Le perroquet de Louis Marette (26)

 

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Le perroquet de Louis Marette (26)

 

 

« C’est moi qui ai fait ces trous, » annonça fièrement Dédé.

Nous contemplâmes le lac d’assez loin, car ses rives étaient couvertes de fientes. Des canards disputaient aux ragondins la propriété des lieux. Le contenu d’un autocar s’était aussi vidé à proximité d’un lieu de restauration à base de congelés industriels qui exhibait en lettres d’or le titre de restaurant. Un ouvrier passa, éméché comme la lame de son croissant, car le bougre avait été privé de sa débroussailleuse suite à un trafic de carburant et de lubrifiant. Dédé me donna à mesurer la hauteur de la sanction pour m’en faire apprécier la justesse. L’homme salua en touchant le bord crasseux de son béret puis disparut dans je ne sais plus quelle perspective de poulailler ou de porcherie exotique.

« Sans moi, poursuivit Dédé sans descendre de sa vache, il n’y aurait rien ici que des cailloux et des herbes folles. Mais j’ai creusé ce trou ainsi que ceux dont vous apercevez les surfaces miroitantes en regardant bien à travers les fourrés où nous dissimulons notre apparence.

— Ce mauvais ouvrier n’a vu que nos hautes statures, gloussa Marette en serrant le cou de Bousquet entre ses cuisses, car il était juché sur ces épaules sales.

— Rien sur nos montures, confirmai-je moi-même bien que je ne montasse pas Lecerf.

— La vache et le cheval n’attireront pas l’attention, dit Dédé qui arrivait au bout de son calcul. Il n’y a rien de plus naturel que les animaux de la ferme dans une ferme expérimentale comme l’est la nôtre.

— Elle est surtout à moi ! » grogna Marette en empêchant les joues de Bousquet de se gonfler sous la pression d’une protestation venue du fond de son être chasseur.

Bousquet trépignait dans la merde où ses pieds et ses bottes s’enracinaient. La vache et moi descendîmes jusqu’au lac. L’ouvrier nous observait. Il avait des doutes et en assumait la philosophie en buvant à petites gorgées rapides et profondes. Nous entrâmes dans l’eau et commençâmes à rincer nos robes. Nous nous déplaçâmes pour éviter de nous retrouver dans un nuage de merde en solution. Bientôt, nos robes rutilèrent au soleil.

Plus loin, derrière les fourrés avantageux, les quatre conseillers montraient leurs torses surmontés des têtes dont la nature les avait affligés. Un peu moins de soleil en eût atténué la propension à la caricature et à la satire, mais l’astre central de notre système vital n’en faisait qu’à sa tête depuis que le bon peuple les avait élus pour domicile. Je dis « bon » pour ne pas dire autre chose. On aura compris que ce récit est un hymne à la Rhétorique et que son prétexte n’est qu’un divertissement philosophique de bonne justice.

La vache et moi nous étirâmes nos corps champêtres dans un carré d’herbes jaunes que le système de déjection de ce domaine avifaune avait épargné. Heureusement pour nous et nos nobles robes d’animaux domestiques. Il eût été pour le moins absurde de s’encrasser de nouveau. Cependant, les phénomènes inévitables de la pratique démocratique s’impatientaient.

Marette avait hâte de retrouver son perroquet, à tel point qu’il ne se souciait pas de s’emmerder jusqu’au cou avec Bousquet qui se laissait monter pour avoir du foin. Dédé et Lecerf avaient donc pieds à terre, l’un n’ayant pas exigé de l’autre qu’il le montât. Ou le contraire. L’ouvrier, perplexe malgré les effets secondaires, semblait tendre l’oreille. On voyait comment le métal de son croissant préfigurait sa plus haute terreur dans le ciel de Mazères considérée comme une réduction symbolique de la nation qui la colonisait comme l’écrivain parasite la vigne.

La vache et moi prenions le temps de sécher. Nous complotions, vous vous en doutez. Elle avait plus d’expérience en matière de cavale que moi qui n’en avais aucune. Elle risquait l’abattoir qui était le lieu de son exécution sommaire. Car elle n’avait fait l’objet d’aucun jugement autre qu’alimentaire. Elle avait plutôt intérêt à ne pas se laisser faire, tandis que j’avais trouvé dans les divers jugements affectant ma pratique de la Presse et de la Littérature de quoi alimenter mes désirs d’exécution de traits et de portraits. Nous n’étions pas taillés dans le même bois mais pour l’heure, nous avions en commun le projet d’aller nous faire voir ailleurs, quitte à trouver du nouveau.

