, ces derniers ayant la préférence, en tous cas à Foix et à Laval, des magistrats en poste.

Certes, tout ceci, et plus encore (on n’en finirait pas !), alimente l’accusation portée par Henri Guaino à l’encontre du juge Gentil et plus largement, car c’est le seul sens de ce débat, à la réforme portant la suppression du juge d’instruction, mesure en phase avec le monde moderne qui a inspiré la haine présumée que le magistrat éprouve à l’égard de son ex patron. Mais…

 

Car il y a un mais. Autrement dit une antithèse. Sinon l’affaire est jugée. Or, dans les conditions prévues par Henri Guaino, elle ne peut l’être en aucun cas puisque, selon ce qu’il sait (et je ne doute pas un instant qu’il en sait beaucoup — hélas), elle est mal instruite et elle est même instruite dans le déshonneur du responsable de son instruction ! Argument ad hominem ! Et c’est là que le bas blesse. En effet, si le juge Gentil avait décidé que, vu le peu de poids des charges pouvant être retenues contre Sarkozy, il n’était pas raisonnable ni souhaitable (dans son cas personnel) de prononcer une mise en examen, l’affaire disparaissait, exactement comme s’il ne s’était rien passé, habitude que rompt le juge Gentil pour lui donner tort, — ce qu’on ne va tout de même pas lui reprocher !  Ainsi, le pragmatisme rituel des magistrats, acquis par enfoncement de la boîte crânienne, donne raison à notre attente : on veut savoir, volonté qui témoigne assez qu’il s’est passé quelque chose. Et le juge Gentil, changeant un peu son métier, fait le journaliste, le pisse-copie, l’éditorialiste, le monographiste, ne dédaignant peut-être pas d’être l’auteur de fuites comme cela se pratique couramment dans les palais.

Du coup, en inculpant Sarkozy (ah ! que voulez-vous, j’aime utiliser cette bonne vieille AOC), le juge ouvre la voix à un procès. Et non pas, comme voudrait nous le faire croire Henri Guaino, à une condamnation immédiate, si je puis me permettre cette curieuse définition de la mise au pilori. Et si donc le juge Gentil n’a commis aucune faute de procédure, le procès, comme nous le souhaitons par pure curiosité, mais aussi par un accès de méchanceté contractée au cours du précédent quinquennat, aura lieu. Il aura deux avantages (restons pragmatiques) :

— d’une part, il nous permettra de mesurer la professionnalité du juge Gentil qui ne manquera pas d’y être attaqué malgré l’aval de la chambre d’ac (comme disent les malfrats et les flics) et qui s’en portera peut-être fort bien, surtout si la gloire fait partie de ses recherches et qu’il a le goût des mises en scène destinées à mesurer la justesse des cris qu’il ne se privera pas de pousser au nom de l’honneur, de la dignité, de la probité et de plein d’autres choses qui, bien entendu, ne se mesurent pas à l’aulne de l’intelligence, mais bien plutôt de l’idée qu’on s’en fait quand on tient plus qu’à tout à ses petites affaires personnelles peut-être durement acquises, sait-on ; de toute façon, si cette procédure judiciaire constitue l’initialisation d’un procès politique, le juge gentil sera lui-même jugé pour sa lâcheté, car il aura abusé de ressources procédurières ; et s’il s’agit bien d’un procès plus largement fait aux pratiques douteuses d’un parti politique et de son candidat, eh bien le juge Gentil sera félicité et peut-être même remercié…

— d’autre part, nous aurons enfin, quelle que soit l’issue de ce procès, quels que soient ses attendus, quelque chose à nous mettre sous la dent ; nous avons besoin, nous, critiques, de l’écrit que personne ne peut plus effacer et qu’on est absolument libre de critiquer sans réserves pourvu que les personnes continuent d’être respectées, comme elles ne le méritent pas quelquefois, et c’est peut-être le cas du juge Gentil qui fait, comme il en est accusé clairement, de la politique et non pas de la justice.

 

Cependant, en guise de synthèse, et parce que rien n’est encore joué, il est nécessaire pour l’instant de s’en tenir à deux constatations qui demeurent, au-delà de la question des injures et autres critiques au programme de ces festivités parlementaires, le double nœud d’une querelle qu’on règlerait mieux à coups de pieds dans le cul, :

— La question de la valeur probante des charges est un problème, du moins quand un procès est instruit politiquement, comme cela semble être le cas, et non selon les usages judiciaires. Il n’est pas mauvais qu’un procès ait lieu.  Mais a-t-on besoin d’un juge d’instruction pour ça ?

— Selon Nicolas Sarkozy, le juge d’instruction est non seulement inutile, mais nuisible ; il faut le supprimer ; c’est un anachronisme inacceptable dans une société moderne. À voir… ce personnage disparaîtrait à la fois de la pratique courante de la justice, peuplant alors les meilleurs de nos romans d’explications forcément rébarbatives ; et puis, si le juge d’instruction paraît bien être un instrument dans le cadre d’un procès politique, il fait plutôt bien son travail dans tous les autres types d’emmerdements que le citoyen peut entretenir avec cette douloureuse administration.

