La Passion de Louis Marette (12)

 

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La Passion de Louis Marette (12)

 

La Passion de Louis Marette (12)

Marette se couche. Il se coupe partout à cause du vert cassé. Il saigne ici et là. Ce rouge l’angoisse. À l’époque, quand il vivait, ça commençait par le bleu, celui du Ciel, et après un passage à blanc, il voyait rouge. Il n’avait pas encore rencontré de perroquets en vente libre. Il y en avait, mais il fallait les importer des Colonies. Alors, genoux en terre, et vêtu de blanc, la couleur de la virginité, il buvait au calice le rouge sang de la patrie en goguette africaine. Il faisait comme tout le monde. Il buvait ce qu’il y avait à boire. Tout le monde faisait ça sans rouspéter. On trinquait avec des croix rouges de sang. Les vignerons se marraient. L’État se marrait. Les services de désintoxication aussi, qui se gardaient bien de désintoxiquer. Alors… comment c’est que le vert s’est imposé à Marette comme la couleur des jours, les bons comme les mauvais ? D’aucuns affirment que c’est en discourant qu’il avala un perroquet pour montrer de quoi il était capable si les écolos continuaient d’agir sur ses terrains de chasse pourtant gardés par d’autres salauds sartriens, sachant toutefois que le vert est pédant. Je bois du pédant, dit le salaud, et je m’en porte mieux, devint la devise du futur Sauveur… Sauveur de quoi ? On le saura bientôt. Voilà pour la première interprétation du vert marette qui figure maintenant dans notre palette de peintre des mœurs françaises agissant en terre occitane.

Une autre interprétation fait allusion au daltonisme… Mais cette supputation erratique ne tient pas la route. En effet, si Marette eût perçu le rouge comme vert à l’époque colonialiste, comment expliquer qu’ensuite il vit le perroquet vert et non pas rouge ? L’achromatopsie ne vaut pas plus cher. Laissons tomber les hypothèses somatiques et concentrons notre étude sur le cerveau de cet individu représentatif du bas de l’échelle électorale. Affirmons sans plus de doute que Marette voit vert quand c’est vert et rouge quand il est daltonien, ce qui lui arrive quelquefois, reconnaissons-le, car son jugement en matière humaine est faussé par sa nostalgie de l’ancien régime.

Il n’empêche que quand il se coupe, ça saigne rouge et non pas vert comme le prétendent les mauvaises langues de l’opposition qui saigne vert uniquement par rhétorique, ce qui est un comble à l’époque moderne. Mais de là à prétendre que Loulou est moderne, il y a loin.

Or, couché dans le vert de ses propres tessons et distinguant parfaitement le cul du goulot, Marette saignait rouge. Mais qu’il saignât de cette couleur n’est pas le plus étonnant (étonnant : miraculeux.) A-t-on assisté à un saignement qui ne fût pas rouge ? Jamais. Par contre, a-t-on déjà vu un mort saigner ? Jamais. Deux évidences qui confirment la thèse selon laquelle il n’y a pas de miracle sans Dieu. Or, Marette saignait rouge et il était mort. Jim Morrison rouvrit son carnet de notes où figuraient aussi les réponses aux questions embarrassantes relatives au fait religieux considéré comme une réponse à toutes les questions. Il pâlit : aucune réponse à la question que l’état de Marette posait à l’esprit en proie à l’angoisse des profondeurs métaphysiques. Il questionna le mort :

« Louis, commença-t-il alors qu’il avait la gorge nouée par la perspective évangélique, es-tu bien mort… ?

— Hé bé que si j’en crois l’état de ma dépouille, constata le maire de Mazères désormais en ballotage, je ne peux pas me dire vivant. Mais si j’en crois mon sang, je suis vivant. Je me demande si je respire encore…

— Aucun signe de respiration sur le miroir…

— La méthode est ancienne…

— Mais ton corps, ô Louis le Vert…

— Le Vert-Galant si c’est permis par la Curée…

— Le Vert-M’allant, dit la Prophétie…

— (se penchant sur le petit carnet) Hé merde ! À une lettre près…

— Revenons à nos moutons…

— (citant) « Je suis vivant et vous êtes morts… »

— Ce sang qui coule fait de toi un vivant… Sa couleur annonce…

— Que je vais me remettre au rouge sans daltonisme… »


La Passion de Louis Marette (11)

 

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La Passion de Louis Marette (11)

 

La Passion de Louis Marette (11)

Mais le baptiste est têtu. Il en a une à placer, directement inspirée par les hautes instances du Ciel… qui deviendra vert si Dieu le veut. Et si jamais il le veut, Marette ne manquera de rien… jusqu’à atteindre sa destination, pense Jim Morrison en baissant la tête pour regarder ses pieds qui le mènent il sait bien trop où en compagnie d’un compagnon des servitudes et de leurs supposées grandeurs. Il la place :

« Je me répète peut-être, ahane-t-il, mais je suis venu pour ça… en espérant ne pas y rester… parce que la dernière fois j’en ai perdu la tête…

— L’avantage avec les perroquets, c’est qu’ils se ressemblent tous… titube Marette dans son herbe. Je sais pas s’ils sont de la même famille, mais le vert leur est commun comme le drapeau à la nation… répète voir un peu, Jimmy…

— Je disais que le retour du Sau…

— Tu ne vas pas recommencer !