Elle clignait de l’œil chaque fois qu’elle me regardait. Et je répondais par un étirement des commissures. Nous prenions la précaution de ne pas nous exprimer autrement. Restait à prendre la poudre d’escampette au bon moment. C’est que Marette, monté sur Bousquet, avait des chances de nous mettre la main au licol. Dédé n’aurait rien d’autre à faire, comme d’habitude. Lecerf s’en fichait tant que personne ne l’empêchait, par voie de justice ou autrement, de casser les meubles de sa maison.

Je n’avais sans doute pas compris tous les messages de ma compagne de fortune : elle détala comme un lapin, ce qui est toujours dangereux en terrain de chasse. Une fois de plus, elle me clouait sur place. L’ouvrier me tenait par la crinière, fier d’avoir anticipé les évènements avant même que je pusse trouver l’énergie d’en changer le cours. Marette, cependant, par trop de harcèlement fessier, s’était retrouvé par terre et Bousquet, courant sans cavalier pour le guider, plongea la tête la première dans le lac où la faune fut prise d’une panique telle qu’on sortit du restaurant pour assister à la noyade.

L’ouvrier, que Dédé interpellait comme un adjudant, signifia par geste qu’il ne pouvait pas être à la foire et au moulin. Il m’en étreignait plus fortement. Dédé ne savait pas nager. Personne ne lui avait appris sans bouée. Or, il n’y avait pas de bouée dans ce système. Il fallait trouver autre chose pour sauver Bousquet de la noyade, d’autant qu’il se noyait dans l’eau, ce qui n’est jamais sans conséquence traumatique si jamais le sujet se sort vivant d’une pareille offense à sa probité professionnelle. Il ne pouvait plus compter sur Marette qui rêvait, dans son inconscience acquise par chute et choc, d’un élevage de perroquet de toutes les couleurs, sauf du marron qui relevait du privilège réservé à Bousquet. Ces deux oiseaux ont toujours eu l’art de compliquer les choses au moment où il est opportun de les simplifier. Restait Lecerf, car on ne pouvait pas compter sur ceux qui arrivaient, forcés de faire le tour du lac en un temps suffisant pour que Bousquet ne s’en sorte pas.

Or, Lecerf n’était plus là. Sa présence n’avait pas été jusque-là essentielle. On aurait même pu s’en passer. Et maintenant qu’on avait besoin de lui, il avait disparu. On n’avait même pas le temps de le chercher. Bousquet vivait sa dernière minute dans le genre humain qui l’avait accepté malgré ses défauts. Il allait rejoindre les siens. Et le monde cruel ne s’en sentirait pas plus mal. Dédé, arrivé au bout de sa résistance achetée à prix d’or, secouait Marette en branlant ses membres de tous côtés et même la tête qui sonnait déjà creux à cause d’une petite fuite d’origine qui prenait maintenant une importance démesurée.

La seule solution capable de dénouer ce climax vint à l’esprit de l’ouvrier : me lâcher, à condition que j’entre dans l’eau salie par Bousquet pour l’en sortir. Nous n’avions pas le temps de discuter. Et aussitôt qu’il me lâcha, je fonçais comme un dératé dans la direction qu’avait prise la vache quelques instants plutôt. Faisant fi des appels à l’honneur et à la générosité, ainsi qu’au devoir de mémoire, je foulai au sabot tout ce que je rencontrai de faune expérimentale et migratrice. Puis, sans interrompre ma course folle, je compris soudain que je ne pouvais pas entrer chez moi sans avoir à expliquer mon comportement à l’heure d’un délit de non-assistance à personne en danger de boire de l’eau.

Ah ! Si j’eusse retrouvé la vache en ce moment cornélien, elle m’eût convaincu de la suivre dans l’espoir de changer d’existence et d’aventure. Mais je ne la vis pas. Je ne trouvai pas même ses traces. Entre bouses et sabots, elle avait dû en laisser.

Je ne sais pas si j’ai ralenti pour mieux penser. Il n’est jamais facile de se livrer à la réflexion en plein milieu de l’action. Comme l’a souligné Jean-Sol Pâtre, on pense après agir ou avant, mais jamais pendant. Ou alors on est philosophe, état supérieur de l’être qui est réservé à un si petit nombre qu’on peut le qualifier d’essentiel sans risquer de se tromper.

J’en étais là lorsque qu’un bruit familier, qui n’avait rien à voir avec les clapotements désespérés de Bousquet, ni les ronflements extatiques de Marette ni avec les caprices de Dédé qui ne supportait pas le sac de nœuds où il avait perdu ses repères érectiles — lorsque qu’un bruit que je ne pouvais pas confondre avec un autre de ma connaissance m’arrêta au bord d’une clôture qui venait d’être défoncée et gisait en se contorsionnant encore dans l’herbe mal entretenue d’un jardin d’agrément.

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Le perroquet de Louis Marette (25)

 

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Le perroquet de Louis Marette (25)

 

 

 

« Nous n’avançons plus, regretta Dédé dans son nez.