Il eût été plus simple d’organiser un procès sans intention de nuire. Ce qui peut être fait, non seulement sans juge d’instruction, surtout si celui-ci fait l’objet d’une suspicion parfaitement légitime d’un point de vue moral, mais sans la Justice qui devrait avoir d’autres chats à fouetter. Ce qui est dans la balance aujourd’hui c’est, d’un côté la suspicion qui pèse à peine sur Nicolas Sarkozy et de l’autre, celle qui empoisonne la probité du juge Gentil. La question de l’indépendance des juges étant d’actualité, c’est au législateur, et donc à ses électeurs patentés, qu’il revient de redresser ce qui est tordu, et non pas à des magistrats dont ce n’est pas le métier d’être sans cesse sollicités pour remettre en question leurs propres statuts, passant ainsi plus de temps à veiller à l’état de leur probité qu’à rendre justice dans un esprit social et sans arrière-pensées, si cet euphémisme n’est pas de trop ici ; encore qu’il faille compter aussi avec les manœuvres utiles à la… carrière, d’un côté comme de l’autre.

 

Pour revenir à mon ami le juge espagnol et au coup du ballon de football usagé, qui est en réalité une grotte, précisons que ce palliatif peut aussi, si l’on a l’esprit branché, être constitué par les dispositifs conviviaux d’un i-phone bien utiles pour s’envoyer des SMS en pleine audience mettant en jeu le destin de quelques malheureux qui n’ont pas eu la chance d’être nés tout habillés (n’est-ce pas, messieurs Nicolas Sarkozy et Jean-Michel Gentil ?) et pas l’intelligence, pour ne pas dire la souplesse d’esprit, de commencer par se rendre utiles avant d’en profiter pleinement.

Patrick Cintas

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Droits de l’Homme – au viol !

 

IL NE MANQUAIT PLUS QUE ÇA !

 

Patrick CINTAS

Patrick CINTAS
©jcc-communication

La magistrature française vient encore de se faire taper sur les doigts par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour rien moins qu’une « violation de la liberté d’expression ». Cette manie bien française est en général approuvée par les Français eux-mêmes qui, par héritage ou par paresse, ne voient pas d’inconvénient à ce que leurs « princes » soient traités comme des princes. Anachronisme qui repose sur une idée inacceptable en démocratie, je cite : « L’offense adressée à l’occasion des actes politiques atteint nécessairement la personne. » Commodité et non pas droit légitime, que la Justice française, avec une constance digne de la mule du pape, continue d’infliger à la liberté au nom de rien moins que le « respect dû aux notables », d’autant que le mot « politique » peut être aussi remplacé par « judiciaire »… L’affaire a opposé monsieur Hervé Éon, citoyen militant, à une Justice à la fois zélée et… convaincue d’avance sans autre forme d’analyse. Acharnement, certes, et pas sans méchanceté. Et dans l’ombre encore vivace, mais ce n’est qu’une ombre heureusement, de Vichy. Le mépris du domestique pour l’ouvrier n’est-il pas un des aspects de l’œuvre proustienne ?

Voici le jugement de la Cour :

AFFAIRE EON c. FRANCE

Ce texte est exemplaire à plus d’un titre. Il ne serait pas vain, messieurs les députés, que vous y jetiez mieux qu’un coup d’œil pour remettre nos autorités judiciaires, qui ne forment toujours pas un pouvoir séparé par votre seule faute, à la place qui est la leur, c’est-à-dire dans la démocratie telle qu’on l’envisage en Europe. Mais il est vrai que vous êtes des princes, que vous le veuillez ou non et parce que nos mœurs françaises et nos lois ne sont après tout, comme disait justement un procureur de Paris il y a quelques décennies, lequel choqua tous ceux qui ont le défaut d’être de Vieux Français comme on était de Vieux Chrétiens du temps de l’expulsion des Morisques, que celles que « nous méritons ». Eh oui, messieurs, tous les magistrats ne sont pas des pourceaux comme le prétend Quevedo.

On appréciera donc la justesse et l’écriture du jugement publié par la CEDH, d’autant que les circonvolutions estudiantines produites par la justice française sont remplies, comme le révèle cet arrêt, non pas d’erreurs de droit ou carrément de bêtises, mais des séquelles d’une idéologie qu’on qualifiera de conservatrice, de monarchiste, d’impérialiste, de pétainiste ou même de fasciste selon la nature de sa propre idéologie.

Et pourtant, de quoi s’agit-il ? Et bien de pas grand-chose… en tous cas de pas grand-chose jusqu’à ce que la Justice s’en mêle dans le seul souci de donner raison coûte que coûte à la Tradition et non point au Droit comme ce doit être l’usage en démocratie, du moins au sein de l’Europe.

Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais brillé par son intelligence ni sa courtoisie, a eu ce qu’il convient d’appeler un mouvement d’humeur relatif à l’attitude d’un citoyen qui ne l’a d’ailleurs pas insulté, mais simplement remis à sa place. Il ne s’agissait même pas d’une querelle. Ce citoyen s’est exprimé librement et nous sommes tout aussi libres d’en penser ce qu’on veut. Quant au président Sarkozy, il a accompagné son haussement d’épaules (geste tout aussi caractéristique de la magistrature dans ces exercices d’imitation) d’un petit mot qui aurait pu être un autre ou qu’il aurait pu garder pour lui. C’est tout. L’un comme l’autre de ces personnages se sont croisés et n’ont pas, comme cela arrive souvent, échangé des amabilités. Plus tard, Martine Aubry, qui recevait le même président dans sa chère ville de Lille, refusa de lui serrer la main et on ne doute pas que Sarkozy eût les mêmes mots, mais cette fois en pensée, car il est beaucoup plus grave d’insulter un maire qu’un simple voire modeste exploitant agricole. Telle est la fameuse légèreté française. Des broutilles, quoi.

Mais, par souci purement satirique, comme c’est l’usage en démocratie, et avec beaucoup d’esprit mêlé de désespoir, comme il sied au militant, monsieur Hervé Éon a retourné son mot à Sarkozy : « Casse-toi, pov’ con ! » Au lieu du sourire de circonstance qu’on s’attendait (ou pas) à voir se former sur les lèvres du président qui eût pu profiter de l’occasion pour s’exercer lui aussi à la satire face à un opposant politique, voilà-t-y pas, comme aurait dit Françoise, que la police nationale, créée par Pétain, saute sur celui qui est déjà considéré comme un délinquant et on le jette au cachot, ne le libérant qu’avec le coup de pied au cul d’une convocation devant le Tribunal correctionnel. Eh bé !

À ce stade, on attendait, dans toute l’Europe et même au-delà de ses mouvantes frontières, que le ministère de la Justice fît le nécessaire pour étouffer l’affaire et laisser monsieur Éon se livrer à ses critiques sans autres contraintes que les limites de la vie privée et surtout celles de la vérité qui est autrement essentielle que le contenu des slips et autres dessous pharamineux en usage chez Dominique Strauss-Kahn. Au contraire, le Parquet, secouant sa royale perruque, envenima l’affaire et le Tribunal condamna monsieur Éon à une peine « de principe » au regard « tant des circonstances que des revenus modiques du requérant (quatre cent cinquante EUR par mois) […] Un simple avertissement s’imposait… ! » On se croirait dans le bureau du dirlo. Parodie de chevalerie de la part d’un tribunal qui rêve d’adoubement ! Mais comme cette comparaison ne suffisait pas, la Justice en rajouta en justifiant ses attendus par une série de béotismes aujourd’hui remis à leur place par la CEDH dans l’Album de la Marquise. Le jugement du TGI de Laval, confirmé en appel, relève de l’élevage des huîtres perlières d’une idéologie qui n’a pas sa place dans la démocratie et qui en est même la violation pure et simple comme le souligne la CEDH. À l’injustice flagrante s’est ajoutée la condescendance de chevaliers par délégation de pouvoir !

Inutile de relever ici ces insultes constantes à l’esprit des lois, la CEDH s’en chargeant parfaitement, presque avec plaisir (mais ne s’agit-il pas du mien ?), dans ce texte qui servira, espérons-le, l’intelligence des prétendants à la magistrature, dont on dit que le niveau baisse, autant que de leurs aînés qui doivent impérativement, sous peine de faire honte à la Nation patrie des Droits de l’Homme, se débarrasser des défauts qu’une lourde tradition de l’aristocratie leur a transmis, à eux qui ne sont guère que des bourgeois éligibles par automatisme à la Croix-de-Saint-André !

Certes, et d’ordinaire, l’administration de la Justice, si elle ne se fait pas toujours dans de bonnes conditions faute de moyens, s’exerce le mieux possible. Tant que la « police » se plaindra du « laxisme de la Justice », on pourra considérer qu’elle n’est pas si mauvaise que ça. En effet, plus elle est laxiste et plus elle se rapproche de la perfection. Mais, hélas, quand la politique s’en mêle, et avec la politique le poison d’idéologies non seulement obsolètes mais aussi et surtout ignominieuses, le bas blesse.

Et parmi les nombreuses fautes de jugement (d’intelligence et de culture) qui forment les abcès de cette maladie transmissible, ma joie, je ne le cache pas, est de constater que cette magistrature déficiente intellectuellement quand elle brandit le Petit Robert pour justifier de ses connaissances lexicales et donner raison à ses idéaux d’un autre temps incompatible avec l’esprit des lois, à Laval n’a pas pu s’empêcher de faire la même chose, mais cette fois avec un autre produit commercial destiné à l’enfance : le Petit Larousse ! Ah ! Les cons !

Patrick Cintas.