— Il le faut bien si je me répète…

— Mais les perroquets ne recommencent pas… !

— Et qu’est-ce qu’ils font alors pour rester perroquets… ?

— Hé bé té ! Ils continuent !

— Justement dit ! Car si je continue ce que j’ai commencé…

— « le retour du sot… heu… du seau… »

— J’en viendrais à dire…

— À répéter… ! Il n’y a pas de religion sans répétition… Tout recommence et ça continue…

— Le retour du Sauveur est…

— Du Sauveur ? Moi ? »

Marette s’arrête, éberlué par son image reflétée dans les perroquets vides qui jalonnent son chemin de croire.

« Moi ? Sauveur ? Et mon père qui prétendait que j’étais bête comme mes pieds et méchant comme la teigne ! »

Il rejette ses genoux dans le vert de l’herbe et des transparences.

« Je ne le serais donc plus !

— Il n’y a pas de Sauveur qui le soit…

— Le vert m’a donc purifié…

— Il le faut bien, sinon la Prophétie n’en est plus une…

— Je suis tombé dans un perroquet quand j’étais petit ! »

Marette sautille sur son propre corps…

Note : N’oublions pas en effet qu’il est mort, enchevêtré maintenant dans la carcasse platanisée de sa voiture. Le présent récit exploite toutes les possibilités narratives de ce double plan : la vie, où il est mort ; et la mort, où il est sauvé… à défaut d’être vivant. L’auteur se place dans cette perspective, sorte de miroir qui se regarde lui-même et… voit ce qu’il voit. Passons…

« Et revenons à nos moutons, dit le baptiste anglo-saxon.

— Papa a bien fait de me l’envoyer cette tord-gnole…

— Le ciel était bleu et le perroquet vert…

— J’en fais mon drapeau, comme saint Jean les sardines…

— Je vois… le perroquet se boit bien frais…

— Sinon il ne réchauffe pas… »

Disant cela, Marette fait un saut. Puis il met le pied dans un seau et frappe ce sceau dans l’herbe. Il constate :

« C’est pas sot… Constate par toi-même, ô Baptiste…

— Je sais déjà tout… »

À ces mots, Marette devient rose. Il craint aussitôt d’ajouter cette couleur à son drapeau.

« Dis-moi tout ! couine-t-il. Je veux savoir…

— Tout le monde le sait… Même les musulmans le savent…

— Et moi qui n’en sais rien… !

— As-tu été au catoche… ?

— Je l’ai même fini ! D’un trait ! Cul…

— Et bien ça recommence…

— Mais comment ça commence… ?

— Un platane… enfin… un truc en bois…

— Un truc en boa… Zizi !

— Non ! Pas en plumes ! Et puis…

— Et puis…

— Tes seules femmes seront l’une ta sainte mère (pas l’autre) et l’autre une pute…

— (soulagé) Ah ! Je baise encore ! Ça faisait longtemps…

— Tu confonds perroquet et viagra… C’est pas bon les mélanges…

— Pas de mélange… ? Je comprends plus rien à ta prophétie, Baptiste… »


La Passion de Louis Marette (10)

 

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La Passion de Louis Marette (10)

 

La Passion de Louis Marette (10)

« Je vois… dit le baptiste en se tenant le menton.

— Quoi vois-tu, ô Essénien… ?

— La Prophétie… Le retour du Sau…

— Du sot…

— Non ! Du Sau…

— Du seau… ?

— Non, te dis-je ! Du Sau…

— Un saut… Voyons… »

Marette se prend le nez et cherche dans les herbes folles de son cerveau… Si, si. C’est possible avec Marette. En trois mots, il retrouve toute la lie de son histoire (N’appelons pas ça existence, ça nous mènerait au Tribunal…)

« Saut… Seau… Sot… bafouille-t-il dans sa langue peu exercée aux pratiques linguistiques. Non… Sot saut… seau. Le seau fait un saut et hop ! Un discours électoral pour les sots !

— Ne dis pas de sottises ! Tu es destiné. Destiné à renouveler…

— Ça me plaît, ça ! Renouveler… Avec une petite augmentation du pot… de la peau… (il grimace comme si on lui arrachait le visage qu’il a mauvais) Pas de paut… Ça n’existe pas le paut ! C’est faux ! (il trépigne dans son herbe, ce qui lui fait mal) Mais il en faut, des fots ! Avant que la feau me feauche !

— Tu es mauvais en orthographe… pour un Sau…

— Ça ne doit pas la foutre si mal que ça… car je suis bon au pot…

— Revenons à nos moutons…

— Nos moutons… la Crèche où je crèche… à mes avantages paroissiaux. »

Marette recompte les perroquets d’un doigt tremblant.

« Il en reste ! Il n’en resterait pas si je n’en ôtais pas… Vous êtes d’accord avec moi sur ce point… ?

— Il en restera toujours si tu les multiplies… Que voilà un miracle ! Ce sera le premier. Je prends note ! Le Nouvel Évangile démarre bien. Oublions la mauvaise conduite !