— Ça ne m’a pas fait du mal de m’arrêter un peu, confessa le chasseur sans cesser de récupérer sa merde.

— Imaginez le triomphe de notre retour ! prophétisa Dédé. Ave Dédé ! Morituri te salutant ! N’es-tu pas fière de moi, ma vache ?

— Je le suis ! miaula Marette. Je te suis !

— Je le serais si je pouvais monter sur Marette, rouspétai-je, mais ce n’est pas dans ma nature.

— Oh ! On encule beaucoup en région toulousaine, mais c’est allégoriquement que ça se fait.

— Allez expliquer ça aux cancres de l’École nationale de la Magistrature…

— Quand on n’a pas les moyens intellectuels de dépasser le premier degré de l’intelligence, on devait avoir l’honnêteté de ne pas juger son prochain. »

C’était reparti pour un débat sans issue. Lecerf s’impatientait. Au début, il n’était pas chaud pour nous accompagner dans notre glorieuse croisade, mais la conversation avait quelque peu émoussé sa raideur intellectuelle. Il se sentait mou, mais non sans espoir de retrouver la turgescence nécessaire à sa victoire prochaine. Pouvait-il compter sur moi ?

« Cependant, dit-il en s’avançant avec un morceau de meuble dans la main, nous n’avons pas résolu la question de ma monture.

— Ce sera pas moi ! éructa Bousquet qui craignait d’avoir ramassé pour recommencer encore, particularité prégnante de son psittacisme.

— Loin de moi l’idée de m’asseoir sur un tas de merde !

— Qu’il en soit ainsi ! » hennis-je.

Et d’un fort coup de rein de mon invention, je projetai Marette sur les épaules de son chasseur préféré. Dédé éclata de rire et, s’accrochant aux cornes de sa vache de substitution, imita le rugissement d’une Aston Martin digne de la dynastie de Monaco. La vache me cloua sur place.

 


Le perroquet de Louis Marette (24)

 

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Le perroquet de Louis Marette (24)

 

 

Lecerf cracha devant lui, entre les débris de meubles :

« Allez vous chamailler ailleurs, pedzouilles ! J’ai d’autres chats à fouetter.

— Tu nous menaces ? menaça Marette qui brandissait son Smartphone.

— Quand je casse les meubles, dit Lecerf en soulevant sa carcasse branlante, il vaut mieux ne pas me faire la conversation. J’y dis tellement n’importe quoi qu’on se sent insulté.

— Ah ! Si tu t’en prends à mon honneur de légionnaire… !

— Pfff ! Il y a légionnaire et légionnaire. Je confonds jamais, rassure-toi, « larbin inculte »…

— Ah ! professai-je sans hennir, c’est que l’expression larbin inculte est synonyme de salaud en langage sartrien…

— J’en ai la nausée… Maintenant filez avant que je m’y remette. J’ai une vocation à satisfaire, moi. »

Mais Dédé ne donna pas le signal de départ. Marette, qui est fidèle aux soumissions qui l’ont porté là où il est, sur mon dos, proposa à Lecerf de se joindre à nous :

« Ainsi tu seras libéré de tes travaux de Sisyphe, dit-il en lisant un de mes bouquins, et tu participeras à nos propres travaux en les critiquant systématiquement si c’est ton autre vocation…

— Mais j’y suis déjà, dans l’opposition ! Et puis j’aime casser mes meubles ! Personne ne m’empêchera de continuer à les casser !

— Hé mais c’est qu’ils ne sont pas à vous, ces meubles… couina Dédé qui sentait venir l’orage.

— Sans parapluie, fit Bousquet. Et sans paratonnerre. Ah ! On est mieux chez soi ! On y élève des perroquets à l’origine contrôlée.

— Des POC ? Je n’en avais jamais entendu parler… dit le nez de Dédé.

— C’est dans mes projets futurs et réalisables pour Mazères, confia Marette en osant se pencher sur Bousquet qui venait de trahir un secret mal gardé.

— C’est ridicule ! fit Dédé.

— Heureusement qu’on n’a pas besoin de lui pour se torcher ! » gloussa Bousquet qui en mettait partout, même sur Lecerf.

Mais celui-ci menaçait de mettre notre équipée en fuite. Marette, humilié mais réfléchissant à ce que pourrait lui coûter une pareille débandade du point de vue électoral, piqua des deux sur mes jambes de devant. Je ne savais toujours pas ce que cela voulait dire. Cette fois, je ne bougeais pas. Il repiqua. Et je me cabrai pour le désarçonner.

Lecerf saisit ma crinière et me parla dans l’oreille, comme Redford. Comme j’ai toujours rêvé de faire du cinéma, j’écoutais sa proposition. Il recula enfin pour que je puisse exprimer sa requête :

« Lecerf ici présent, scandai-je comme à la messe, ne dispose pas d’une monture et ne peut donc, en tant qu’élu municipal, se déplacer sans elle.