— Oublions le platane !

— Et revenons à nos moutons.

— À ma mort ! »

Marette lève son perroquet et en renverse un peu dans son herbe.

« Mélangez-vous, mes petits éléphants !

— Ô délirium ! Des éléphants maintenant…

— Et des éléphantes ! N’oublie rien dans ton Évangile Nouveau ! Sinon ils ne comprendront rien et on me traitera de profiteur…

— Ils ne le savent pas encore…

— Tu veux dire que je suis mort et que tout le monde dort… ?

— Ils chanteront la Marseillaise… Mais je n’en dirai rien dans mon évangile…

— On ne peut pas tout dire… Et on ne ressuscite pas chez soi…

— Heureusement pour les simples d’esprit…

— Hé oui… les cons… Il en faut. Sinon on n’est plus en république.

— Si nous revenions à nos moutons… ?

— Ah hé té ! Si j’avais conduit un mouton au lieu d’une bagnole, je serai encore de ce monde…

— Tu veux dire « de l’autre monde… » Car il n’est plus ici, mais là… »

Le doigt de Jim le baptiste fait le tour. Marette soupire en suçant le cul d’un perroquet qui agonise.

« Je vais le regretter… J’y étais bien… Serviable envers les uns et salauds avec les autres.

— Ce n’est pas la morale qui t’as tué…

— C’est le platane… Mais qui l’a mis là !

— Je te le demande…

— Les voies du Seigneur connaissent le psittacisme… Et tout recommence… Avec les mêmes… Les salauds… les pédants… et cette sale race de phi… de phiphi… Ah ! ma langue ne veut pas le dire, té !

— Elle ne le peut pas… Mais revenons à nos moutons…

— Les sots… le seau… et le saut… les moutons… les perroquets… et le platane… Toute une vie (je dis pas existence à cause de qui vous savez…) et me voilà à vélo… en route pour le Paradis… ou l’enfer… »

Marette frissonne dans son herbe.

« Mais tu es destiné, ô petite mare ! Car la Prophétie…

— Que c’est une chose bien compliquée ! Surtout quand on a soif… et qu’on finit par voir tout en vert… »

Marette se vautre dans son herbe, répétant « Du vert ! Rien que du vert ! Pourquoi les perroquets ne sont-ils pas bleus comme la pilule ? Le bleu, c’est la couleur du ciel… le vert est-il la couleur de… de l’enfer ! »

Il attrape un perroquet par la queue et n’en renverse pas une goutte. Il le suce. Le perroquet se transforme en verre vide.

« Encore un miracle ! s’écrie-t-il. Un vert vide ! Alors qu’il était plein. Et bien vert ! »

Il pose le perroquet vide dans son herbe :

« Vois-le ! Il n’est vert que par transparence ! Mais si je l’élève, le voilà bleu comme le ciel… le ciel où je veux aller…

— Encore une parabole ! fait Jim Morrison en panne d’inspiration. Seul le perroquet vide prend la couleur du ciel.

— Seul le perroquet vide prend la couleur du ciel ! » répète Marette en jetant ses verts genoux dans l’herbe qu’il a semée.


La Passion de Louis Marette (9)

 

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La Passion de Louis Marette (9)

 

LOUIS MARETTE
La Passion de Louis Marette (9)

« Putain ! Quelle nuit ! » fit Marette qui tentait ainsi de changer le sujet de cette conversation impromptue ou en tout cas imprévue.

En effet, il n’est pas rare de se trouver en situation de bizarrerie angélique suite à une nuit où le gendarme est chevauché sans autre procès. Des choses et même des êtres apparaissent sur l’écran tendu entre le teufeur et la direction qu’il prend, en général celle qui le conduit, plus ou moins légalement, à son logis. Marette avait donc raison de se stupéfier un peu plus. Et cependant, Jim le Baptiste secouait sa tête chevelue, constatant que le perroquet était de nouveau aussi vide que l’imagination politique de l’édile. Il patientait dans l’attente d’une solution.

« Si j’avais mon autre bras, dit Marette, je pourrais au moins m’asseoir…

— Servez-vous de votre bras valide…

— Lâcher mon perroquet ! Pas question ! Quand on tient un perroquet, on le laisse parler.

— Il parlera aussi bien si vous le posez par terre…

— Poser un perroquet dans l’herbe humide ! Pas question ! Il a juste ce qu’il faut d’aquosité. Ni trop ni pas assez. Hé mais c’est que, mon cher Jim, vous vous y connaissez en perroquet !

— J’ai beaucoup étudié… Voulez-vous que je vous récite un de mes poèmes… ?

— Plus tard ! Laissez parler le perroquet ! Oseriez-vous lui couper la parole… ?