— Reconnaissons-le, fit Dédé qui entrevoyait une issue acceptable au conflit.

— Ah mais c’est non ! devança Bousquet en lâchant les longes. Personne me montera dessus ! Je veux bien comme me voie dans cet état puisque c’est ma nature et que je n’ai rien contre la nature… Au contraire j’en profite… Mais me retrouver au niveau de ce cheval et de cette vache, ah ça non ! »

Ça giclait ! Encore une minute de crise et il devenait plus propre qu’un sou neuf. Il fallait l’arrêter avant qu’il change de nature. On ne sait jamais avec Bousquet. Il peut même devenir homosexuel si on le laisse faire. Ce genre d’homme n’a pas de nature fixe.

« Et pourtant, dit Dédé couvert de merde, c’est la seule solution… Qu’en pensez-vous, Roger, vous qui appartenez au solutionnisme ? »

Je me grattais le crâne entre mes deux oreilles dressées. En plus, ça me faisait bander. Rêvassant, Dédé me reposa la question d’une manière plus engageante :

« C’est qu’on compte beaucoup sur vous, Roger ! Sans vous, nous ne sommes plus des personnages de fiction. On retourne à la niche. Eh bien moi je n’en ai pas envie ! Même si j’habite à Paris.

— S’il redevient homme, décréta Marette comme au Conseil, j’exige une clause qui m’autorise à le monter quand je veux !

— Et moi, dit tristement la vache, on a pensé à moi… ?

— À l’abattoir ! » criâmes-nous en chœur.

Même Lecerf avait condamné la vache. Mais elle reconnut que je m’étais mordu la langue.

« Ce n’est pas le moment de vous entretenir avec les animaux, dit Dédé avec autorité. Nous avons besoin d’une monture pour monsieur Lecerf qui souhaite voyager avec nous…

— Ce n’est pas que je le souhaite…

— Mais vous venez avec nous, n’est-ce pas ? Je ne me suis pas trompé sur vos intentions ? Je peux compter aussi sur vous ?

— À force de compter, fit Marette en se grattant la langue, on va s’aventurer dans des complications mathématiques que Maths Sup c’est rien à côté…

— Je demande l’avis de Roger ! Roger ! »

Je me mis au garde-à-vous. Un réflexe hérité du service militaire. Chaque fois qu’on me crie dessus, je deviens raide. J’aime ça, que voulez-vous…

« C’est compliqué, commençai-je.

— Ce n’est pas ce qu’on vous demande.

— D’ailleurs chaque fois que c’est compliqué, fit Marette en découpant un perroquet dans la feuille d’un arbre, je simplifie. On peut toujours compter sur moi pour simplifier, d’autant que je connais du monde. C’est que je sers à quelque chose, moi !

— Tu n’as pas l’air aussi con que tu es, ironisa Bousquet en ramassant autour de lui la merde que son énervement avait répandue.

— Si je l’avais, continua Marette sur cette lancée, Roger ne serait pas contraint d’en rajouter…

— Ce qui est bien dans la tradition française d’avant la Régence. »

Je vous laisse deviner qui fut l’auteur de cette remarque plus pertinente que comprise par les autres acteurs de cette scène. Passons. Je m’appelle quand on vient alors que Louis Marette vient quand on l’appelle. C’est ainsi et personne, pas même un zoïle au service de la justice d’État, ne changera une virgule à cette heureuse réalité environnante.

 


Le perroquet de Louis Marette (23)

 

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Le perroquet de Louis Marette (23)

 

 

« Certes, dit Dédé, nous avons fait défaut à la traditionnelle cérémonie du 11 novembre, mais de façon honorable, alors que Calléja… n’est-ce pas ?

— Je voudrais bien savoir en quoi c’est honorable… fis-je sous le poids de Marette.

— Il n’est pas difficile de constater que nous avons de bonnes raisons, continua Dédé. Je ramène ma vache…

— La salope ! grogna Marette sur mon dos.

— Loulou revient sur votre échine…

— Et Bousquet est à pied ! » rit Marette qui ne se tenait plus.

On entendit un clapotement de boues insanes, car le pékin voyageait entre nous, la vache et le cheval,

et nous allions bon train

dans la bouse et le crottin.

 

Il tenait les deux longes, une à chaque main. Dédé avait prévu un pince-nez mais Marette, qui était bien parti, avait réduit cérébralement ses capacités olfactives au strict nécessaire. Il suivait ainsi la piste du perroquet vert qui avait, selon lui, ressuscité, car il était certain de l’avoir vidé jusqu’au cul.

« Jamais de mémoire de Mazèrien on a vu un perroquet me survivre, contait-il tout en m’éperonnant.

— Tu as dû y laisser une goutte, proposa Bousquet sans trop y croire.

— On ne m’y verra pas ! C’est que je pousse la langue jusqu’au fond ! Les Mazèriens qui ont eu affaire à moi le savent bien. Je ne laisse rien ! »

Bousquet, qui en savait quelque chose car il était considéré comme le premier des Mazèriens, haussa les épaules et ses aisselles chuintèrent.

« En voilà une discussion qui risque de mal tourner, constata Dédé qui tourna la tête pour faire usage de son nez qu’il a traditionnel alors que celui de Marette a connu les côtés les plus sombres de l’Histoire de France.

— Mais je veux pas me disputer avec Loulou ! rouspéta le chasseur. C’est que j’aime les perroquets moi aussi.

— Oh ! Moins que moi. Moins que moi. Tu peux demander à n’importe qui. Il te le dira.

— Mais que me diront-elles ? » soupira romantiquement Dédé.

Sa vache allait tantôt à gauche, tantôt à droite du chemin vicinal. Mais de voisins, point. Car nous traversions le désert d’Hypocrinde en direction du centre-ville. Les colons nous surveillaient, c’est leur fonction principale, quand ils ne participent pas à la consommation. Sans eux, on serait bien foutu de crever la dalle. C’est qu’on s’y perd facilement dans le labyrinthe de nos chemins occitans ! L’Andalousie de Palos de Moguer à Toulouse ! Et Tamanrasset alors ? Tu parles d’une histoire ! J’y songeais tout en amblant, mais je n’ai jamais été plus loin que le mot histoire.

« Hé ! Qui c’est que je vois sur le bord de la route ? fit Marette en se dressant sur mes étriers.

— Si c’est pas ce bon vieux Lecerf… dis-je sans espoir d’y trouver de quoi agrémenter ce récit d’une répétition, genre meuble cassé et sorti dans le jardin.

— C’est qu’à force de les casser, de les sortir et de les rentrer pour les casser encore, le pauvre homme va finir dans la poussière…

— Ou dans un désordre moléculaire digne de la physique quantique…

— Ne compliquons pas les choses, » dit Dédé en faisant « Hue ! »

Nous nous arrêtâmes en bordure du jardin de l’opposition systématique. Les cavaliers ne mirent pas pied à terre. Les meubles étaient bien dehors et Lecerf assis dessus, la tête dans les mains. Nous n’osions pas commencer une conversation qui pouvait facilement tourner au vinaigre. Lecerf leva une tête hirsute, car il avait couché dehors :

« Si vous êtes venus pour me faire chier, grogna-t-il en brisant un barreau de chaise sur l’angle d’une commode, je vous préviens que je suis pas de bonne humeur !

— Et moi j’ai oublié mon fusil, fit Bousquet en secouant les longes.

— Pourtant, dit Lecerf en souriant bêtement, ça pue…

— On ne va pas commencer à se disputer… » dit Dédé qui parlait du nez.

Il en parle souvent d’ailleurs, mais tout le monde sait qu’il n’en a pas. Il est bien né, c’est tout.

« Vous avez pas vu passer un perroquet ? demanda Marette à tout hasard.

— Passer, non. Mais voler, oui.

— Il recommence ! péta Boursquet.

— Peu importe s’il est passé ou volé, dit Dédé en se pinçant plus fortement le nez. Un perroquet est un perroquet, n’est-ce pas, Loulou ?

— J’en ai vu de pires, fit Marette. Tellement pires que des fois, en flash-back, je me demande si c’était des perroquets. Quand on ne les compte plus, on vous fait avaler n’importe quoi. Ah ! C’est compliqué la langue !

— Surtout que la pépie est contagieuse, dit Bousquet en claquant la langue qu’il tient lui aussi du Petit Robert.

— On demandera aux Muses du TGI de Foix s’il y a un moyen de le savoir, dit Marette.

— Et qu’est-ce que tu veux savoir que je sais déjà ?

— Si c’est des perroquets, ce qu’on vous fait avaler quand on ne les compte plus ! Tu ne suis pas, Jean-Lou !

— Et té que je vous suis ! Même que je n’ai pas de monture, moi !

— Sans un colonel pour se glisser entre tes jambes, te voilà contraint de les utiliser pour marcher. Ne te plains pas trop, va. Tu as vu pire.

— Je pratique pas le flachebaque, moi !

— Tu vas me le reprocher maintenant !

— Et maintenant que quoi !

— Stop ! » ordonna Dédé.

Il dut retirer son pince-nez pour se faire entendre sans nasillements. Il le tenait entre le pouce et l’index, prêt à le remettre à sa place si la situation devenait insupportable. Bousquet avait répandu beaucoup de merde autour de lui, J’en avais la robe toute tachée. La vache avait fait un pas de côté, sans doute sous l’assiette de Dédé, mais en vain. Sa robe, déjà souillée par sa récente aventure au pays d’Hypocrinde, portait aussi les traces de cirage des souliers de Dédé dont le goût pour la brosse à reluire est bien connu, surtout si c’est Marette qui la tient.