— Bien… Attendons qu’il se taise… »

Et en effet, le perroquet devint tellement bavard que Marette en perdit l’usage de son seul bras valide. Il retomba à plat dans l’herbe aqueuse, comme un discours municipal, quoique celui qu’il préparait déjà dans la perspective du décret « perroquet sur la route » promettait des reliefs populaires dignes des meilleurs championnats. Marette se sentait bien ainsi, seul dans l’herbe pourtant moite, un perroquet debout sur son ventre horizontal et sans aucune sensation de membre ni d’esprit. Jim s’alarma :

« Réveillez-vous ! Voyons, monsieur le maire (comme dirait un gendarme à la vitre de votre voiture côté chauffeur…) Vous êtes destiné ! Destiné ! »

Ce seul mot eut pour effet de répandre dans tout le corps de l’édile une sensation de picotement qui n’avait rien à voir avec celle que provoquent le glissement halluciné d’un serpent ou le trottinement pervers d’un lézard à allure de dinosaure. Même les Martiens n’avaient pas ce pouvoir d’expansion. Marette en conçut une angoisse insoutenable sans le secours du vert qui ne fût pas celui de l’herbe aux fluides si neutres qu’on se demande à quoi ils servent. Mais son œil libre de prisme était toujours fermé, ses paupières étant miraculeusement douées, il le reconnaissait comme à genoux dans la grotte sacrée, d’un pouvoir de rétention inimaginable en d’autres circonstances. Mais s’interrogeait-il vraiment sur les principes et l’inspiration qui innervaient ces circonstances ? Extraordinaires, elles ne l’étaient pas. Elles étaient même habituelles. Et depuis tellement de temps que l’édile en connaissait les détails même les moins avouables. Seulement, cette fois, un ange était apparu… Une porte (door en anglais) qui donnait sur la destinée… ce n’est pas tous les jours qu’on vous demande d’y frapper. Des perroquets, Marette en avait avalé tellement qu’il avait plusieurs fois changé de couleur. Un peu comme un personnage bisexuel (on ne peut pas aller plus loin en matière de sexe) mais avec autant de styles de couleur que le prisme est capable, par vertu scientifique, d’en produire à l’œil de celui qui a dépassé les bornes.

« Hé ouais… fit Marette en tirant sa verte langue. Si ces bornes avaient été des perroquets au lieu d’être des principes, j’eusse été sauvé une bonne fois pour toutes. Maintenant je comprends que je suis perdu… sur la route de Mazères à Saverdun… et vice le versa… il faut le faire ! Et je l’ai fait ! Je suis mort ! »

Le cri que poussa le maire de Mazères fut si épouvantable que tous les perroquets en réserve dans la musette de Jim Morrison s’égaillèrent dans les branches des platanes.

« N’allez pas plus loin, ô verts compagnons ! Sans vous je ne suis plus rien qui vaille !

— Ils reviendront, dit alors le baptiste.

— Vous en êtes sûr… ? Les voilà posés comme des hirondelles sur le départ… Ça me fiche un mouron tel que j’ai plus envie d’être maire…

— Ne dis pas de conneries, Marette ! Maire tu es et maire tu mourras…

— Mais je suis déjà mort ! Et mort accidenté ! Comme avait prévu le poète… »


Point sur la Saga de Louis Marette, Tartarin ou Tribulat selon l’idiosyncrasie de chacun

Après ces vacances "en fête" selon l’idéologie douteuse de son édile vert, la "Saga de Louis Marette" reprend le chemin de l’écriture et de la publication avec une réserve de soleil bien renouvelée.

Depuis quelques années déjà, et avec un succès grandissant, Louis Marette, nouveau Tartarin ou Tribulat, personnage de roman pas si éloigné que ça de son modèle, connaît un corpus au volume remarquable par son ampleur et sa diversité. Œuvre de littérature mise au service de la République et de ses fins connaisseurs, l’ensemble est scrupuleusement et fièrement composé à la fois pour divertir et pour informer. Qu’on en juge sur pièces :

Un corpus journalistique de type satirique comprenant près de 200 articles et autant d’illustrations comiques : MCM, le journal satirique de Mazères, ici présent.
Une tétralogie théâtrale, dix ou douze heures de spectacle selon les moyens: Mazette et Cantgetno.
Un roman non moins spectaculaire autant par son contenu que par sa forme originale: Les Huniers.
Et en ce moment même, en feuilleton toujours fidèle aux rendez-vous, Le Voyage en Hypocrinde de Louis Marette. Un premier épisode, Le Perroquet de Louis Marette, est achevé. Le deuxième, La Passion de Louis Marette, est en cours. Un troisième suivra dès l’an prochain. Le tout formant roman, cela va sans dire. Voir ci-dessous.

Cette entreprise ne vise nullement à "démolir" un élu considéré comme le parangon du ridicule et de l’hypocrisie des pratiques politiques du trou du cul de la France. Il s’agit bel et bien d’une œuvre de littérature toute dédiée à alimenter la base des données littéraires françaises et plus
particulièrement républicaines. Certes, cette ambition peut paraître démesurée et elle-même frappée du sceau du grotesque propre à toute entreprise de dimension nationale. Mais qui ne tente rien n’a rien. La pauvreté artistique et littéraire du corpus même des "associations" mazèriennes en
témoigne assez, je crois. Il me semble que le service rendu à la patrie est ainsi plus honorable que toute boutique mise au service des intérêts particuliers que la politique se charge en principe de soutenir sans autre conception de l’honneur et de la dignité.

Moins excessive toutefois est cette peine dès qu’il s’agit de la rattacher à un plus vaste projet qui constitue le travail de toute une vie, à savoir Le Voyage de Télévision dont l’hypertexte éditorial est disponible sur la Toile: http://www.ral-m.com/television. Louis Marette y a sa place, comme les autres personnages de cette aventure terrestre menée tambour battant contre vents et marées aux antipodes des goguettes qui nourrissent trop souvent le soi-disant sentiment patriotique et ce devoir de mémoire qui ne doit rien ni à l’art ni à l’honneur mais bien plutôt au pharisaïsme, au cagotisme et aux diverses affectations de la saloperie et du pédantisme.

Ainsi, Louis Marette, très ordinaire édile d’une France oubliée à Paris, ce royaume sis au coeur même de la République, Louis Marette côtoie les personnages d’une aventure littéraire dont il est possible de mesurer l’ampleur et la profondeur. Rien à voir avec les œuvrettes issues des "conseillers" et autres m’as-tu-vu des établissements culturels locaux. La seule revue littéraire digne de ce nom dans ce territoire est aussi, ce n’est pas un hasard, l’éditrice de cette invention phénoménale, entre autres travaux de dimension littéraire remarquable, la RALM : http://www.ral-m.com/revue.

La publication des épisodes de La Passion de Louis Marette reprendra la semaine prochaine aux alentours du jeudi et ainsi de suite.

L.P.

 


La Passion de Louis Marette (8)

 

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La Passion de Louis Marette (8)

 

La Passion de Louis Marette (8)

« Je me suis pété quelque chose ! » s’écria Louis sans pouvoir se palper.

Il était vert. Sa langue tentait d’explorer sa dentition, mais elle avait perdu tout pouvoir de sensibilité. Impossible de compter les dents ou au moins de s’assurer qu’il n’en manquait pas. Il agitait des doigts crispés comme ceux du condamné que le gaz emporte avec lui. Heureusement que le perroquet était vert ! C’est qu’on ne sait jamais avec les prismes… Le vert vous tient à la réalité comme la bouse à la botte.

« Je me suis pété quelque chose ! répéta l’édile au bord des larmes.

— Tu ne t’es rien cassé du tout ! beugla le perroquet en écartant ses ailes dont l’une chatouilla l’oreille du baptiste.

— Hé bé moi je me sens comme si je m’étais pété quelque chose ! J’ai une de ces soifs !

— Bois ! » proposa  le céladon volatile.

C’était le mot magique. Mais seul le perroquet pouvait le prononcer. Tout autre impétrant le savait. Marette le savait. Il ouvrit la bouche et le perroquet y versa une bonne gorgée de son contenu. Marette s’illumina :

« Vous êtes mon saint-bernard ! s’exclama-t-il sans retenue. On devrait en mettre un tout les kilomètres sur nos françaises routes ! Ainsi, le Français qui en sort revient sur le droit chemin.

— C’est exactement ce que j’allais te proposer, ô mon neveu, psalmodia Jim en pressant le ventre du perroquet qui se montrait un peu avare de soins.

— Multiplions les perroquets ! cria Marette en levant le perroquet car il avait retrouvé la mobilité se son bras.

— Nous le ferons ! confirma le baptiste.

— Hourra ! »

Marette voulut se redresser pour augmenter le degré de son enthousiasme, mais son seul bras valide tenait le perroquet par le pied. L’autre bras demeurant impropre à la consommation, il ne lui servirait pas à se mettre au moins un peu d’aplomb. Il espéra un second miracle. Il prit un air façon Bernadette, claquant sa langue déjà sèche. Jim l’humidifia parcimonieusement. Elle frétillait comme un gardon dans un bocal féminin.

« Encore ! Encore ! Le décret est déjà prêt dans ma tête ! On me suivra comme d’habitude. Et Mazères sera la première terre française à peupler ses routes et même ses rues et pourquoi pas ses balcons et ses jardins de perroquets compétents en matière de secourisme et de bienfaits humanitaires !

— Laissons les discours pour demain, déclara le baptiste.

— Hé mais demain c’est aujourd’hui… s’étonna Marette. On ne remet jamais un perroquet au lendemain. C’est la règle… C’est que ça se gâte vite un perroquet !

— Mettons que je te donne celui-ci pour ton usage personnel, dit le baptiste. Au miracle du vin et du petit pain, tu ajouteras celui du perroquet. Ce sera le premier ajout à la canonicité de nos saints Écrits. Il y en aura d’autres. Car tu es Louis ! »

Cette dernière parole contenait, selon l’esprit de Marette qui conseillait encore un peu sa bêtise, quelque chose de sinistre. Ou de sinistrement conçu. Un peu comme un projet, fort différent du psittacisme routier encore à l’état d’esquisse, qui ne serait pas de votre invention…

 


La Passion de Louis Marette (7)

 

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La Passion de Louis Marette (7)

 

La Passion de Louis Marette (7)

Le ciel était d’un blanc de vierge folle. Ce fut la première pensée, quasi valéryenne, de Marette quand son œil s’ouvrit clairement. L’autre œil était encore occupé à détailler le contenu du prisme genre étagère où des verres étincelants sont suspendus la tête en bas. L’édile hésitait : refermer l’œil qui voyait ce qui se présentait à lui ou compter les ceintes reliques dont le prisme révélait les couleurs prometteuses. Il n’est jamais facile de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Pas besoin d’être maire municipal pour le savoir de longue date. Un tas de militaires, de policiers et autres instituteurs de la fonction publique vous le diront si jamais la question leur est posée entre chien et loup.