Le perroquet de Louis Marette (22)

 

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Le perroquet de Louis Marette (22)

 

 

Dédé posa sa douce main molle sur mon poignet dur et nerveux. J’avais les sabots en fusion. J’allais hennir, mais je me retins de donner à ces vénérables reflets de la société française le spectacle de ma déroute intellectuelle et sentimentale.

« Si j’étais Roger, dit Dédé sans cesser de caresser mon poignet, je ferais en sorte qu’on nous excuse…

— Et avec des excuses ! s’écria Marette.

— N’en demandons pas trop tout de même… »

Je les tenais, d’une certaine façon. Mais je dois dire que dans ce genre de situation, qui ne m’est pas étrangère, je deviens paresseux et sans ressources autre que la paresse. Je bâillai en me tenant la mâchoire.

« Pour Marette, dis-je d’un air triomphant, tout le monde comprendra. Les cadavres de perroquets témoigneront de son innocente escapade. Mais pour vous, Dédé, les choses se compliquent…

— Expliquez-vous, mon ami !

— Comme l’orgueil ne vous a jamais étranglé, vous ne pourrez pas résister à l’envie de raconter comment, sans l’aide de personne, vous avez capturé la vache qui vous échappe, et échappe d’ailleurs à tout le monde depuis la fête de printemps. Personne ne vous excusera et tout le monde jasera dans votre dos. »

Dédé confia la longe aux mains de Marette qui en noua le bout à une de ses racines. La vache meugla doucement.

« Mais vous vous trompez, Roger… Ce n’est pas moi qui ai capturé la vache…

— Et qui donc je vous prie ? »

Bousquet ! Je ne l’attendais plus celui-là ! Il sortit du buisson en même temps que son odeur. Il avait l’air d’un moka au chocolat et au café. Une strate de merde à soi et une autre de bouse de vache. Et ainsi jusqu’au menton que cet amalgame chasseur immobilisait, à telle enseigne qu’il lui fallait incliner toute sa tête en arrière pour laisser passer le son de sa voix.

« Qui veux-tu donc, Roger, qui capture les animaux récalcitrants de ce canton si ce n’est le chef des chasseurs lui-même ?

— Et comment tu expliques que tu n’as jamais capturé un seul de mes perroquets ? fit Marette sournoisement comme s’il s’attendait à mettre Bousquet aussi mal à l’aise qu’un cancre à l’heure de la récitation.

— Je ne capture que les miens ! » jeta le chasseur dans le feu naissant entre lui et l’édile.

Dédé dressa sa petite carapace, car Marette venait de briser ses chaînes. Bousquet, englué dans sa chrématistique excrémentielle, tenta un redressement par le bilan, mais ne put guère que soulever un bras dégoulinant. S’il projetait ce que contenait sa main, nous étions tous mis hors de combat. Dédé agita ses pinces et en fit claquer les mâchoires. La vache me jeta un regard désespéré. Marette l’avait bien attachée à la plus grosse racine.

« Et comment expliquerez-vous votre absence de la cérémonie ? lâcha Dédé perfidement.

— Oui, triompha encore Marette. Comment tu vas expliquer ça ?

— Roger trouvera une idée, » dit Bousquet en montrant ses canines.

Il arma son bras qui se dressa et recula encore.

« Qui en veut en aura ! menaça-t-il.

— Il est temps de négocier, je crois, » proposa Dédé.

Sa carapace s’ouvrit et laissa voir deux ailes froissées.

« La situation n’est pas si compliquée que ça, professa-t-il. Loulou a soif, ce qui peut s’arranger. Bousquet sent mauvais, mais on est à la campagne. Tout le monde comprendra, même la préfète. J’ai retrouvé ma vache. Les enfants applaudiront, surtout si on hache la viande. Et Roger, j’en suis sûr, a une idée pour nous tirer de ce pétrin.

— Si vous me laissez réfléchir… Allons chez moi.

— Mais le perroquet est mort, s’écria Marette. Je l’ai descendu. Je sais de quoi je parle.

— Pas toujours, fait Bousquet. Des fois tu ne sais pas.

— Oui, mais tout le monde comprend. Même l’opposition.

— C’est parce qu’elle est systématique. Sinon elle ne comprendrait pas. »

C’était reparti pour un tour. Dédé lâcha mon poignet et se mit en devoir de rassembler les feuilles que Marette avait découpées en forme de perroquet d’arbre.

« Je monte sur la vache, dit-il. Ce sera plus triomphal si je monte dessus. Loulou tu montes sur Roger. Et vous, Bousquet, vous suivez à distance. Frottez-vous bien aux buissons environnants. N’hésitez pas à polluer la nature.

— Et puis yen aura moins dans la douche de Roger, » fit Marette en enfonçant ses éperons dans mes jambes de devant.

J’avais oublié ce que cela veut dire. Néanmoins, j’avançai. On entendit encore la voix sinistre du clairon. La cérémonie s’achevait. Marette, qui en était l’ordonnateur, nous signala ce détail suivi d’un tas d’autres qui nous servirent d’ambiance musicale. Et soudain, alors que nous avancions comme des croisés en territoire musulman, le perroquet, le même ! traversa le ciel bleu de Mazères en répétant.

« Il est pas mort ! » cria Marette debout sur les étriers.

Puis il fouetta ma cuisse droite, criant toujours :

« Il retourne chez Roger, constata Dédé.

— Hue ! Roger ! Et sus ! Sus ! Sus ! »

Et tout recommença, mais dans l’autre sens. C’est fou ce qu’on passe de temps à lutter contre les apparences !


Le perroquet de Louis Marette (21)

 

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Le perroquet de Louis Marette (20)

 

 

Je ne sais pas combien de temps a duré la leçon, mais on a entendu la plainte douloureuse et mélancolique du cor ou du clairon. Cette fois, je n’ai pas frappé le sol de mes métalliques sabots pour empêcher Marette de se souvenir qu’on était un 11 novembre. J’en suis témoin : il s’en foutait.

On a commencé par découper des perroquets dans des feuilles. Des feuilles d’arbres. Elles étaient encore vertes ou à peine rougissantes.

« Le rouge, dit Marette qui virait en même temps à l’enseignant qui soigne sa dépression nerveuse, le rouge n’affecte pas la délicatesse tropicale du vert. C’est le docteur Sérié qui m’a refilé le virus, à un chouya près, parce que son rhum était d’origine équatoriale. Mais enfin, on ne va pas refaire l’histoire. Sinon on gagne la guerre d’Algérie. »

Tout en évoquant les souvenirs coloniaux des autres, son ciseau à feuilles vertes allait bon train. Une fois découpé, le volatile rejoignait la pile sur laquelle je posais mon sabot en guise de presse-papier. Le vent s’était levé, mais pas trop. Nous étions l’un et l’autre parcourus de frissons. Mais rien de plus. La lumière était idéale pour se livrer à des travaux de précision. Marette découpait. Et je pressais. Comme collaboration amicale, ça se posait là.

Il en a découpé au moins dix. Ça lui donnait des couleurs pas forcément vertes. J’avais ramené l’anéthol d’Espagne, où j’avais été artiste, et la menthe provenait de mon jardin ariégeois. Mais que le voile ici soulevé ne trahisse pas le meilleur de ses ingrédients. Il demeurera secret. Car comme il est de règle en ces temps de terrorisme que le romancier ne donne pas à lire la formule chimique des explosifs dont ses héros font un usage guerrier, de même on ne dira rien que les enfants puissent rejouer à l’abri de leur autorité de tutelle, d’autant que les facilités de communication ne leur sont pas étrangères. On finirait vite en nation verte liquide atteinte du psittacisme afférent. On a déjà assez de problèmes comme ça.

« Les perroquets en feuille d’arbre, dit Marette en remettant les ciseaux dans ma trousse, ne font pas longtemps illusion. Je suis calme pour l’instant, mais je te préviens : ça va me reprendre.

— Je t’écraserai le nez avec mon sabot…

— D’autres l’ont essayé avant toi ! Et ça n’a pas marché. À un moment donné, j’ai besoin de réalité. Je peux m’en passer, comme tu vois, mais elle revient toujours me dire la vérité.

— Je ne sais plus quoi faire de toi… Alors j’attends de savoir. Je te préviens moi aussi : ça peut durer longtemps. »

Marette lutta une bonne minute contre un hoquet émotionnel, puis il pressa ses lèvres contre un perroquet en feuille d’arbre. Il ferma les yeux pour que l’illusion fût complète. On en était là quand un buisson se mit à bouger. L’oreille de Marette, libre d’illusion parce qu’il ne s’en servait pas pour boire, frémit légèrement. Mais il était tellement troublé qu’il ne se rappelait plus si c’était la saison de la perdrix ou celle du ball-trap. Cependant, le perroquet le fascinait encore malgré l’absence de plumes.

J’eus un accès de colère qui souleva ma queue dans les mouches. Mais je me retins d’en exprimer le sang. Il me montait à la tête, comme chaque fois qu’un intrus se croit permis de jeter un œil sur ma propriété. Bien sûr, je n’étais pas chez moi. Et je n’étais que le geôlier de Marette, pas son maître. Et je n’étais pas non plus ce que certains venaient de s’imaginer en nous voyant sortir en trombe de ma maison, l’un sur l’autre. À tous les coups, un petit malin venait s’informer de nos pratiques sexuelles.