Louis Marette était mouillé, mais heureusement pas de l’eau du robinet ni même de celle des fontaines qu’on met en bouteille. Cette eau était un produit de condensation. Il ne pleuvait pas. C’était le matin, la voiture était couchée dans le fossé, un platane à figure humaine se plaignait d’une douleur d’origine traumatique et ce n’était pas encore l’heure d’aller au travail. La route, silencieuse comme une allée de cimetière, était sèche.

On entendait vaguement les bavardages de plusieurs perroquets qui tenaient conférence dans la broussaille. On ne les voyait pas. Impossible de savoir s’ils étaient encore verts. L’eau vint à la bouche de Louis Marette, ce qui le troubla comme l’absinthe. Il secoua sa langue quasiment morte, sa mâchoire ne valant pas mieux. Il savait où il était et dans quel état se trouvait son véhicule de patrouille. Lui-même ne souffrait pas, mais il tremblait tellement qu’il ne sut pas s’ausculter ni se palper. Il avait envie d’uriner. Couché comme il était, sur le dos face au ciel immaculé de conception dominicaine, il valait mieux se retenir. Mais attendre qui ? Il était passé où le baptiste !

Y songeant comme il eût évoqué la transparence inadmissible du verre, il referma l’œil qui voyait le ciel. Le blanc virginal fut aussitôt remplacé par la projection du prisme dans l’alignement des verres renversés. Il ne sut comment (mais tout s’explique, se dit-il) un verre bien vert appliqua sa circonférence à ses lèvres bavardes. Il se tut aussitôt. Ah ! et si c’était les pompiers ? Des fois, quand on se trouve en situation difficile, les pompiers vous appliquent un masque au relent mentholé et comme vous avez subi les vertiges du prisme newtonien, vous imaginez que ce pompier n’en est pas un et que quelqu’un se charge de nourrir vos appétences naturelles. Mais alors qui ? pensa Marette en frissonnant dans l’herbe humide du talus.

Soudain, un homme (si c’était un homme) apparut dans le prisme du côté du blanc qui est la somme de toutes les couleurs en science comme en goguette. Marette le reconnut ! C’était celui qui se faisait appeler Jim Morrison, un amateur de vélo qu’il avait rencontré dans un bled algérien du temps où l’État français (et non la France) massacrait de l’indigène et se faisait terroriser par lui. Jim Morrison, qui habitait dans une chaise paternelle (se souvint Marette car entretemps il avait consulté Wikipédia), se tenait droit comme un i, ni fier ni condescendant, sans sourire ni bouche ouverte. Jim ne disait rien.

Alors apparut sur l’épaule du baptiste un perroquet vert comme les prés au printemps. Un saint homme de perroquet qui se mit tout de suite à parler, sans doute à la place de Jim qui ressemblait maintenant à une statue de père blanc sans noirs dans son drap. Louis Marette tenta d’ouvrir son œil libre de prisme, mais ses paupières se contractèrent dans le sens contraire. Le prisme imposait le respect. L’édile chercha en vain le secours d’un agencement tricolore, mais ne trouva rien qui ressemblât à un drapeau claquant au-dessus de la sainte Croix et de son titulus.

 


La Passion de Louis Marette (6)

 

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La Passion de Louis Marette (6)

 

La Passion de Louis Marette (6)

« L’Enfer, c’est Saverdun, expliqua Louis Marette à Jim Morrison qui avait mis son bras dans les rayons de la roue avant pour arrêter la bicyclette descendante. Mazères, c’est en haut. On ne s’étonnera pas d’y trouver le Paradis.

— Sauf si c’est le contraire, suggéra la grimace douloureuse de Jim qui perdait du sang à la jointure. Des fois, c’est le contraire.

— Et d’autres fois, c’est le contraire du contraire, gloussa Marette en secouant la crète de son intelligence limitée. Je me rappelle parfaitement qu’on avait pris la direction de Mazères. Et ça montait… Donc Saverdun est en bas. Et on y va ! De plus en plus vite ! Que si ça continue, on va passer sur le corps de Calléja. Déjà qu’il m’en veut… Mais bon… à la vitesse qu’on y arrivera, on n’aura pas le temps de s’arrêter…

— C’est un effet d’optique, gémit le Door en se mordant l’intérieur des joues. Ou d’abus de prisme… Jamais route ne monta à Mazères ni ne descendit à Saverdun. On est sur le plat et on se fait l’idée qu’on descend alors qu’on veut monter…

— Oh moi, la psychanalyse… » fit Marette avec dédain.

Mais malgré ce que l’esprit de Jim entrevoyait, la bicyclette descendait et les emportait vertigineusement vers Saverdun. Dieu n’avait pas prévu ça ! Mais qu’avait-il prévu, cet impénétrable devant… devant quoi ?