S’il nous observait depuis que nous avions commencé, en équipe soudée, à découper des perroquets dans des feuilles d’arbre, il était en droit d’avoir perdu ses repères pornographiques, lesquels relèvent toujours du stéréotype. Deux êtres qui se servent d’une paire de ciseaux et d’un sabot pour pratiquer le perroquet en feuille d’arbre, ou bien c’était une nouveauté pour lui et il allait en répandre la mode sur les réseaux, ou bien il avait un minimum de capacités intellectuelles et il était déjà revenu sur l’opinion qu’il avait de nous et plus particulièrement de moi.

Je procédai comme si je ne m’étais pas aperçu de sa présence et, glissant adroitement à la surface des pâquerettes ou du trèfle, je progressai vers lui qui ne devinait pas mes intentions. C’était du moins ce que je m’efforçais de croire, car, je l’avoue, j’avais la gorge serrée. Il arrive souvent, mieux que quelquefois, qu’on pense en trouver un là même où plusieurs n’attendent que vous pour s’amuser de vous.

Mes yeux tentaient un percement méthodique des feuillages toujours frémissants. J’allais me jeter dedans sans même savoir sur qui je tomberais. Pendant ce temps, Marette interrogeait les perroquets découpés. Seule sa voix chevrotante habitait la forêt. Tout le monde se taisait. Il me semble que le Raunier avait lui aussi perdu son filet. Les cressons s’étaient immobilisés dans ses courants aux pierres sombres et inattendues.

Comme j’hésitais toujours, Marette sortit un peu de sa torpeur pour me demander ce que je fabriquais dans cette « bizarre » position. J’étais saisi en plein grand écart à quatre pattes, car si deux d’entre elles m’avaient un tant soit peu rapproché du buisson hypothétique, les deux autres s’étaient accrochées à mon point de départ. Il arrive ainsi quelquefois (mais pas aussi souvent qu’on dit) qu’en cas de situation difficile on se retrouve dans deux endroits à la fois, celui où on était avant de se décider à agir, et celui où l’action qu’on a entreprise est sur le point de donner un sens à notre inquiétude. Je fis « chut » en secouant ma crinière, mes sabots étant occupés à de plus sérieuses attentes.

Mais je n’eus pas le temps d’aller au bout de mon explication. Dédé, car c’était lui, tomba de la vache et s’étala en plein sur le tas de feuilles découpées. Marette en conçut un roulé-boulé sans jeunesse à l’appui. Il s’emmêla dans les racines aériennes d’un chêne. Sa langue réduite à une peau de chagrin sortit tout entière de sa bouche, ce qui fit dire à Dédé que si elle était sortie d’une autre partie de son anatomie, il en aurait été quitte pour une belle peur !

La vache, imperturbable, avait encore les pattes dans le buisson. Dédé tira sur le licol pour la contraindre à entrer dans notre clairière à moi et à Marette. Elle résista.

« Je la tiens, dit Dédé. Elle m’aura fait courir, la salope !

— Et le 11 novembre ? murmura Marette sans chercher à se libérer des racines qui l’entravaient.

— Ce sera sans nous, dit Dédé d’un air satisfait. Entre la vache et la mémoire, j’ai choisi la vache.

— Comme moi ! J’ai choisi le perroquet. Sauf que je ne le tiens pas. Roger m’a fait prisonnier. Ensuite il m’a contraint à découper des perroquets dans des feuilles d’arbre.

— Sycophante !

— Ah mais c’est que ce n’est pas bien joué, Roger ! s’écria Dédé. Prisonnier sans perroquet, c’est déjà très dur pour un habitué. Mais prisonnier avec de faux perroquets, en feuille d’arbre par-dessus le marché, c’est un crime contre la nature humaine de Loulou.

— C’est facile pour lui qui est un cheval !

— Traître !

— Je ne sais pas comment je vais arranger ça, » dit Dédé en se tenant le menton.

Il réfléchissait tandis que Marette se plaignait d’autre chose que de ses entraves.

« Tout ça est bien joli, dit-il sans perdre son air pensif, mais quand il va falloir expliquer pourquoi on n’était pas là…

— Calléja s’est excusé, je parie…

— Il s’est fait un certificat… C’est un médecin…

— Et le général Larima ?

— Il rime toujours à rien.

— Je m’en doutais, grogna Marette. On est les seuls honnêtes hommes (il prononçait zonètezome) du troupeau patriotique. Et on n’a même pas une excuse pour expliquer notre lapin. Ah ! On est bien, té ! Tout ça à cause de Roger !

— Tu le hais donc ?

— Comme si je commençai à comprendre ce que c’est la haine. Et pourtant, j’ai beaucoup haï.

— Qu’en pense Roger ? »

la suite la semaine prochaine…


Le perroquet de Louis Marette (20)

 

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