Le véhicule ainsi monté dévalait la pente malgré la géographie des lieux dont on savait qu’elle était aussi plate que la poitrine d’une enfant de dix ans et un mois. Mais on avait beau se raisonner avec force, ça descendait du côté où on allait. Et ça montait du côté où on voulait aller parce que Dieu avait prévu de crucifier Marette, son deuxième fils de sa chair en expansion, sur la place publique de Mazères à la place des pissotières municipales. Jamais Dieu n’avait parlé du même crucifiement en place de Saverdun dont les pissotières sont aussi des pissotières, mais pas à Mazères !

Et pendant que Jim, nouveau JB, se livrait à ces réflexions more geometrico, ça descendait de plus en plus vite, selon la volonté de Dieu, certes, mais pas dans le bon sens. On s’éloignait de ce pourquoi on était venu après avoir passé une nuit agitée, façon Joseph K. Épouvanté à l’idée de finir son existence de poète dans la même pâtée que le maire de Mazères, avec peut-être du Calléja dedans, ce qui forçait l’odeur, Jim pensa à se désolidariser de l’ensemble qui allait exploser en arrivant au terminal, car il y en avait forcément un.

Mais à quoi pensait ce Dieu dont on ne sait même pas s’il existe ? Il avait pourtant bien précisé qu’il fallait « monter » à Mazères. Il n’avait rien dit sur le degré de la pente, certes, mais si Marette n’avait pas freiné, que se serait-il passé alors qu’on n’avait pas encore gravi le moindre degré ? Les faits démontraient maintenant que sans le freinage exercé par le maire de Mazères, on risquait de descendre si on était monté. Et si on était descendu, c’est qu’on était monté malgré le freinage, ce qui expliquerait comment l’auto du maire est allée à la rencontre du premier platane de la série.

 


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La Passion de Louis Marette (5)

 

La Passion de Louis Marette (5)

La côte n’était pas pentue, mais JB n’en éprouvait pas moins le degré. L’anus coulissant sur sa tige d’acier, portant la selle en guise de béret et l’œil dans le prisme qui proposait à la langue de s’exprimer sur le terrain de la pédale, Louis Marette s’arcboutait comme s’il était le siège de l’effort que produisait le Door sans le clavier de Manzarek.

« Si Dracula me voyait ! s’écria l’édile.

— Si Dieu ne me voit pas, grogna JB, c’est qu’il n’existe pas.

— Blasphème ! Et contre-vérité. Si Dieu n’existait pas, j’aurais vu le platane et j’aurais traversé le champ du possible sans me plaindre de la soif.

— Si vous saviez ce qui va vous arriver…

— Je ne veux pas le savoir ! Les voies de Dieu sont impénétrables.

— Finissez-en avec cette cour d’école, potache ! Lords ! New Creatures !

— Oh ! J’essaie d’éviter les platanes !

— Non ! C’est moi. »

Jim, dit JB parce que tout commençait avec lui, se mit à fredonner un de ses succès, le souffle court car la côte penchait du mauvais côté depuis qu’ils avaient franchi sa ligne médiane. Le La lui manquait encore, mais il avait une mission à accomplir. Il avait été payé pour ça. Au début, il n’avait rien à voir avec les Doors, mais il s’était pris au jeu et maintenant ça ne lui déplaisait pas d’être pris pour un autre. Il ânonnait. Du sang de grison coulait sans ses veines. Marette, pourtant très occupé à apprécier l’effet des couleurs sur sa conduite, voulut changer de conversation, car il ne voyait pas où celle-ci allait le conduire.

« La théorie veut que les mélanges assomment leur homme, argumenta-t-il. Eh bé non ! J’en veux pour preuve que je sais encore distinguer le rouge du blanc. »

Il se sentit soudain très fier de posséder un pareil pouvoir sur les autres. Il pouvait même voir très nettement la limite exacte du noir et du blanc aussi bien que celle de ce même noir avec le rouge.

« Et pareil pour le jaune et le vert ! triompha-t-il en accélérant dans sa tête, car la bicyclette n’avançait plus malgré la sueur de Jim qui s’époumonait maintenant au lieu de fredonner comme en bas de la côte. Putain ! poursuivit Marette sans compatir, pour une côte, c’est une côte ! On n’en voit pas la descente. En parlant de descente…

— Oh ! Taisez-vous ! Gros plein d’être ! J’ai rien demandé, moi ! On m’a forcé ! Sinon je la descendrais maintenant, cette putain de côte !

— Hé té ! gloussa Marette, c’est que je suis destiné. À quoi, j’en sais rien. C’est vous qui le savez. Mais vous ne dites rien.

— Pour une surprise, c’est une surprise !

— Je serais ravi d’en être surpris plus qu’étonné… »

Jim gémit une parole, mais sans l’air, ça ne valait plus rien. Et une seconde plus tard, il recommença à gémir, mais sans se soucier de l’air, ce qui se fit entendre :

« Mais putain de maire à la con ! rugit-il sans cesser de s’arcbouter. Vous serrez le frein ! Ce conard d’élu me serre le frein ! Et on n’avance plus ! Forcément !

— Tout s’explique… » constata Marette comme au confessionnal.

Et comme il allait cesser de faire pression sur la poignée concernée par son erreur, Jim d’un saut passa devant la bicyclette, serrant la jante et son boyau entre ses genoux tétanisé.

« Serrez ! Mais serrez donc, salaud sartrien ! Sinon on va descendre ! Et dans le mauvais sens ! »

Mais il était trop tard pour expliquer. Marette ne commençait même pas à comprendre. Il lâcha la poignée. Le vélo entreprit de continuer son effort dans l’autre sens. Dans le sens de l’accélération, lequel est toujours bien plus difficile à maîtriser dans le… sens commun. Il perdit les pédales, la selle glissa sur son front, lui donnant l’air d’un Apache de la rue Quincampoix, et son anus se laissa aller au plaisir d’une profondeur dont la mesure ne trouvait d’explication que dans le sens newtonien de l’oblique descendante. Quelque chose se passait entre le prisme vissé dans l’axe du guidon et la tige nécessaire à la fixation de la selle. « Ça faisait, se rappela plus tard Jim Morrison à l’heure de sa mort, new ton new ton et je glissais sur mes semelles en proie à la fusion de l’asphalte, en direction de Saverdun maintenant, car on s’éloignait de Mazères. À quel endroit de cette route fameuse ? On se demande. »


La Passion de Louis Marette (4)

 

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La Passion de Louis Marette (4)

 

La Passion de Louis Marette (4)

L’œil était dans le prisme ! Pas ailleurs ! Et il le regardait !

Pas moyen de s’en défaire ! D’autant que Jim veillait au grain.

Ce JB des temps modernes en savait long en matière de prisme. Ça giclait, non pas dans tous les sens comme on pisse, mais selon ce qui parut relever, dans l’esprit de Louis Marette, d’une mathématique digne de l’ectoplasme de Grothendieck en phase terminale. Il y en avait de toutes les couleurs. Et ça chantait chacun sa chanson. Ça en faisait des expériences existentielles !

« Ils peuvent pas en dire autant ! » beugla Marette en caressant du bout de son index tremblant la tactilité de son écran obstinément noir ou éteint selon qu’on parle du cerveau ou de sa mort.

JB (appelons-le comme ça) observait le maire de Mazères empêtré dans les rayons de sa bicyclette, laquelle était fournie gracieusement par Dieu lui-même pour pallier le défaut de véhicule. D’ailleurs, une brigade d’anges célestes s’employait à hisser ledit véhicule sur un diable.

Louis Marette actionna la sonnette comme s’il revenait en enfance. Il dévissa la selle et s’appuya sur les pédales. Heureusement, JB assurait l’équilibre de l’ensemble, ce qui n’eût pas déplu à Alexandre. Sur le guidon, à l’endroit où se rencontrent la perpendiculaire au roulage et la verticale de la direction elle-même positionnée à angle droit de la direction imprimée par la manœuvre de JB, le prisme scintillait dans la paupière excitée de l’édile.

Ainsi harnaché, l’ensemble Marette-vélo-prisme s’arracha à la gravité de la situation et prit la direction de Mazères. Les anges achevaient leur travail par l’assujettissement du véhicule primaire au châssis d’un autre moyen de locomotion qui s’apprêtait à quitter les lieux. Des pandores immobiles chuchotaient non loin.

Et Louis Marette entreprit, guidé par JB mais ne le sachant pas, de rentrer chez où il a les mêmes habitudes, mais avec plus d’entrain. Déjà, la route lui sembla longue. Il fit une pause bien méritée en passant devant les képis qui s’offrait à une éventuelle régurgitation de couleurs prismatiques. Eux non plus ne voyaient pas le baptiste. Et Marette passa sans perdre une goutte.

Un peu plus loin, à l’ombre horizontale qui traversait la route perpendiculairement, il stoppa net, ce qui surprit l’accompagnateur de ce périple tandis que l’œil de séparait brusquement de son prisme et que l’absence de selle se faisait sentir tout aussi profondément. Le maire de Mazères poussa un petit cri dans le genre pleureuse de Meursault, mais son esprit était trop occupé à réfléchir pour s’en apercevoir. Il pensait soudainement à l’étrangeté de la situation, tout haut :

« Je suis venu, j’ai bu, j’ai vu, murmura-t-il comme dans un goulot qui s’achève sans rien dedans. Et j’ai quelque chose dans le cul. Quelque chose de dur qui m’empêche de me plier sur moi-même comme il est d’usage de le faire quand il s’agit de mesurer l’urgence de la situation. Je suis tellement mal que je n’arrive pas à me dépêcher d’arriver. Si je continue comme ça, quelqu’un arrivera avant moi et il faudra que j’explique pourquoi mon auto est chez le garagiste. »

Comme il parlait de la sorte, le prisme clignota. Il était en verre mais ne contenait pas les couleurs comme un verre contient ce qu’on y met. En voilà une profondeur de réflexion !

« Il ne me manque plus que la couronne de pines ! » s’écria le maire de Mazères qui avait appris cette grossière interprétation homophonique dans la cour d’une école où il s’entraînait déjà à différencier les couleurs selon leurs degrés d’intensité.

Il ne s’aperçut même pas que sa langue avait fourché.